‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 29 sur 47 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Il 8*étoit passé bien des années d'afflic* tion , depuis la nuit fatale où l'onde furieuse ayoit séparé de la terre ferme la cabane de Milon ^ bâtie sur un petit promontoire' : la mer ayoit englouti les fertiles pâturages qui unissoient au continent le lieu de sou habitation. Cette demeure , située dans une île solitaire , étoit si éloignée de . la rive opposée , que , dans le calme le plus profond et de Pair et de la mer y ses habitans n'entendoient pas les mugissemens ^es troupeaux paissans sur le rivage bleuâtre. Toute jme leur étoit refusée : ils étôient privés des douces liaisons du voisinage y et des tendres complaisances de l'amitié que les dieux leur oroient

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autrefois accordées. Déjà depuis long-tempSy Sémîre avoit enterré Milon , son époux chéri. Au milieu de cette triste solitude, elle passoit ses jours avec Mélide sa fille , n'ayant, pour adoucir ses ennuis , que son petit troupeau et les oiseaux du ciel.

Mélide croissoit dans la fleur de sa beauté y sans avoir d'admirateurs. Au milieu des danses et des jeux folâtres , plus éclatante que le jeune pécher , lorsque p pour la première fois , il étale ses fleurs naissantes , elle eût , entre les belles toujours paru la plus belle.

La tendre Sémire j pour ne pas empoisonner la solitude de sa fille , en Pexposant à des regrets inutiles , ou en lui inspirant du goût pour des plaisirs qui leur étoient interdits , lui cachoit, avec un soin extrême, tous les charmes de la sodété, dont jouissoîent les heureux habitans du rivage opposé. Chaque jour elle alloit sur la tombe de Milon , consacrer une heure à la tristesse et aux pleurs. Hélas ! tu n'es plus f ainsi s'exprimoit chaque jour sa douleur ; tu n'es plus y ô toi, la consolation de ma vie^

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le 90uden dans notse misère ! Sans appui, entièrement délaissées , enfermées par le3 flots irrii-és , quel sera le sort qui nous attend? La rigueur de nos maux n'est point adoucie par la coippassion de l'amitié, et tout secours, humain nous est refusé. Ah. ! q^e ne puis - je te voir mourir aussi p ô Jdélide , ma chère fille ! Hélas !

tel est Pexcèff de mon malheur , que c'estlà le, plus ardent de mes vœux. Que ne puis-je te voir mourir ! car si je meurs , tu resteras seule ici dans la fleur de ta jeunesse; affreuse perspective ! Tu resteras seule ici , enfermée par les flots mugissanSy sans autre compagnie que ta misère et ton affliction. Jamais alors aucun son humain ne frappera ton oreille ; jamais la voix d'un tendre époux, que tes charmes et ta vertu auroient rendu heureux , ne parviendra jusqu'à toi ; jamais tu n'entendras le doux nom de mère prononcé par des enfans balbutians : les accens de la joie te ■ seront inconnus ; les ombres lugubres et les antres de rochers ne retentiront que dçs . accens de ta dou-

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leur. De longs tourmens consumeroiit tiei jeunesse ; tu mourras désolée : les larme^ de l'amour ne couleront pas à ta mort déplorable ; privé de sépulture , ' ton cadavre sera dévoré par les ardeurs du soleil , ou deviendra la proie dés oiséattx du cieK Ah ! cachez-lui mes plaintes j antres des rochers! Et vous, ombragés solitaires et nombres ! c'est à vous seuls que je pufs confier mes plaintes : cachez-lui mon affliction , afin qu'une heureuse ignorance l'empêche de connoître toute l'étendue de ^n malheur. Telles étoient les* plaintes de ^émire ; et c'est ainsi qu'elle cachoît à sa fille les tourmens dont ^a tendresse maternelle étoit consuihée.

