‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 2 sur 47 · REPONSE · texte numérisé non relu

REPONSE

ait jasé. Je Pavois bien priée de ne vous en rien dire. Je voulok vous lire cet ouvrage y sans vous dire que j'en fusse Fauteur y jusqu'à ce que j'eusse su quel auroit été votre juge-ment j libre des- préventions de l'amitié 9 et par-là y quel est le jugé-i ment que je dois attendre de tous les connoisseurs.

Après demain y quelles délices !

après demain y je serai près de vous sous la feuillée : je verrai le printems ; je vous verrai : mais n'oubliez pas qu'une épître dédicatoire vaut au moins cent baisers. Adieu. Je suis • etc. '

Av milieu du Neaetus'^, fleuve qui prend sa source dans les monts Glibaniens , d^oii ses flots se précipitent à travers les prai* ries y et retentissent sous des ceintres de verdure y il est une petite Sle consacrée aux nymphes par les bergers du canton ^ et ombragée par un bois de pins et de genévriers. Au milieu de Pile s'élève un rocher y sous lequel est creusée la grotte des nymphes ; dans cette grotte sont pla* cées leurs statues , artistement travaillées en bois de tilleul : on les a représentées appuyées sur leurs urnes, et couronnées de roseaux. Là , tantôt on voit ces divinités errer sous les arbres avec leur che*

* Neaetus , fleuve qui se jette dans la mer Ionienne , entre Pétille et Crotone.

6 DAPHiriS.

▼eliire rerte^ tantôt nager avec légèreté le long du rivage , se sécher ensuite sur les rochers et se reposer au soleil. Là , les flots qui se jouent mollement entre les racines couvertes d'écumes, âes joncs et dessaule*s'répandus^sur les bords du fleuve , forment un ^murmure comparable aux chants les ^lus dbuï.

Tontes les antiées , au retour du prîntéihps, les bergers, avec leurs bergères , ffccôureitit de l'bne et ^*aiitre rive : fis présehtent aux nymphes liés fiéufs deS arbres ^oi'fofijaôfttlecointré sous lequel coule le ffé'ui^e,'et celles des'pfantés qui haïssent sur ées bords : ils demandent à ces divinités, qu'elles veuillent bien ordonner aiix flots de ne plus siîrriionter leur rïvàge , et de âe plus entraîner au Ibinles arbres et les éhàmps tout entiers.

Dans une belle journée de printemps , on.

TÎt donc un jour paroître sur le fleuve une flotte de bateaux qui voguoit des deux rives vers l'île. Chaque bateau étoft décoré d'un berceau de verdure , formé par des branches bdorifléràntes ^ et eoiaillé de

LIVIIB PREMIER. f

HeiirA*, les bergers et les bergères en étoleat eux-mêmes couverts. D*autres guirlandes serpentoient autour de hautes perches ^ei montoient [usq^u^à leur extrémité , où des banderoles et des festons flottoient dans les aira. Ces barques, qui s^avançoient- au deux son des flûtes et des voix y aborde4 rent dans l'ile. il parut- aussi *t5t sur le^ TÎTeà des troupes de jeunes garçons et de jeunes £lles : celles • ci par leurs attraits excitôient l?e»vie des déesses y et tour à tour s'enLéYoient. les unes aux autres les regards des dieux y qui , laissant les immortelles seules • dams l'Olympe y étoient , descendus sur des nuées , pour jouir de cet attrayent spectacle. £n eUfct, on y veyoit, bri^er tous les charmes de U beauté^ Jci> l'on ëtoit enchanté par la finesse .dtf U taille y par la blancheur du Tiaage^ <M( pi^r le contour du seiu ; là , Ton siâ seoitoii «charmé par un port majestueux comme celui de la déesse de la chasse y ou bien iVis étoit entrcdné; par ua sourire gracieiu[ comme celui 4^ Vénu^ v^ enfin , Ton y trou* Toit les grâces naissantes de la jeunesse :

Q DAPHNtS.

