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toi. Je sais bien ce qu'il y auroit à faire pour dissiper ce point de côté qui t'oppresse ; mais |e n'ai garde de l'ordonner ; je ne hais pas assez mes concitoyens pour te renvoyer de nouveau au milieu d'eux , et me préparer à moi -même une douleur étemelle par les nouveaux forfaits que tu commettrois. Je ne serai point ton complice. On puniroit celui qui te recéleroit dans sa maison , et je croîrois innocent celui qui t'auroit sauvé! Cehi ne se peut.
Si i'ai un regret, c'est qu'en te livrant à la mort , je t'arrache au dernier supplice.
Je ne m'occuperai point de rendre à la vie celui dont il m'est enjoint par l'équité naturelle , le bien de la société , le salut de mes semblables , d'être le dénonciateur. Meurs y et qu'il ne soit pas dit que par mon art et mes soins il existe un monstre de plus. Le docteur Bissei. Bonjour papa ! Ah ^ ! moins de café après dhier y entendez - vous % Mon père. Ah !
docteur , c'est une si bonne chose que le café. Le docteur Bissei. Du moins y beaucoup , beaucoup de sucre. Ma sœur. Mais,
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docteur y ce sucre nous échauffera, hs docteur Bissei, Chansons. Adieu , philosophe. Moi. Docteur y encore un moment.
Galien y qui vivoit sous Mar c-Aurele , et qui certes n'étoit pas un homme ordinaire , bien qu*il crût aux songes , aux amulettes , et aux maléfices, dit de ses préceptes sur les moyens de conserver les nouveaux nés , cVst aux Grecs , aux Romains , à tous ceux qui marchent sur leurs pas dans la carrière des sciences , que je les adresse :
pour les Germains et le reste des barbares , ils n^en sont pas plus dignes que les ours, les sangliers, les lions et 1^ autres bétes féroces. Le docteur. Je savois cela. Vous avez tort tous les deux; Galien , d'avoir proféré sa sentence absurde ; TOUS, d'en faire une autorité. Vous n'existeriez pas ni vous , ni votre éloge , ou yotre critique de Galien, si la nature n'a- Tôit pas eu d'autre secret que le sien , pour conserver les enfans des Germains, ilfoi. Pendant la dernière peste de Marseille Le docteur. Dépéchez-vous , car
je suis pressé.... Moi Il y avoit des
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brigands qui se répandoient dans les maisons, pillant y tu^nt) profitant du désordre général pour s'enrichir par toutes sortes de crimes. Un de ces brigands fut attaqué de la peste , et reconnu par un des fossoyeurs que la police ayoit chargé d'enleyer les morts. Ces gens -ci alloient et jettoient les cadayres dans la rue. Le fossoyeur regarde le scélérat, et lui dit : Ah!
misérable, c'est toi; et en même temps il le saisit par les pieds, et le traîne yers la fenêtre. Le scélérat lui crie : Je ne suis pas mort. L'autre lui répond : Tu es assez mort ; et le précipite à l'instant d'un troisième étage. Docteur , sachez que le fossoyeur , qui dépêche si lestement ce méchant pestiféré , est moins coupable à mes yeux qu'un habile médecin, comme tous, qui l'auroit guéri ; et partez. Le docteur.
Cher philosophe, l'admirerai yotre esprit et yotre chaleur tant qu'il tous plaira ; mais votre morale ne sera ni la mienne, ni celle de l'abbé, je gage. L'abbé, Vous
gagez à coup sûr J?alloi3 entreprendre
l'abbé; mab mon père s'adressant à moi
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en souriant , me dit : Tu plaides contre ta propre cause. Moi» Comment celai Mnn pere* Tu veux la mort de ce coquin d*intendant de M. de la Mésangere , n'est-c^ pas 1 £h ! laisse donc faire le docteur. Tu 4is quelque chose tout bas. Moi. Je dis que Bissei ne méritera jamais l'inscription ^ue les RomaÎHS placèrent au-dessus de la porte du médecin d'Adrien YI, après sa mort : Au libérateur de la patrie. Ma sœur. Et que s'il eût été médecin de Maaarin, ce ministre décédé, il n'eût pas fait dire aux charetiers, comme Guénaut:
€amar€uies j laissons passer monsieur le docteur. C'est lui qui nous a fait la grâce de tuerie cardinal. Mon père sourit, et dit ^ où en étoi»>je de mon histoire. Ma sœur.
Vous en étiez au père BOuin.