Cependant Mélide , pleine d'inhocence et' de charmes , se jotioit avec les tendres agneaux qui n'avoientpas besoin de guide :

car la mer bruyante entouroit leur petit pâturage. Elle s'amusoit à tailler des arbustes odoriférans , pour en former des berceaux : elle étoit la divinité tutélaîre des plantes ; elle relevoit les fleurs abattues , et procuroit, par ses soins, une

croissance henreusie à leur' tige laiigms* tante : quelquefois elle préparoi t à la source arrêtée un lit sur 4es Cailloux y ou bien elle en rassembloit les eaux pour en former un petit étang. Autour de HIe, elle aroit planté une double rangée d'arbrea fruitiers ; et , belle comme Vénus dans niè de Paphos, elle se promenoit seule sous leurs ombres naissantes. £lle avott aussi décoré la grotte d*un rocher que bai* gnoient les flots de la mer , car la soUtùdf rend fertile en idées : les murailles de s^ grotte étoient ornées de coquillages , que la mer abandonnoit sur la rive , et qu'elle ■arrangeoit suivant la variété de leur forme et de leurs couleurs. Une conque , d'une prodigieuse grandeur y receroit les gouttes transparentes d'une eau qui tomboit de la TOÙte, avec un bruit agréable; et destigesde îasmin bordoient l'entrée de cette grotte.

Au milieu de ces innocentes occupiâtions , Mélide passoit ses Jours sansVap^ percevoir qu'elle étoit seuJe ; mais seize années de sa jeunesse s'étant ainsi écoulées f elle commen^ à sentir qu'elle étoit

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seule. Assise à romb^e des berceaux qu'elle avoit construits ^ rêveuse et languissante f elle se disoit : Quel a pu être le dessein ^ des dieux , en nous plaçant dans cette solitude a , Plus malheureuses que toutes les autres créatures y pourquoi avons -nous existé , pourquoi existons • nous encore I Ali 1 je le sens à la tristesse qui me consume f il est quelque chose d*inséparable de mon être , quelque chose que je ne ptàa ÀomUier , et dont je suis privée ! Non^ je ne ^suis pas faite pour cette solitude ; sans doute nous avons éprouvé quelque révoluticm extraordinaire que ma mère me laisse ignorer. Sans cesse un affreux mystère obscurcit son front; et quand je cherche à approfondir ce mystère , ses yeux s'inôndenit de larmes qu'elle ne peut retenir. Elle ne cesse de me dire : Attendons tout de la sagesse bienfaisante des dieux y et remettons notre sort dans leurs mains. Hélas ! j'attendrai » dans un respectueux silence , l'ordre de leurs décrets f sans vouloir en pénétrer la perspective mystérieuse.

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SouTenty ensevelie dans de profondes réflexions , elle promenoit ses regards sur Pimmensitë de la mer , et s*écrioit : O TOUS 9 plaines liquides , dont mes yeux ne peuvent atteindre le terme ! ah ! ditesmoi , ce petit point ^ cette île que vous environnez y car, qu'elle est petite en comparaison de votre immense étendue ! estelle la seule terre habitée? Ne baignezvous pas d'autres rives trop éloignées pour' pouvoir être apperçues 1 Hélas ! ma mère ne veut pas en convenir y mais sa douleur secrette me le fait soupçonner. Certainement cette terre n'est pas la seule que vous environnez; car, que vois- je là- bas d'immobile , qui , semblable à un nuage affaissé y forme une longue chaîne à l'extrémité de vos bords 1 Peut-être mon imagination me trompe-t-elle ; mais dans le calme profond , j'ai déjà cru entendre résonner des voix éloignées. Quelle autre chose ponrroit-ce être qu'une terre ? Elle me paroit , à la vérité y bien petite ; mais y sans doute, le grand éloignement en est seul 7 1» cause. £h! ne le sais-je pas bien^

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le feuillage. Peu de temps après , à la place des œufs y )e vis des petits oiseaux sans plumes ; je vis les granda plus animés , plus empressés que jamais, yoltiger autour du nid , et apporter dans leurs becs à manger aux petits y qui recevoient leur pâture avec des cris de joie. Peu -à -peu ceux-ci se couvrirent de plumes , ils cornmencerent à déployer leurs ailes encore foibles : puis ils sortirent de leur nid pour se percher sur les branches voisines ; les grands yoloient devant eux , comme s'ils eussent voulu leur inspirer le courage de les imiter. O ma mère , que ce spectacle étoit charmant ! Souvent ces petits étendoient les ailes , sans doute pour prendre Pessor , et toujours la crainte les retenoit. Le plus hardi d'entre eux ayant enfin pris son vol y chanta, d'un air joyeux, le succès de son audace : il sembloit i'nviter ses compagnons timides à tenter la même entreprise : ceux-ci la tentèrent en effet , et bientôt ils se mirent à voltiger de tou$ côtés , et remplirent les airs de chants de joie. Quelles étranges pensées ces choses

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ont fait naître en moi! Pourquoi ces plaisirs ne sont-ils interdits qu'à nous seules %

' Sémire ne savoit que répondre à des questions si dangereuses pour son secret.