«embUbles à Péclat de la rote {»réte « sortir du 1)oiitoii , et la jeunesse plus for- Ikiëe , telle que la rose lorsqu'elle est épa* nonie. Cependant les bergères s'avance* rentdeux à deux , elles entrèrent dans là grotte sacrée , et répandirent leurs coibeil^* les pleines de fleurs aux pieds des nymphes ; ensuite elles les entourèrent et les couronnèrent de guirlandes. La jeune Hnlis ▼int offrir à son tour ses fleurs et ses couronnes. La joie et l'innocence sourioient sur son joli yisage , et caractérisbient tons ses gestes : son œil , noir iaissoit échapper des regards timides autour d'elle; regards victorieux comme l'amour même. Telle est la jeune rose, plus belle que toutes les fleurs qui naissent autour d'elle ; l'abeille irrésolue bourdonne en la cherchant :

les fleurs l'invitent /mais < en vain ; elle epperçoit la rose, et 'elle> n'hésite plus.

' Daphnis y le plus beau des bergevs, J>romenoît ainsi ses yeux errans sur la troupe des jeunes bergères qui lui lançoient des regards : elles le fixoieiit d'un

Liy&B PREMIER. 9

«ir riant , se parloient à Poreille , puis le regardoient d*un air plus séduisant encore. Mais il apperçoit la jeune Philis; aussi-tôt son cœur pousse un tendre soupir^ son visage se colore d'une vire roa« ^eur , ses regards restent £xés sur elle ; et Pliilis, qui jette aussi les yeux sur le berger , les baisse aussi-tèt y se retire et le regarde encore d*un air confus , en s*éloignant. Un trouble secret s'empare alors de Daphnis , son cœur tressaille : i] jette un regard languissant vers elle ; et plein d'inquiétude , il craint de la perdre de rue dans la foule : mais il ne la perd pas.

Elle s'arrête y sans parler à ses compagnes.

Ses regarda timides s'échappoient à tout moment poiir voler sur Dapimis^ et tout aussi - 1^ retomboient à terre. Arriyoit-il que dans la Ibule une bergère plus grande se plaçât devant Fhiiis , Daphnis paroissoit plein de dépit ; cette bergère se retirôit« elle , aussi-tôt les yeux de Daphnis se ranrjBoient et brilloient d'une joie nouvelle; C'est ainsi qu'on voit les prairies s'édairer

lO BÀPBNIS*

en un» instant^ et briller d'un nourel ëc/«c lorsque la lune ^ qui s^étoit cachée , sor.

touNà-coup des nuage».

• Cependant toutes les fleurs sont ^talëai^ aux pieds des nymphes; les diTÎnités sont^ parées de guirlandes» les bergers et les ber^ gères se partagent alora en divers chœurs ^ se placent vis'-à.- vis les uns dea autres.

D'ajÀnis a soin de se placer devant Philis ^ et les bejrgéres>. chantent- al ternatirenient des^ hymnes en l*honneur des nymphes.

u O nymphes^; disoient^iles, vous qui I» habitez les gfiottes: de. ce fleuve ^ et ycià u qui! > du, haut des rochers escarpés , vern sez de vos urnes l'onde, bruyante ! ah !

p soyez : favorables aux bocgera qui < habU i> tent le X<^ des roseaux i du fleuve.

.H !N^ous avons , sur ses bord9 y enlevé aux » arbrea.les fleurs que le printems faisoit I» naître ; - )i|ous en avons dépouillé ces I» rivet* Cétoit pour les .porter dans votre »' grotte sacrée y 6 nymphes du fleuye et V .des. rochers escarpés!

.;v Soye« £ivprables aux bergers qui h»> » bitent le long des roseaux du fleuve.

LIYRiSr FtlEALIER. H

9 Tidtfis<lp.e $e8 ^ts n^entrainentpliis les » arbiesiriii^iers , et. qu'ils ne submergent a^* plus lès champs; et les praii*ies ; les trovir » peaux potiriont paître alors le long des M rivages : yous pourrez aussi errer suif » ses bobds^ et fouler les fleurs y 6 nym- »' pherdu fleuve et des rochers escarpés 1 ^ 'i Ainsi .chaiitereiit les betrgeres ; et 1^ bergers lés accompagnoient des doux sons de leurs flûtes. Daphnis écôutoit attenti* vement'pour distinguer le chant de Philis ^ et il oublioit de jouer de sa flûte.

