‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 32 sur 47 · LA NUIT · texte numérisé non relu

LA NUIT

JN n I T silencieuse , avec quel charme tu ▼iens me surprendre au pied de cette roche revêtue de mousse! J*ai vu encore Phébus, au moment qu'il se perdoît der-' riere les degrés de ces montagnes. Il )eta un dernier sourire à travers le brouillard léger y qui, semblable à une gaze d'or, étoit étendu sur les vignobles, les bocages et les prairies. Toute la nature, enflammée par la douce réverbération du pourpre qui brilloit sur les bandes des nuages, célébroit son départ. Les oiseaux lui £siîsoîent entendre leur dernière chanson, et cherchoient avec leurs compagnes la sûreté dans leurs nids. Le berger, accompagné de son ombre qui s'allongeoit, Joudit^ en s*en retournant à sa cabane, son air du soir sur son chalumeau, lorsque, retiré à l'écart, je m'endormis doucement.

Seroit-ce toi, Phîlomele, qui, par tes tendres accens, m'aurois éveillé? serpit-ce

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nn faune aux aguets? ou est-ce une nymphe timide ^ qui traverse les bosquets touffus %

O que tout ce qui m'environne est bean{ Que cette contrée sommeille paisiblement!

Quelle douce ivresse se répand dans mon cœur palpitant !

D*un air timide, mes yeux parcourent la sombre forêt , et se reposent sur des espaces éclairés, qu'en perçant la voûte épaisse des feuilles tremblantes, la lune forme ici sur ce tronc couvert de mousse , là sur ce gazon agité, ailleurs sur les rameaux tremblotans étendus dans PobsCuri* té. Souvent , frappés par les formes bizarres des tiges tortueuses , ou des branches qui frémissent dans l'obscurité , ou des noirea ombres de la nuit, mes regards reculent d'effroi ; souvent aussi , ils se pronaenent sur les flots qui bondissent comme des lu* mieres sur le noir ruisseau, dont les ondea se précipitent à mes cètés. Car Phébé, assise sur son char , tantôt traîné par des biches légères, tantôt par dea dragons au

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corps grêle et çirpiildirey plane sur le som» met resplepdÎ33a|Lt dçp f^rb^es.

Quel parfum suaye tous exbAles, tendres fleurs y et toi, ^imiilile violette , qui ne t'ouTres que pendant le ftilence de la nuit pour répandre tes odeurs balsamiques !

Ah ! quel doux pa^f«m tqus esJialez dans cette obscurité l lurisiblefl^ et «ana la pa* rure relevée des couleurs éclatantes , tous êtes trahies pap h wlupté que je respire* Vous berces dans TOtrè sein délectable des siéphyrs assoupis ». qui 6*étQ|ent Catigués à se jouer autour de vous pendant la jour^ née y et qui trouvent, à leur réveil, un amas de rQsée, conserva 4<WS h^ \:pupe9 pures de vos feuille^!*.

Mais quel son aîgu , qu^l chimt enroué se fait entendre du seifi de eette prsifiQ marécageuse ? Ce sofit 4e pertes raipes de buisson, assises sur des feuilles, chantant leur air assoupissant, accompagné par les voix plus grosses des grenouilles qui ha-r bitent l'étang yoisin , dans lequel elles aé balancent sur des tiges flottantes , se re*

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posent dans les roseaux, et levant lenrr tètes Terdàtres da fond du marais, chantent les attraits de la lune : aussi rayies dans leurs chants rauques, que le rossignol dans ses accens mélodieux. Tel un misé* rable rimailleur chante d'un air riant les vertus de son Mécène. Dans sa fureur poétique, autant que peut la supporter sa pauvre tète, lorsqu'il voit en esprit la table de son patron couverte de mets et de bouteilles, il ne se croit point inférieur dans ses vers insipides , à Haller et à Klopstock dans leurs chants immortels.

Là -bas derrière cette prairie, s'élève doucement un coteau revêtu de buissons, où, dans les intervalles des chênes élancés, on voit les rayons de la lune se confondre et sautiller avec les ombres de la nuit. Là fuit un ruisseau gazouillant. J'entends, j'entends le bruit de ses eaux; il se précipite sur des pierres couvertes de mousse ; il s'échappe en écumant à travers le vallon , et ses flots bondissans semblent vouloir baiser les fleurs qui bordent ses rives.

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