J^gnore moi-même toutes ces choses , lui dit-elle; pourquoi t*inqniéter par d'inutiles recherches ? Pourquoi te forger des idées ▼agues ) qui t'inspirent des désirs inutiles , et qui troublent la douteur de ton repos I Ponrcpioi veux-tu^ par une coupable curiosité ) préroir léa desseins des dieux , qui seuls savent ce qui doit nous arriver /et qui régleront tôt ou taid notre destin , suitant leur volonté toujours sage ?

^ Hélas ! répartit Mélide , l'en demande pardoii aux dieux! Mais je ne saurois m'empécher de désirer que notre espèce pût se multiplier comme les autres : j'ignore y à la vérité , comment cela se peut faire ; ce soin est sans doute réservé aux dieux»

Mais les plantes proviennent de leur semence , les animaux naissent de différent tes maniëres : j'ai tout obervé y je ne peipp rien de plus. Oh ! si je trouvois ainsi quelque jour de petits humains y nés de qoel*^

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qnes - unes de ces manieras ! dieux que l'en aurois soin ! que je les: aimerois I Mai». laissons-là ces illiisîons ; les dieux prendront soin de moi : cependant, 6 ma mère!

permets-moi de te faire encore une ques*.

tion ; ce sera la dernière. .Je n*ai pas tou-, jours été comme je suis k présent, je le sais bien ; ce n'est que peu à peu que je suis devenue grande 9 ainsi que tous les êtres qui m'environnent. Je me souviens du temps où je n'étoîs guère plus liante qu'un pied d'œiUet ; il iaut que j'aie étéencore plus petite 4 il faut qu'il y ait eu un temps où j'ai commencé à exister y ^er même que les plantes , les oiseaux et les autres créatures : dis-moi donc , car certainement tu as existé avant moi , dis-moi comment et en quels lieux tu m'as trouvée , et ce qui s'est passé à mon sujet. Si tu me dis cela , je parviendrai peut - être à découvrir quelques vestiges , ou bien même;... hélas! je ne sais pas bien ce que c'est ; tu pourrois me dire tout. ...

C'est ainsi que Mélide tourmentoit sa.

niere , en l'embarassant par mille qucs-

ttôità.'^Tu infàffMige^ , t*i«' ftlle , liiiidit Se* mire; tu m'affliges ayèclKi ëtiwigeè dû*- ^cOtti-s t jte^'tie-peûr (etdm oommcét titres -^iétLvLe^^^'mikyàmiitioéte meule if j^aifirûé les' âiénvx de : mè t^otmer ^ «ne « conpagsei er, dahs tr^e «belle ttiatÎBéff.^:j«^t^ài'>ti!Oi^* fée «Mite |>éttte<^cnia( uibiroaielJTidèhraBt la leftt^aaei'Mais^ cnicorerfinM fins<^ fille trog «Btdeuse ^ tn' me touknièntes iawc feç étt^ mettra» ^hifutHefti âidti^ rdosTflaurs', ' |6ué i^yéc teci agneauxi, dt t^iffite ni 'lës^dieitt )[^p fa Cuirioeîié ,' ni «m4 par des Questions tfuïqttéllés jciKe'ptflft id^6w&m, Deptâs que tu te lin^b < 'à ée» 'étrâi«geft pensées , tu nie» phn rnigéiiiense à) i%mu8er , tni né iuî»^lus que t'iiiquiétev^etim'affliger; ce^ ^etidanirtu laisses ta, giroite imparfaite' ^ et-tu' négh'geiB tes ^antev. / i .<

€*est ainsi que Sëmire , accablée ide tristesse et* dHnquiéi^tiiie'^ Tivoit .dans la tbiitwdë arec sa> fille'i mais les dieux prâlëféttc^ eiifin' l^orèallevà sèb/ instances ^ et réèolurbftb tde* xo|ivérftir'^>son > chagifin' en joie';i!l'sbfâ«r êe drargcade ce prodigei Dans le ponéeil des 'dàenry qui* d'entré