Cependant la lune commen^oit à par(^<* tre àu-desBus des collines éloignées ^ et les bergers avec leurs bergères se retirerait dans les bateaux. Hiilis , en s'en allant y regarde encore Da|>hn!s ; l'obscurité du crépuscule la rend . hardie i elle ^ £xe les yeux sur lui ^ et se met à soupirer rpuis elle marche lentement, vers le: rivage , en regardant souvent. derrière elle et eii sou»

pirant encore. Daphnis s^élioit arrêté , et la regardoit aussi partir avec des regards tristes. Il ett oublié, de monter dans le bateaiu ^ si; les autrèSi bergers ne l'eussent

IS DAVHNX8.

pas tiré de sa rêverie profonde. Entré le bateau , il s'y assit , en {étant tr ment la vue sur ceux qui Toguoient '■ l'autre bord. Tout respiroit la joie; l'une et sur l'autre rire , on entendoit agréable mélange de chants et de cha meaux , et l'écho le répétoit le long \ rÎTage et sur les collines d'alentour. £ leur côté y les jeunes garçons et les jeum filles 9 qui étoient dans le même bateau q»

Daphnis , folâtroient et chantoient : maît Daphnis restoit muet; il regardoit sans cesse Ters l'autre rire ; il ne chantoit que quand les autres répétoient un air tendre ; alors il étoit tout sentiment.

Cependant on aborde. Il descend sur le rivage , l'ame remplie de tristesse, et prend , sans rien dire , le chemin de sa cabane. Il entre y et rejoint sou vieux père , qui , d'un air satisfait , sourit à son fils , et lui demande des nouvelles de la fête. Le vieillard lui raconte ensuite combien de fois il a vu le fleuve impétueux franchir les bords , entraîner sur ses flots furieux les arbres chargés de fruits ;• combien de ba«

téaiix ayoient été renversés , combien de bei^ers avoient péri. Daphnis Pécoute en silence ; il sort ensuite de la cabane , et s'arrête sons les arbres plantés devant sa demeure : là , il contemple les campagnes éclairées par le pâle flambeau de la lune ^ et dit en soupirant :

Qu'est-H» que j^éprouye? qu'est-ce que je sensi pourquoi mon cœur palpite-t-ill pourquoi ces soupirs 1 pourquoi ne pou- Tois-je détourner les yeux de dessus toi ^ 6 la plus belle des mortelles l pourquoi me suis -je senti si troublé , lorsque tu t*e8 retirée 1 pourquoi le suis - Je encore ? pourquoi ton image est-elle toujours pré^ sente à mes yeux % Ah ! sans cesse il me semble que tu es devant moi ; sans cesse je vois les boucles de ta brune chevelure ^ dont une partie étoit entrelacée dans ta guirlande y et dont l'autre , qui s*étoit détachée , flottoit autour de ton bras , ce bras d'albâtre y ou sur ton sein y ce sein naissant .... Et ton œil noir ! . . . . Ah ! que f étois agité , lorsqu'il se toumoit sur d'autres bergers y et lorsqu'il s'arrétoit sur

14 lOAPHI^XS*

moi .... comme il pénétroit , ce regai^d , jusqnes dans le fond de mon ame ! Hélas f je t'aime* Quelle serait ma félicité^ si .tu m^aimois' aussi ! Mais où es-rtu 1 4oin de

moi sans dOute Pour ton image ;. .« •

elle Toltîgera sans cesse autour de moi ; je la reverrai dans mon sommeil , je la retrouterai à mon réveil : ell^ç me suivj)a y en conduisant mon troupeau le long dot ruissea'u ; elle m'accoqipagnera dans: Iç fond du bois , hélas ! peiLt'<étre sans esr poir de te revoir jémaiiB. ' < •

A ces mots , Daphnîs s'appuya contre le tronc d'un arbre; et levant les yeux vers la lune paisible , il dit en soupirant e Elle est aussi belle , elle est aussi brillante que toi , ô lune ! elle est aussi belle , en, comparaison des autres bergères ^ que tu l'es j en comparaison des astres qui t'environnent. Alors y dans un nouveau silence), il se remit alternativement à râver et à sojit pirer y jusqu'à ce que le liesain ^e dormii; le ramenât dans la éabaBC» Fendant |ou| son sommeil , il ne 'rêve encore qi^'à ^aj Philië ; il lui parlp, il veut l'embriisseriy

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