A SA MAITRESSE SOUS JLES ARMES
OuE voÎ8-je? Est-ce toi, belle Éricie? Quel éclat éblouit mon œil incertain ! De quels feux brillans il étincelle ce luisant bouclier !
Comme avec grâc# ce panache pourpre et blanc s'élève sur ta tête, et fait frémir les airs! Qu'ils sont beaux ces cheveux d'ébene qui s*écbappant du casque
* Lorsque l'empereur Albert vint faire le «iége de la ville de Zurich , il y restoit peu de guerriers. Mais les femmes, revêtues de cuirasses, s'ètant mêlées à leurs foibles bataillons , présentèrent bientôt tout Tappareil d'une résistance redoutable. L'empereur, qui comptoit surprendre la ville , étonné d'y voir une garnison si nombreuse, crue devoir renoncer k aes projjBts et se retira.
voltigent avec la plume au gré des zéphyrs !
Quoi! le dur acier ose presser cette taille si souple y ce sein d'albâtre et de rose :
hélas! je ne le vois plus palpiter sous l'envieuse armure!
Heureux encore, je vois ce genou mollement arrondi ; je le vois ce pied mignon qu'une robe traînante déroboit à mes regards!
L'ange qui jadis veillcMt aux portes du paradis y voilà ton image , jeune Éricioi sous ce vêtement belliqueux.
L*ange menaçoit le coupable , et sourioit à l'innocence. Ton bel œil ne menace >que nos tyrans ^ et sourit à mon hommage.
Ah! que la flèche acérée de Pennemi sifle vainement autour de ta tête ! Que ce cœur ne soit jamais atteint que des plus doioces flèches du dieu d'amour!
ET YARIKO. *
J'AiMB le poëté dont rimagination tendre et sensible. n'a pu souffrir que la belle Indienne au teint d'aurore demeurât en
* Ce fragment ne se troure dans aucane édition des œuvres de Gessner , et n'a jamais été imprimé qu'à la suite d?un petit poème du célèbre Bodmer* sur le même sujet;. soit que Tauteur lui-même n*en fût pas assez content , soit qu'il eût la délicatesse de ne pas vouloir que oe petit ouvrage parût détaché de celui de son maître et de son ami. Quel que puisse avoir été son moiif, nous avons cru que nos lecteurs nous sauroient gré de leur faire connoitre une des premières productions du chantre ingénieux ^Abel et de Daphnis. Ce seroit la faute de son traducteur, si l'on n'y re trou voit rien de cette touché sensible, aimable et naïve , qui caractérise si heureusement tous wti ouvrages.
* Professenr d'histoire à Zurich; il fiU tout à la fois le Socrate de sa patrie et le patriarche de la littér<aure allemande.
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proie à l'horreur de son sort. En ne trouvant dans Phomme cruel qui Pa trahie aucune trace de repentir, aucun ca> ractere d*hunianitë, mon ame n'éprouve pas une émotion moins douloureuse. Oui, la pitié n'est jamais si loin du cœur de l'homme y que le frémissement du remords ne puisse le saisir et le ramener à la Tertu. Ce germe que le ciel mit au fond de notre être n'est jamais entièrement étouffé, il se fait jour à travers l'ivraie des passions , et rendt tôt ou tard. Muse , si tu m'es favorable, les cœurs sensibles apprendront de moi la délivrance d'Yariko^ le repentir de son amant.
L'infortunée fut vendue par le barbare au gouverneur de l'ile , qui, n'eut --pas plutôt appris l'histoire > de ses malheurs et la noire perfidie d'Ynkle, quHl donna l'ordre au chef des esclave» de courir après le traître et de l'amener devant lui.
Je -veux y dit-il, que ce monstre subisse cinq années d'esclavage pour la juste punition- de son crime.
' Ynkle cependant étoit resté immobile
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-sur le rivage. Sortant tout -à- coup d'une rêverie profonde , qu'ai-je fait, s'écrie-t-il! celle qui sauva mes jours , celle qui m'aime si tendrement^ je Tai vendue à vil prix!....
Il jette avec indignation l'argent qui paya son forfait y et retombe dans une nouvelle rêverie. Que vais -je devenir, malheureux! le crime fut horrible, oui, mais il est consommé. Le maître à qui je l'ai vendue est bon , elle sera traitée avec douceur; je le sens cependant, ah! je le sens trop, ce souvenir cruel ne cessera de troubler mon repos. Regret éternel ! regret inutile ! ... A ce mot il se disposoit à ramasser le vil argent qu'il yenoit de jeter sur le rivage, lorsqu'un frissonnement d'horreur le ressaisit sott> dain. Ne me donne point à d^autres, ditil en pleurant , ne me donne point à d'autres, voilà ce qu'elle me disoit; voilà qu'elles furent les dernières paroles que m'adressèrent ses lèvres tremblantes....