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eux est plus capable de refndm Jifiurffi^e «ne jeune beauicé^ - ^ j .,

Sur la terre ferinoi irâ-^f^-YÎScdQ ;l^lle^ faabîtoitun jeune homme dhwie'£gnFe. majestueuse : on Pausoit pris pour «a dieu ^ quand il se proînenoit sur les prés fieuris> ou - à 'Pombre > des bocages.' , Sou-vent §iim père lui afbit raconté les calamité» que son pays aToit antnefois essuyée^. Tu toîs là^-bias cette uche dans. la met*]) lui disoit^ il,, en lui montràttt de la rnmin l'il^r, il |» voyoit 4^ s4^ cabane qui •n'étoiit i pas^ lojùa du, ri^ge; autrefois* un lo9g tegrr9Î^:S!ll7 Tiançoit dans la^mer comme un bfus lét^dii.

A< Pextcémité I de ce terràîn>^ SBr:«é« ésfir nence. ^ bàbitoit; un couple fide^ y. AIîldQ\ c^étoit le nom de Pëpoux ^ et Sénnne'CÎétoif celui de Pépouse. D'exoellens pàtumges s'ëtendoient de nôtres rÎT^ge juaqulà leur cabane*, et de nom^bréu^ troupeaux pat»

soient sur Pi^ne'fet Paiitte ^ri^no^ U(ne;fiUe qui, bien qu'elle àe IfSt ^beiidO) iiiil$4«| étoit cléja un prodigerde rgrftce et debeéuté ^ faisait leur consolatiob et UMutiletirrbdnbeur« Les fenmjes du paya s!empré8Soieiit

KAV|OAT£UR« tfyf

4e vèttlr contempler sa beauté , lui apportoi«nt de petits présem y et béoissoient son. heureiiser mer^ ; ni^îs il se £t tout-à-co)Cp 101 boAileyedrssesient y dpst le seul spttvomfi Qie glaça d'eliî^i* Au milieu d'une nf^t obsçurq , HQ b^i^t. millp fois plus eCfrayant que c«lui du tonnçsre 9 ; r^paudit la cous*, lec^t^ dans toute lar contrée. 1^ terre ^i;ç»mUla justes dans ses fcmdemens ;!» m^r ifritf^e Irapichit ^^^ limites > en pPiUBr sant des mu^ssemens horribles : les acofi»^ de la terreur et de la désolation retentirent de toutes parts à travers l'obscurité d^ ciel. Jamais .la ni^it ne couvrit les aîra d'un yoile plua sombre ; on ignoroit la cau/se de ce^t épouyantable éyënement. Tremr blans €t iiais^B 4e frayeur , tous se rendir r^nt/ai^xbamps y l'aurore naissante éclaira les terribles ravagef de la vû^et \ Ponde Jfuriçi)8e ayoit SHVmç^gé les pâturages qiû «ont çntre Ja terre et cette i}e. Ce ne fat .qup^ilprsquelç soleil, eut dardé sçs p^0miei^^ rayjims s^r .la mer calmée , que^^^e^ms la découvrîmes ; un de nous f .à. qui . Jles dieux ont dpn^é Hu çeil plus pergan^r çjrut,

1*48 LE PUE MI £ a

à la clarté du jour , Toir la cabane de Mllon f é€ des arbres tout à l*entbur« Péu^trè respire- 1- il encore arec sa cemiMigne ; peut-* être Miélide , aièsi s*appellôît le^ir aittabte &\ëy condamnée à une trîste «âlitude^ eist-ellé la bëaiité la pluà aecôihptie que • jamais mortel ait' vue.

