SCENE V
ALCIMNE, deux SUIVANTES.
LA PREMIERE SUIVANTE
JN OU8 nous trouvons fort heureuses d'àvoir été choisies pour être à votre service.
LA SECONDE SUIVANTE
Oui , nous serons fort heureuses , si vous daignez nous honorer de votre bienveillance.
ALCIMNE.
Vous êtes bien bonnes , mes belles dames , de me témoigner tant d^amitié pour la première fois que vous me voyez.
LA PREMIERE SUIVANTE
Nous sommes à vos ordres : c*e8t-là Tiu' tention de monsieur votre père.
ALCIMNE.
Quand je vous comprendrois , je ne vois pas ce que je pourrois vous ordonner. Com-
FASTOKALE. 63
ment peut-il se faire qu'une seule personne ait assez de besoins pour qu'il lui soit nécessaire d'en avoir deux autres auprès d'elle % Il faut donc qu'elle n'ait autre chose à faire qu'à les regarder les bras croisés , pendant qu'elles sont empressées à la servir.
LA SECONDE SUIVANTE
Une grande dame ne doit s'occuper qu'à se donner des^ grâces. Tout le reste nous Regarde. Au moindre clin-d'œil, nous exécutons ses volontés. Elle a toujours mille petites choses à commander.
ALCIMNE.
Je ne comprends rien à cela. Ce seroit aussi ridicule que si , voulant avoir une violette que je pourroîs cueillir moi-môme sans peine y j'ordonnois à ma compagne de la cueillir pour moi.
LA PREMIERE SUIVANTE
Quand elle seroit tout près de vous , il ne faudroit pas vous donner la peine de vous bStîsser.
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ALCIMNE.
Je ne serai jamais effrontée et paresseuse jusqu'à ce point-là.
LA SECONDE SUIVANTE
Permettez - moi de tous dire qu'il faut que tous renonciez aux mœurs de la campagne, pour suivre celles de la cour. Une grande dame doit savoir tenir . son rang.
Nous avons ordre de ne point vous quitter, et de vous donner des leçons.
ALCIMNE.
J'aime bien mieux nos mœurs ; elles sont simples, naturelles, et s'apprennent toutes seules. Parmi nous, on ne voit personne en donner des leçons; on s'en moqueroît comme de quelqu'un q.ui voiidroit apprendre à un oiseau un autre chant que le sien.
Mais dites*moi quelque chose de la manière dont on vit à la ville. Je crains fort de ne pas la trouver de mon goût.
LA SECONDE SUIVANTE
Le matin, quand vous vous éveillez^
ce qui n*e8t qu*à midi , car les dames du grand monde ne s^éveillent pas à Pheure des artisans
ALCIMNE.
A midi ? Je n^entendrois donc plus , le matin, le chant des oiseaux; je ne -verrois donc plus le lever du soleil , cela ne m*accommoderoit pas.
LA P&EMIE&E SUIVANTE.
Cette sorte de plaisir feroit initié aux dames de la cour.
ALCIMNE.
Mesdemoiselles, ce que vous me diteslà n!a guère de raison. Il faut donc que je m^attende à une étrange façon de vivre ! Bile commence déjà bien. Continuez.
LA SECONDE SUIVANTE
Quand vous voulez vous lever , nous entrons dans votre appartement pour vous habiller ,' ce qui doit toujours durer plus d*une heure ; ensuite vous passez le reste de la matinée à vous regarder dans un
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miroir I et à retoucher à tout ce que nout ayons fait.
ALCIMNE*
Cet habillement est donc bien extraordinaire y puisque avec deux compagnes pour m'aider, je ne puis pas être prête en une heure. Telle que vous me voyez , je suis vêtue aussi bien et aussi proprement peut-être qu'aucune bergère de ce canton.
Tous les matins je me lave le visage avec de l*eau de notre fontaine ; je tresse mes cheveux y et j'y mêle des fleurs toutes fraîchement cueillies ; je m'en fais aussi un bouquet, que je place sur mon sein, et cependant je me trouve en état de travailler lorsque le soleil ne fait que de se lever.
LA PREMIERE SUIVANTE
Tout cela est bon pour celles qui vivent à la campagne.
LA SECONDE SUIVANTE
Quand, vous arriverez à la ville, on viendra aussitôt vous rendre des visites ;
il ne sera question que de tous dans toutes les compagnies ; tous les jeunes seigneurs de la cour s^empresseront autour de vous ; on TOUS proposera toutes sortes d'amusémens y tels que le bal, les concerts^ des repas fins et délicats, enfin des plaisirs Taries à l'infini.
ALCIMNE.
Oui ; mais ma liberté souffrira de toutes ces complaisances ; elles me seront fort à charge y si je suis toujours dans le cas de faire la volonté des autres, sans pouvoir faire la mienne.
LA PREMIERE SUIVANTE
Votre beauté ne manquera pas de vous faire beaucoup d*amans. Il faudra ( ceci mérite la plus grande attention de votre part ) vous étudier à plaire à tous, et à ne donner à chacun que peu d'espérance. Plus une dame a de soupirans , et plus elle excite l'envie des autres femmes. Pensez combien il sera flatteur pour vous de voir tous vos amans chercher à se surpasser les uns les autres en .esprit, en magnificence,