O malheureux que je suis ! ... Je »e refa<»
se point de te suivre comme ton esclave; sans ae plaindre, tn me verras snppor-
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ter les plus rudes trayaiix. Laisse -moi seulement auprès de toî^ ^^sse-moi jouir toujours de tes regards; oui, prends-moi pour ton esclave , et le fruit malheureux que je porte dans mo& sein, ce fruit infortuné du plus tendre amour. ... Il s'arrête, il pâlit, une sueur froide coule de son front; il tre^lble, il frémit comme frémiroit celui q^ roulant attenter à l'innocence d'une j.eune beauté, -verroit tout à coup la foudre tomber à ses côtés, et fracasser l'arbre dont l'ombrage alloit étra témoin de son crime. Tel fut l'effroi d'Ynkle au moment oh les chefs des esclaves vinrent s'emparer 4e lui.
Scélérat^ lui dirent-ils, si tu la compares à ton forfait, ta punition dpit te sembler légère. L^e gouverneur te condamne à cinq années 4e servitude. Quitte sur-le-champ tes habits, voilà ceux qui te sont destinés. . . . Ynkle se dépouille de ses vètemens, et yen prenant ceux des esclaves , ses larmes coulent en abondance. Oui, le châtiment est doux, disoitil, pour le plus noir des crimes; je bénis
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la main qui Te yenge , peut-être en supporterai-je avec moins de douleur le poids dont mon cœur est oppressé. . . . Habillé en esclave , on traîne le malheureux aux travaux qui lui sont désormais réservés.
Quelque durs que soient ces travaux, Pinfortuné se sent plus tranquille depuis qu'il porte la peine de son forfait.
Yariko cependant ne cessoit de pleurer rinfidélité de son amant. Le maître qui Pavoit achetée eut pitié de ses malheurs y et au bout de quelque temps l'ayant comblée de soins et de bontés, il la fit partir sur un navire destiné à la conduire 'au rivage paternel. Triste, abattue sur le vaisseau qui fendoit l'ondft avec rapidité, les yeux fixés vers la côte qu'avec regret ils voyoient décroître à chaque instant , l'infortunée gardoit un morne silence, lorsqu'un des pilotes s'approchant d'elle lui adressa ces mots :
Jeune et belle Yariko, quel est donc ce • noir chagrin? Ne devrois-tu pas te réjouir de te voir ramener au rivage paternel , loin des bords funestes où l'on
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te vendit esclave ? . . . Oui , répondit-elle y oui y sans doute y je dèvrois m'en réjouir , si, sur ce bord étranger , je n'abandonnois pas un amant infidèle sans avoir même eu la consolation de répandre encore une dernière larme dans le sein du perfide. Ah ! je Paurois embrassé ; peutêtre le cruel m*eùt repoussée, je ne l'en aurois pas moins serré dans mes bras.
Où est -in Ah! dites-moi où' est- il le plus ingrat, le plus chéri des mortels ? . . . Le gouverneur de Pîle, reprit le pilote, l'a condamné à cinq ans d'esclavage, punition légère pour un forfait tel que le sien. Je l'ai vu au milieu d'une troupe d'esclaves partager' leurs pénibles travaux.....
Ah ! pauvre Ynkle , s'écria - 1 - elle alors , pourquoi m'as-tu jamais connue? tu ne subirois pas aujourd'hui la peine des cruaittés que tu commis envers moi. Mais, ami, di»-moi,' comment supporte-t-il ce triste sort? dis-moi, que faisoit-il , que* disoitîl, lorsque tu le vis au milieu des esclaves? . . . , Quand je l'apperçus ,' repartit le pilote y il travailloity le corps courbé vers
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la terre y puis tout-à-çoup se relevant et regardant avec des yeux baignes de larmes ses habits d'esclave, et la hache qu'il tenoit dans sa main : misérables yêtemensy s*ëcrie-t«ily tous êtes aujourd'hui ma parure chérie , et toi , ma hache , je te préfère au sceptre des rois. Si quelque foible rayon de joie peut éclairer encore la triste nuit qu'il me reste h vivre , je le dois au bonheur d'avoir subi la peine que j'ai trop méritée. O Yariko ! . ô ma bien aimée! mais comment, malheureux!
^ïomment ma bouche ose-t-elle encore proférer le nom de celle que j'ai si cruellement outragée!.... Yoilà ce que disoit l'infortuné , et les esclaves qui étoient autour de lui se relevant appuyés sur leurs haches, suspendirent leur travail pour l'écouter. Amis, dit-il alors aux compagnons de son infortune , amis .... mais non , non, je ne mérite pas qu'un homme m'appelle son ami , méprîsez-^oi , détestevmoi tous, je suis l'opprobre de l'humanité, il n'est rien d'humain en moi que ces traits dont j'ai déshonoré le sacré
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caractère. Hommes ^ abhorrez-moi comme un monstre qui n'appartient p|u^ k TOt^ç espèce. Ecoutez et frémissez.