Le ipécit de cette aventure fit sut Pesprit du jeune homme une impression pi^fomde.' Dès ce uniment il se rendoit souvent toi bord de la mer ^ pour rêver aiï 'destin déi habitatis de cette île. Le bruit iiniforflfie <de la mer tranquille lui ayant im jbur-pro* -culfé un doux sommeil , PÂmOnr voltigea pi'ès dé lui , le rafraîchit de seà ailes V afin que la chaleur du midi ne le i^éveillàt par, et lui envoya un SQàgè. Il lui fit voir le rivage de Pile : de petits arajours yvoltigeoient sous défi ombragée sa:crés rieurs atiitudes peighoient la trîstèèsé , ^î'ilë ée désoloient sur les raineaùt ' th^iiéeTàlns dèé bosquets ) ou sur 1ë gazôTk fleurî. Une jeune "^beauté , parée de tôUtèk iëÊ gf&c'eài de ï'àmoiir, et plongée dans tiiié' rêy'erie pro- 'fottàe f s*avan^oit k paaléfltii du fdnd d'un

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bocage. Elle marchoit nonchalamment , et la tête penchée ; une partie de sa blonde cheyelure flottoit sur aes épaules ; le reste ëtoit négligemment noué sur sa tête avec .un rameau de myrte. Son beau visage étoit eouveit d'une pâleur ravissante ; semblable à celle de la rose qui se flétrit sur un sein naissant , le désir le pins vif erroit , prêt à s'éteindre , dans ses grands yeux bleus.

£Ue marchoit ainsi y sans ressentir la douce inpressîon des zéphyrs qui se jouoîent autour d?elle , et sans prendre garde aux plus .belles fleurs qui se plioient amoureusement sous ses pieds , et qui y pour exciter son attention, exhaloient les plus agréables •parfums. Elle n'appercévoit pas les fruits Jes plus savoureux : vainement l'arbre qui les portoit , l'invitoit k soulager ses branches courbées par le poids de L'abondance'.

Elle s'arrêta sur le bord de la mer ; elle jeta tristement ses regards sur l'azur IxAntstm de Pautre rive : elle, éleva se» bràft d'albtoe 9 et paroissoit implorer 4it| secours. Alors lé jeune homme crut flotter sur la mer y et voler au secours de cette

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infortunée : il lui sembla que l'Amour le receToit sur le rirage ombragé , et quPfl conduisoit cette belle dans ses bras trenvblms. Il TOyoit de petits amours voltiger à leurs côtés, les entourer 4e guirlandes , et agitant doucement leurs ailes , les embaumer du parfum des fleurs. Le cœur du jeune homme palpitoit; ses joues brûlantes se coloroient d'incarnat : alors ses bras • qui s'étendoient pour serrer le bel objet , ne rencontrèrent qu'un air Tague et sans résistance. Il se réveille enfin , et il reste encore long-temps dans une douce extase.

Dieu! s'écrie-t-il , les lèvres tremblantes^ où snis-je î Quoi ! elle s'est échappée de mes bras ? Hélas ! me voici couché sur le rivage .... et cette lie est loin d'ici ! Uà songe , hélas ! un songe m'a trompé ;' je le sens , il m'a rendu malheureux pour jamais.

Depuis te jour , il se rendoit encore plu# fréquemment sui^ le rivage : plongé» dans de profondes réflexions , il marchoit ^ en.

il s'ààseyoit sur le sable de la mer , et toumoit ses regards vers l'ilQ aii«delà des

lune^. lorsque, toute lappiitr^ia ié^)it clant^ un profond . ^îI^boç. , . et i qf^'i^, n'^en^endolt que le frénûssemeiit de. Ja-mev » U se pi»i^it à PextffémltQ du rivag/É ; là, iiéisOutoit 6*il ne yiendi^oit pas de i^He; quelques èt>i|$ îusqu!tt loi. Souvent il oroyoit: entendre des accens p;laintifs , et ;qttel^iftefois juHe ; voix Agréable ;. car l'imaginatîiaii. ardent de»

ftnuuia. ^&' trompe <£ficileD»snt^ Souvent il appelloit à kauts voix, «t il lui senblott qu'pn lui sépondèit «dans uagrand éloigner ment; ou, lor8qu!uiieEiéfli|i](erpflroissoit.à lIioxiBon derriei» I7ile<, il cnoyeât vetf une lumieife^ 'au 1^ dàrtë d'^m^ foyer.; Vùi^ étve y ^sint-il , peut4tre cst^eUé assise Iktbas toute aeule aufarèa de lu iiamme n^ tume de : son fo^er y Tèraat à . sou tciate destin^ etrgémisBaiit eu Tain ^pendant le sileuce de la mtit^ sur la fotU djes |ouX'f de sa jeumesse^ O vents i que J9fm-i» ^ ailes ! Hàtezt^pous, 6 renà Isvolea yejcs^ ce rivage y-et dite»^ iqu'un^maUMUseux hnguiliiSur cesibords.) t >, .

