‹ ŒuvresChapitre 52 sur 67 · AVEC SES EN FAN S · texte numérisé non relu

AVEC SES EN FAN S

Ou du danger de se mettre au-dessus des loix,

IVLoir père y homme d'un excellent jugement ^ mais homme pieux , étoit renommé dans sa province pour sa probité rigoureuse.

II fut plus d'une fois choisi pour arbitre entre ses concitoyens; et des étrangers^ qu'il ne connoissoit pas y lui confièrent souvent l'exécution de leurs dernières volontés. J^es pauvres pleurèrent sa perte , lorsqu'il mourut ; pendant sa maladie , les grands et les petits marquèrent l'intérêt qu'ils prenoient à sa conservation. Lorsqu'on sut qu'il apprpchoit de sa fin y. toute la ville fut attristée. Son image sera toujours présente à ma mémoire ; il me semble que je le vois dans son fauteuil à bras , avec son maintien tranquille et son visage serein : il

me semble que je l'entends encore. Voici rhifttoûre d'une de nos soirées ^ et un modèle de l'emploi des autres.

C'étoît en hiver : nous étions assis autour de lui devant le feu y Pabbé , ma sœur et moi ; il me disoit y à la suite d'une conversation sur les inconvéniens de la célébrité : Mon fils, nous avons fait tous les deux du bruit dans le monde, avec cette ^iffi^rence que le bruit que vous faisiez avec TOtre' outil: vous ôtoit le repos, et que celui que fe faisois avec le mien ôtoit le repos eux autres. Après cette plaisanterie , bonne ou mauvaise, du vieux forgeron, il se mit k rêver, à nous regarder avec une attention tout «à -fait marquée : et l'abbé lui dît :

Mon père, à quoi rêvez -vous î Je rêve, lui répondit-il , que la réputation d'homme de bien , la plus désirable de toutes , a ses périls même pour celui qui la mérite. Puià après une courte pause, il ajouta : J'en frémis encore quand j'y pense.... Le croiriez -vous, mes enfans'i Une fois dans ma vie j'ai été sur le point de vous ruiner ; oui, de vous ruiner de fond en comble.

AVEC SES ENPASfS. tS^

L*abhé, Et comment iPna î Mon père. Comment ? Le voici.

• Ayant que je commence , ( dit-îl à sa fille y ) petite sœur , relevé mon oreiller qui est descendu trop bas ; ( à moi ) ep toi, ferme les pans de ma robe de chambre ;

car le feu me brAlè les jambes Vous

avez tous connu le curé de Thivet? Mu sœur. Ce bon vieux prêtre qui,- à Page de cent ans , fàisoit ses quatre lieùcs danà la matinée? L'abbé. Qui 8*éteignit à cent et un an, en apprenant la mort d*un frère qui demeuroit avec lui, et qui en avoit quatre-vingt-dix-neuf? Monpere. Lui-même.

L'abbé, Eh bien % Mon père. Eh bien , ses héritiers, gens pauvres et dispersés sur les grands chemins , dans les campagnes , aux portes des églises, où ils mendîoient leur vie , m'envoyèrent ^une procuration qui m'autorisoît à me transporter sur les lieux, et à pourvoir à la sûreté des effets du défunt curé leur parent. Comment refuser à des indigens un service que j'avois rendu à plusieurs familles opulentes 1 J'allai à Thivet ; f appellai la justice du lieu ; je

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fis apposer les scettéf, et j'attendis Parrl*' yée des héritiers. Ils ne tardèrent pas à Tenir ^ ils étoient au nombre de dix à douze. C*étoient des femmes sans bas, sans souliers, presque sans yétemens, qui tenoient contre leur sein des enfans entortillés de leurs mauvais tabliers; des vieillards, couverts de haillons , qui s'étoient traînés jusques-là, portant sur leurs épaules, avec un bâton , une poignée de guenilles enveloppées dans une autre guenille ; le spectacle de 'la misère la plus hideuse. Imaginez, d'après cela, la joie de ces héritiers, à Paspect d'une dixainc de mille francs qui revenoient à chacun d'eux ; car, à vue de pays ,, la succession du curé pouvoit aller à une centaine de mille f]:ancs au moins.

On levé les scellés. Je procède tout le jour à l'inventaire des effets. La nuit vient. Ces malheureux se retirent ; je reste seul. J'étois pressé de les mettre en possession de leurs lots , de les congédier, et de revenir à mes affaires. Il y avoit sous un bureau un vieux coffre sans couvercle , et rempli de toutes sortes de paperasses ; c'étoit de

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yieilles lettres, des brouillons de réponses y des quittances surannées y des reçus de rebut, des comptes de dépenses , et d'autres chiffons de cette nature ; mais en pareil cas, on lit tout, on ne néglige rien. Je touchois à la fin de cette ennuyeuse révision , lorsqu'il me tomba sous les mains un écrit assez long ; et cet écrit , sayez- TOus ce que c'étoit i Un testament : un testament signé du curé , un testament dont la date étoit si ancienne , que ceux qu'il en nommoit exécuteurs, n'existoient plus depuis yingt ans ; un testament où il rejettoit les pauyrea qui dormoient autour de moi , et instituoit légataires universels les Fremin , ces riches libraires de Paris que ^u dois connoitre. Je tous laisse à juger de ma surprise et de ma douleur ; car que faire de cette pièce I La brûler? pourquoi non? N'avoit-elle pas tous les caractères de la réprobation 1 Et l'endroit où je Pavois trouvée, et les papiers avec lesquels elle étoit confondue et assimilée, ne déposoient-ils pas assez fortement contre elle j sans parler de son injustice révoltante!^

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