Mon père. Je lui expose le faiL Le père 3ouin me dit : Rien n'est plus louable, monsieur, que le sentiment de commisération dont vous êtes touché pour ces malheureux héritiers. Supprimez le testament, •ecourez-les ; j'y consens : mais c'est à la condition de restituer au légataire uniyersel
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1« somme précise dont tous l'aurez prÎTé, ni plu8) ni moins.... Mais je sens du froid entre les épaules. Le docteur aura laissé la porte ouverte. Petite sœur , ya la fermer.
Ma êœur. J'y Tais , mais j'espère que tous ne continuerez pas que je ne sois reyenue.
Mon père* Cela ya sans dire.
Ma sœur qui s'étoit fait attendre quelque temps y dit en rentrant ayec un peu d'immeur : C'est ce fou qui a pendu deux écriteaux à sa porte, sur l'un desquels on lit :
Maison à yendre yingt mille francs, ou à louer douze cents francs par an sans bail ; et sur l'autre : Vingt mille francs à prêter pour un an , à six pour cent. Moi* Un fou ^ ma sœur? £t s'il n'y ayoit qu'un écritean où yous en yoyiez deux , et que l'écriteau du prêt ne fût qu'une traduction de celui de la location 1 Mais laissons cela, et reye* Bons au père Bonin.
Mon père, he père Bouin ajouta : Et qui est-ce qui yous a autorisé k ôter ou à don« ner de la sanction aux acteal Qui est-ce qui vous a autorisé à interpréter les intentiottê des morts 1 — Maie ^ père. Bouin | et le
coffre 1 — - Qui est-ce qui tous a autorisé à décider si ce testament a été rebuté de réflexion y ou s'il s'est égaré par méprise ? Ke TOUS est -il jamais arrivé d'en commettre de pareilles , et de retrouver au fond d'un sceau un papier précieux que 'vous y aviez jette d'inadvertance 1 — Mais^ père Bouin, et la date et l'iniquité de ce papier ? — Qui est-ce qui vous a autorisé à prononcer sur la justice ou sur l'injustice de cet acte , ou à regarder le legs universel comme un don illicite plutôt que comme une restitution ou telle autre œuvre légitime qu'il vous plaira d'imaginer. — Mais^ père Bouin, et ces héritiers immédiats et pauvres y et ce collatéral éloigné et riche ? •^ Qui est-ce qui vous a autorisé à pleser ce que le défunt devoit à ses proches , que vous ne connoissez pas, et à son légataire que vous ne connoissez pas davantage!
— - Mais, père Bouin, et ce tas de lettres du légataire , que le défunt ne s'étoit pas seulement donné la peine d'ouvrir! — Une circonstance que j'avoîs oublié de vous dire, ajouta mon père , c'est que dans l'amas de
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paperasses , entre lesquelles Je trouTai ce fatal testament , il y avoit yingt , trente ^ je ne sais combien de lettres des Fremin ^ tontes cachetées. — Il n'y a , dit le père , Bouin, ni coffre, ni date, ni lettres, ni père Bouin , ni si , ni mais qui tienne ; il n'est permis à personne d'enfreindre les loix, d'entrer dans la pensée des morts, et de disposer du bien d'autrui. Si la pro- Tidence a résolu de châtier ou l'héritier , ou le légataire , ou le défunt , car on ne sait lequel , par la conservation fortuite de ce testament, il faut qu'il reste.
Après une décision aussi nette , aussi précise de l'homme le plus éclairé de notre clergé , je demeurai stupéfait et tremblant, songeant en moi-même à ce que je deyenois , à ce que tous deveniez , mes enfans , s'il me fîit arrivé de brûler le testament, comme j'en avois été tenté dix fois ; d'être ensuite tourmenté de scrupule , et d'aller consulter le père Bouin. J'auroîs restitué , oh ! l'aurois restitué , rien n'est plus sûr, et vous étiez ruinés.
Ma saeur^ Maisi mon père, il fallut après.
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cela s^en retenir au presbytère , et annoncer à cette troupe d'indîgens, qu'il n'y ayoit rien là qui leur appartint, et qu'ils pOuvoient s^en retourner comme ib étoient venus. Avec Pâme compatissante que vous avez y comment en eûtes -tous le courage^ Mon père. Ma foi , je n'en sais rien. Dans le premier moment y je pensai à me départir de ma procuration y et à me faire remplacer par un homme de loi ; mais un homme de loi en eût usé dans toute la rigueur, pris et chassé par lés épaules ces pauvres gens, dont je pouvois peut-être alléger l'infortune. Je retournai donc le même jour à Thivet. Mon absence subite , et les précautions que j'avois prises en partant y avoient inquiété *, l'air de tristesse avec lequol je reparus, inquiéta bien davantage ; cependant je me contraignis ; je dissimulai de mon mieux. Moi» C'est-à-dirè, assez mal. Mon père* Je commençai par mettre à couvert tous les effets précieux, J^assemblai dans la maison un certain nombre d'habitans qui me prêteroient mainforte en cas de besoin. J'ouvris la cave et
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les greniers que j'abandonnai à ces mal-»
heureux, les invitant à boire , à manger , et à partager entre eux le vin , le bled , et toutes les autres provisions de boncbe.