• Mais quoii* se :4isoit«>il souvent ). qujest

lit t^ PtL'BUlJLM. '

devenue iha raisoil V Mûlhenténx que je suis', quel ènt 1^6b]ëi de ràoii amour? Un songe / un vaiUi fantôme 1 .... Je doimois ici , et mon imag^natidn a tracé à mes yeux une image ^ a r la. vérité , beaucoup plus belle^^ qi;e tout ce que fai jamais vu. Je me suis réveillé <; mais , dieux ! cette image n'a point «disipai^ù comme un songe ; pro«> fondement gravée dans < mon imagitiatîon , (elle 'règne sulr toute moujame. Cependant ce sSonge y ■ ce i faatdme , qui n*a peut-être nulle part d^ns le monde sa réalité , je l*aime ; il me poursuit en tous lieux; il nourrit dansmoii cœur un feu continuel et dès tourmens, hélas Itrqi réels; ilm'en<»

traîne puissamment sur le rivage. AJi! sou« -gi» et Tepcèndis ta raison ; redeviens: ce qu« tu as été ; sois tranquille' et content'; sois assidu et in4a8trienx dans ton trav^^. Va ^ ris 4e ta Mie) quitte ce rîrvage ^ et rends gr&ces aux difuic de n'étire pas escoce dè« venu la risée de tout le canton. .

>^J\iIaiB c*étoit en va^n; qu'il icherchoit à dompter cette étrange passion ;'vainemen| il'poei^o&t la résolution iide' fuir le rivage.

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An jQiliéude ses occtipa£ioii8.1esplixsagréfi« blés , cette im«ge s'oi^roû sans cesse k lui « •ans céflse il lui semblait qu^une 4ivinitd iiÎTisible l^entrainât jsur le xi^age^ O dieux ! 8^écrioic-il alors y cet amour me tourmen» tera"t?il à Jamais ei| yainî Uve illusion remplira-t-elle les jours de ma jeHnesse.de a^ulÏEasdiceB qv*aucmn espoir «e , doit fiivlr ? S/dda ce songe n'est point de ceux que 1# bazardiait fia^ti^e : jamais mon imagûf^tion nevS'e^tél^Yée à ce^tte idée de beauté. qui surpasae si fort tout ce qui s*€^t -offert jusqu'à présent à mes yevx. Ab! mmsf dpute un dieu m^a inspiré ce songe. Mais .pour* quoi 2> quel peut-être son dessein V Jq ne piids ;le déeouTrir. $i la beauté quej'ai yué$ ;iri|i eu e0et dans cette îlie ,: po^rquoii.me J^'a->il fait yoôr? pourquoi vei^t fil, q)i,e je .me^cpus^me d'amour pouriell&îfourquqi mîabaudomifEt't-il sans espoir y sapA.^s^^ tauc^f sans me montrer le& mo¥e|is,()c!p^ Yep«À ce vivagel Puisqu'il est impp^$ibj|e id'a^ti»indjre à la nage cette; lie jurop .éiokgiiée, quel parti dois^je preiidrey' et ^^e puia^je.teutçrJ Les dijeux ont donné,, il^^t

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vrai , tt rhomme des: pensées «udaeientet et uA esprit fertiie en inveiitioBS : iU lui laissent librentent exercer ses éminentes iacultés ; mgis , dieux ! quel «sprit^humain peitt m'enseigner à marcher stor les ftots de la mer , ou ànager sans péiil sui* l'onde ^ comme le cygne?

Assis sur le rivage , Pesprit enâi^nmë f il se mèttott souvent à rérer et à ttiédîter profondément sur les moyens de tira verset la mer ; car les hommes n'avoîent pas encore inventé Part de se confier atix flotsr.