Jeté par les vents sur cette riye saoyage , c'est une fille jeune et belle qui prit pitié de ma misère : ses tendres soii^ conservèrent ma vie ; ses douces caresses me firent éprouver tous les transport9^.de l'amour. Je lui prcHuîs de la conduira dans ma patrie , de l'y faire fouir, dan^ les bras de l'amant le plus fidèle^ de tout le bonheur que méritoient sa tendresse et ses bienfaits. Heureuse de se livrer ^ moi sans réserve y c'est avec la plus douc^ confiance qu'elle abandonna pour 91e smvrf la cabane de son père et ses jeunes comipagnes. Le vaisseau sur lequel nous étioos embarqués aborde ici, et c'est id mâme^ frémissez de l'aveu d'une si noire ingra^ titude! c'est ici même que je l'ai vendue pour être esdave y avec elle le gage de nos amours , l'enfiaint infortuné qu'elle portoît dans son sein. Que de larmes elle té^9fh dit! avec! quel désespoir elle tendoic s#^ mains vers le ciel et vers moi ! Abhorrez-*
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moi tous , je ne mérite pluB de vivre arec des hommes. Innocens oiseaux, ne chantez plus en ma présence y fuyez les lieux où je suis, comme un désert qu'infecte la dépouille hideuse de quelque bête féroce.
Yariko pleure en écoutant ce funeste récit , elle croise ses mains sur sa tête ; ses plaintes , ses soupirs se portent encore vers le rivage qui fuit à ses yeux :
Ynkle, mon bien aimé, tu pleures ton infidélité, tu la pleures; ah! faut-il quelque chose de plus pour t'assurer que mon cœur te pardonne ? Pourquoi m'éloîgne-t-on de toi* ne te reverrai -jamais? cet enfant ne sourira-t-il jamais dans tes bras paternels?
ne t'appellera-t-il jamais du doux nom de père ? ah! que ne puis-je à tes côtés porter au moins la moitié de ta misère , et lorsque tu succombes de lassitude, essuyer la sueur de ton front! ..... Voilà, tendre Yariko, quelles furent tes plaintes. Mais bientôt le funeste rivage disparoît entièrement à tes yeux , ils n'apperçoiyent plus
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que le cercle immense de la plaine liquide*, à présent c'est la rive paternelle, qui sortant d'un brouillard épais , semble s'avancer vers toi,
Ynkle cependant continuoit de subir la misère et les travaux de l'esclavage; ce n'étoit pas la fatigue , c'était l'accablant souvenir de sa scélératesse, qui avoit sillonné son front de rides profondes. Le repentir, la solitude, les remords déchirans, en lui rappellant sans cesse la tendresse et les vertus dTariko, avoient ralumé dans^ son cœur tous les feux d'un amour qui ne. dût jamais s'éteindre. . . • • Où es-tu , Yariko î je t'ai perdue pour toujours, toi, ton enfant, le mien; que dis-je , hélas ! il ne me nommera jamais son père , à moins que tu ne lui racontes mes cruautés , et qu'alors il ne prononce ce nom sacré de père en frémissant d'horreur. O combien je suis à plaindre ! ce que j'ai de plus cher au monde ne peut conserver de moi qu'un souvenir désespérant , et lorsque mon nom échappe k leur
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Toix plaiatiye, tout ce qui les environne doit épronver une impression de douleur et d*épouTante.
Telle fut durant une année entière la éîtoatioB du malheureux Ynkle. Un soir ^u'il ëtoit couché fort tard sous un arbre au ckir de la lune^ dévorant seul son désespoir et ses larmes ^ le chef des esclaves vint le trouver y et lui ordonna de le suivre; il le conduisit dans le jardin du gonterneur de Pile. Ynkle, lui dit celui-ci ^ tes remords et ton repentir ont fléchi le del , on vient de m'apporter de riches présens pour payer ta tançoa. Ynkle Pécoute et reste immobile y aucune marque de joie n^éclate ni dans ses yeu± m sur son front.
£h! quoi y lui dit le gouverneur, tu ne te l'éjouis pas de recouvrer ta liberté ? Seigneur , lui répondit Ynkle les yeux baissés et mouillés de larmes, comment mon cœur pourroit-il s'ouvrir encore à la joie? pnisje espérer de trouver grÀce devant un del Vengeur de Pinnocence 1 Infortuné que je suis} les soupirs d'une épouse trahie, les cris de notre enfant ! . . . comment ma bou-