L*abbé. Mais, mon père.... — Mon père»
Je le sais , cela ne leur appartenoit pas plus que le reste. Moi. Allons donc, l'abbé , tu nous interromps. Mon père. Ensuite pâle comme la mort, tremblant sur mes jambes, ouvrant la bouche , et ne trouvant aucune parole, m'asscyant, me relevant, commen* ^nt une phrase, et ne pouvant l'achever, pleurant, tous ces gens effrayés m'environnant, s'écriant autour de moi : £h bien! mon cher monsieur, qu'est-ce qu'il y al Qu'est-ce qu'il y aï repris -je..... Un testament Un testament qui vous déshérite. Ce peu de mots me coûtèrent tant à dire , que je me sentis presque défaillir»
Ma sœur. Je conçois cela.
Mon père. Quelle scène , mes enfans , quelle scène que celle qiii suivit! Je frémis de la rappeller. Il me semble que j'entends encore les cris de la douleur, de la fureur, de la rage, le hurlement des imprécations...
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Ici mon père portoîtses mains sur ses yeux^ sur ses oreilles.... Ces femmes, disoit-il, ces femmes , je les yois , les unes se rouloient k terre , 8*arrachoient les cheveux , se déchiroient les joues et les mamelles -, les antres écumoienty tenoient leurs enfans par les pieds , prêtes à leur écacher la tête contre le pavé , si on les eût laissé faire : les hommes saisissoient , renversoient , cassoient tout ce qui leur tomboit sous les mains *, ils menaçoient de mettre le feu à la maison; d'autres, en rugissant, grattoientla terre avecleurs ongles, comme s'ils y eussent cherché le cadavre du curé pour le déchirer ; et tout au travers de ce tumulte , c'étoient les cris aigus des enfans , qui partageoient , sans savoir pourquoi , le désespoir de leurs parens , qui s'attachoient à leurs vétemens, et qui en étoient inhumainement repoussés. Je ne crois pas jamais avoir autant souffert de ma vie.
: Cependant j'avois écrit au légataire de Paris : je Pinstruisois de tout, et je le prèssois de faire diligence ^ le seul moyen de
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prévenir quelque accident qu'il ne seroit pas en mon pouvoir d'empêcher.
J'avois un peu calmé ces malheureux par l'espérance , dont je me flattois en effet , d'obtenir du légataire une renonciation Gomplette à ses droits ^ ou de l'amener à quelque traitement favorable y et je les avois dispersés dans les chaumières les plus éloignées du village.
Le Frémin de Paris arriva ; je le regardai fixement y et je lui trouvai une physiononde dure , qui ne promettoit rien de bon. Moi. De grands sourcils noirs et touffus , des yeux couverts et petits ^ une large bouche un peu de travers, un teint basané et criblé de petite vérole. Mon père. C'est cela. Il n'avoit pas mis plus de trente heures à faire ses soixante lieues. Je commençai par lui montrer les misérables dont j'avois à plaider la cause. Ils étoient tous debout devant lui en silence : les femmes pleuroient ; les hommes , appuyés sur leurs bâtons , la tête nue , avoient la main dans leurs bonnets. Le Frémin assis , les yeux fermés I la tête penchée, et le mentoi^
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appuyé sur sa poitrine , ne les regardoit pas. Je parlai en leur faveur de toute ma force : je né sais où Ton prend ce que l'on dit en pareil cas. Je lui fis toucher ait doigt combien il étoit incertain que cette succession lui fût légitimement acquise ; je le conjurai par son opulence, par la misère qu'il aroit sous les yeux; je crois même que je me jettai à ses pieds. Je n'en pus tirer nne obole. Il me répondit qu'il n'entroît point dans tontes ces considérations ; qu'il y aroit un testament : que l'histoire de ce testament lui étoit indifférente , et qu'il aimoit mieux s'en rapporter à ma conduite qu'à mes discours. D'indignation, je lui jettai les clefs au nez : il les ramassa, À'empara de tout , et je m'en révins si trou*blé , si peiné , si changé , que votre mère , qui vivoit encoi'e , crut qu'il m'étoit arrivé qnelque grand malheur... Eh, mes enfans l quel homme qne ce Frérain !
Après ce récit nous tombâmes dans le silence ; chacun rêvant à sa manière sur cette singulière aventure. Il vint quelques 'visitet. Un ecclésiastiqtfei dont je ne me