Qii*avoi'ént - ils à faire sur les côtes lointaine^ T puisque chaque contrée où 41 croi»soit de Pherbe pour leurs t^oupe^ux^ où il se ti^Quvoit des arbres portant des îfnuig Sftlubtés^; et où il coiiloit un dair miflieali , fôu^liissèit* abondamment à leurs bésoi^ liOttg-temps il médita , long-téMps il rejetA l^^s' moyens qtt'il avoit trouvés. Un fout ijii'il {ji'dinenôit trilstenient seft i^^ard» sur la mer y il vit de loin que)<|ite chose ^que ies vagues poussoient vers le riifagâ^^la )<yîie et Pespérance se peignirent dan» «ef yeux perçans; l'objet appfochoit Mi^onrai

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enfin , il vît flotter sur Ponde le tronc énorme d*un arbre renrersé par l'orage', et creusé par les ans. Un lapin timide , sans doute poursuivi sur la côté par quelques chasseurs , s'étoit sauvé , à Paide de ce tronc : il étoit tapi dans le creux de l'arbre; une branche tonfîae se recourboit sur lui y et le couvroit de son ombre ; nn vent doux acheva de pousser le tronc sur le rivage , k côté du jeune homme:

Alors il pressentit son bonheur ; et , dans son ravissement , il sauta dé joie. Plongé dans une nouvelle rêverie , il cherchoît à débrouiller l'image obscure que cette vue avoit tracée dans son imagination , et qui; comice une ombre de la liuit , tantôt s'éyanoiiissoit , et tantôt reparoissoit. Il traîna ensuite le tronc à sec sur le sable , résolu de commencer dès le lendemtain à Pâube du jour , un ouvrage dont il li'avoit encore qu'une idée bien imparfiiitè. Le îdoute et Pespérance l'agitoient tour a tour ;' le som*> meil ne ferma point ses pùupleres. A là pointé du jour, muni d'un petit nombfé d^instmmens grossiers, car dans ce tëmpé

,x5$ XE P|l.E»II£a

Theur^nse simplicité avoit besoin de peu, il vola au rivage. Mais , disoit-il , i*ai tu souyent des feuilles repliées , que les vents eixiportoient de dessus le rivage , nager doucement sur Ponde. J'ai vu encore y en dernier lieu ,. sur l'étang , près de notre cabane ) d^s papillons qui voltigeoient tout à l'entour , et se posaient çà et là sur ces fi^uUles, sans mouiller leurs pieds délicats, Faisons, un essai ; déjà la nature a ^ait la moitié de, l'ouvrage : je vais creuser jçe tjçonc de o^nier.e. q^e je puisse y être con^mod^mefit assis : il dit, et commença ^iement çpn trayail. O toi ! s'éçria-t-il , qnl.que tu^soi^, déité bienfaisante- toi qni as gravé da^s ^ mon cœur ce songe ineffaçable , entends mes prières , fais que mon entreprise» réussisse. ,.,

;^9nvfnt,;il se reppsoit ,et jetoit I9. vu« dn côt(é ,4^, l'i^e , en disant : O toi , la plus liell,e à]e^tfe le^ moi^telles î ; de quels obst^clçs,j de. qnels ^«ngers l|amour ne tifiompji^t-il |>w<? , Oh l qu^lfi -dp^pe esp^rftACÇ me ïa^t tTiCssaillir de joie! Comn^ent pouf ^ ,r;af^-tu ça^e reiiiser ta, tendresse , lorsqn^ je

Âefài arrivé sur té» borAs y à itioi dontifi {lassion affronte les gouffres à^"<ltu nierl Jamais l'amour • aHt4l • teué «n^ pi^ojét • plot

faàirdîl ■ • ■ '• • ■>■ ■ -v":. '

Cependant il perdent sdur^tfr eDiir^e^^ et abandonnoit'soB traf ail^ lAttëâ»è' i^ut» fe suis' ! se^ disoii-îf ' , quelle > «st la*' Ikdie': dm mon entreprise i Si quelqu'un yenoità^^ ser y et qu'il md dit irMon ani ^qiie fai»tu là 1 Que pcn6evpiUiiiiei«étteiarë|x>tise'i Je creuse ce bois'ppnroyy èoger ecm^^^Hf ainsi sur la TUste mer. 'Qucjl'e8t|le>pére di^&âftiiré y seroit-il en^ droit >de ne^répls- '• qu«# , qui abandonné si.in>pnideinniiéan|son £ls à aafirénésîe 9»£i^ parlaatvainsi'^^.il rd- ^atdioit ', ptein de ■ dépit , > 8oii< ouvrage 'tionvmencë. Msâs y' quoi! repprew^t4liaa«si*^tîy et q^nd^ je ne rëuâsirofi^ ' pb» > t^ isfadroès perdu qôe quelques lièupeadé Imsir.Foiije nméns risquer- poiir'taaioiiiàmoul;ri Çëltaincmcttt cetée il|ii-i«sa> Inlâtéè ; ^ce . que monspere «n*ea 'à diiiiy*ane>i:ead laiduoe ▼raiscfniblablcf; et monnsoBj^èy qu'ikndieti aeul peut m^avoîs inspânéi ^ nie là rend certaiiie ; et« ottte ile e$t< habitée y dieux !

tS8 X^^E JP]L£HIB&

qlie se» habitai^ doivent être malhenress 1 Bi le pére^ 1110 mère de U. belle étoieiil morts ; sUls < memreiit un jour , et iqu^eUe reste seule , abandonnée de tout , cond^MP* pée à paaaer aa jemieMe florissante dans «ne affreuse i solitude > çonsuinée par Iç dbagiitt et par le désespoir 1 ^on , ee n*est fXufi xl'ainour ,.c'c8t'la seule compassion qui 4oit mîexcitar aux. plus hardies entrepris ïes ! < C'est • annsi < qu'il perdait et qu'il re^ |irenoiti son Yen t conrage.

, Quelques ijours afétant écoulés y le tronc -éë trouva ciieosé;^ etil.àvoitdéja» quotqite âmpair£uteslient^yila forme d'Un bi^teau, ^1 -le trainar alors Jiwc peine dans un endroit ■•à la mer nenfiermée entre deux rivages, ji'éprouTOtit que» peu d'agitation, hk il fait

ta batquç àrflots^ et s'étant placé au mi- •lien,. il se laissa aller au gré des yenta.

-Cependant il obsecroit soigneufiomieni les

défauts de<86ni ouvrage : les > flot» «l'ayant -ïamcné âur l&>aal^lei^ il xe<?ommi»i^[v80ii •travail ': il jréforraa ; sai barque et l'esisa^'a

souvent. Voilk ^ disoitoil y la nioitié de l'ou-

Trage achevé : inais oOmmeat parviendrai-

)e à diriger ma. course en pleine mer 1 Gimment arriver jusqu^à oett? i)e, sans m'ex-*.

poser à être le jouet de» ^o^l. Il se pr^-^ seatoit à son imagination inil}e idé^ } qu'il rejetoit auss-i^flif, M^9» poUrwiwt-il, Ul cygpe ne dirig^«t-il pas su cQiMrse en fei^^ dant l'onde areç ses larges pieds ^ et tou^ les oiseaux qiû n^gevt dans les eaux 9 ne font -ils pas de même l Un animal m'£^ en^ seigné à nager sur le tronc d'nn arbre ; j'apprendrai des animaui: les moyens; de perfectionner encore cette nouvelle invention. Si je me faisois des pieds de bois y larges comme ceux du cygne , quand il les plonge dans l'onde , et si je les arran^ geois aux deux côtés du tronc creusé pour fendre l'onde 1 Transporté de cette idée»

il se hâte d'aller couper du bois propre à remplir son projet, et bientôt il lui donne la forme de rames : il monte ensuite dans le bateau, et les essaie long -temps sans succès. Cependaiit il observoit tous les jouré la direction des pieds des oiseaux aquatiques, et tous les jours il découvroit de nouveaux moyens de gouverner son

l60 LE PftEMIBX. NAVIGATEUR.

bateau. Long-temps il se borna à vogaer dans le petit golfe : mais l'expérience l'ayant rendu plus hardi , il osa se risquer sur la pleine mer; et ayant ramené heureusement sa barque y il sauta de joie sur le ri- Tâge. Le voilà donc réalisé y s*écria-t-il y ce prodige qui m*a tant tourmenté ! Demain , aux premiers rayons du soleil y je serai sur mer ; et si les vents me sont favorables, je veux dans cette petite barque , entreprendre hardiment le voyage de Pile. C'est être criminel que de ne pas tenter de porter aux malheureux du secours , à travers les périls, quelque grands qu'ils puissent être.

Ayant dit ces mots , il attacha son bateau dans le petit golfe , et s'en retourna à sa cabane ; car la nuit étoit venue.

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