‹ ŒuvresChapitre 56 sur 67 · AVEC SES ENFANS · texte numérisé non relu

AVEC SES ENFANS

tes raisons y sans injurier personne. Moi»

Mes faisons? Elles sont simples , et les Toicî. Ou le testateur a youlu supprimer l'acte qu'il ayoit fait dans la dureté de son cœur y comme tout concouroit à le 4émontrer , et vous' avez annullë sa résipiscence; ou il a youlu que cet acte atroce eût son effet , et vous vous êtes associé à son injustice. Mon père. A son injustice !

C'est bientôt dit. Moi. Oui , oui , à son injustice : car tout ce que le père Bouin TOUS a débité ne sont que* de yaines subtilités y de pauyres conjectures y des peutêtre sans aucune yaleur, sans aucun poids ^ auprès des circonstances qui ôtoient tout caractère de validité à Pacte injuste que TOUS avez tiré de la poussière , produit 'et réhabilité. Un coffre à paperasses, parmi ces paperasses y une vieille paperasse proscrite par sa da^e y par son injustice y par son mélange avec d'autres paperasses ^ par la mort des exécuteurs, par le mépris des lettres du légataire , par la richesse de ce légataire I et par la pauvreté des véritables

l^O ENTRETIEN d'uN PERE

hërîtîera. Qu'oppose - 1 - on à cçla ? Une restitution présumée. Vous verrez que ce pauvre diable de prêtre , qui n'avoit pas un sou lorsqu'il arriva dans sa cure , et qui avoit passé quatre-vingts ans de sa vie à amasser environ cent mille francs , en entassant sou sur sou y avoit fait autrefois aux Frémin, chez qui il n'avoit point demeuré ^ et qu'il n'avoit peut-être jamais connus que de nom^ un vol de cent mille francs. Et quand ce prétendu vol eftt été réel y le grand malheur que..^.. J'aurois hrûlé cet acte d'iniquité. Il falloit le brà- 1er y vous dis - je ; il falloit écouter votre cœur y qui n'a cessé de réclamer depuis y et qui en savoit plus que votre imbécille Bouin y dont la décision ne prouve qua l'autorité redoutable des opinions reli^ieu^ ses sur les têtes les mieux organisées, et- Pinfluence pernicieuse des lois injustes ,.

des faux principes sur le bon sens et l'équité naturelle. Si vous eussiez été à c6té du curé , lorsqu'il écrivit cet inique testament ^ ne reu88ie2>*vou8 pas mis en pièces % :

Avec ses enfans. içt

IjC sort le jette entre vos mains, et tous le conservez. Mon père. Et si le curé t'a- Toit institué son légataire universel 1...».

Moi. L'acte odieux n'en auroit été que plus promptemeivt lacéré. Mon père. Je n'en doute nullement; mais n'y a-t-il aucune différence entre le donateur d'un antre et le tienl.... Moi. Aucune. Ils sont tous les deux justes ou injastes , honnêtes ou maU honnêtes.... Mon père. Lorsque la loi ordonne , après le décès y l'inventaire et la lecture de tous les papiers, Sans exception, elle a son motif sans doute ; et ce motif, qnel est-il % Moi. Si j'étois caustique , je TOUS répondrois de dévorer lès héritiers ^ en multipliant ce qu'on appelle des vacations ; mais songez que vous n'étiez point l'homme de la loi , et qu'affranchi de toute forme juridique, vous n'aviez de fonctions à remplir que celles de la bienfaisance et de l'équité naturelle.

Ma sœur se taisoit \ mais elle me serroit la main en signe d'approbation ; l'ablïé se-* couoit les oreilles , et mon père disoit x

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Et puis encore une petite injure au père .Bouin. Tu crois du moins que ma religion m'absout ? Moù Je le crois ; mais tant pis pour elle. Mon père. Cet acte que tu brûles de ton autorité privée , tu crois qu'il auroit été déclaré valide au tribunal de la loi ?

Moù Gela se peut ; mais tant pis pour la loi. Mon pefe. Tu crois qu'elle auroit négligé toutes ces circonstances que tu fais valoir avec tant de force 1 Moi. Je n'en sais rien ; mais j'en aurois voulu avoir le cœur net : j'y aurois sacrifié une cinquantaine de louis; ç'auroit été une charité bien faite , et j'aurois attaqué le testament au nom de ces pauvres héritiers. Mon père. Oh ! pour cela y si tu avois été avec moi, et que tu m'en eusses donné le conseil j quoique dans les commencemens d'un établissement y cinquante louis ce soit une somme, il y a tout à parier que je l' aurois suivi. I/abbé, Four moi , j'aurois autant aimé donner cet argent aux pauvres héritiers qu'aux gens de justice. Moi. Et vous croyez, mon frère, qu'on auroit perdu ce procès? Mon frère.

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Je n'en doute pas ; les juges s'en tiennent strictement à la loi , œmme mon père et le père Bouin, et font bien. Les juges ferment , en pareil cas , les yeux sur les circonstances y comme mon père et le père Bouin, par l'effroi des inconvéniens qui s'ensuiyroient , et font bien. Ils sacrifient quelquefois , contre le témoignage même de leur conscience , comme mon père et le père Bouin, l'intérêt du malheureux et de l'innocent , qu'ils ne pourroient sauyer sans lâcher la bride à une infinité de fri« pons , et font bien. Ils redoutent , comme mon père et le père Bouin , de prononcer un arrêt équitable dans un cas déterminé , mais funeste dans mille autres , par la multitude des désordres auxquels il ou* yriroit la porte y et font bien : et dans le cas du testament dont il s'agit... Mon père.

Tes raisons , comme particulières , étoient peut-être bonnes ; mais comme publiques , elles seroient mauvaises. Il y a tel avocat peu scrupuleux, qui m'auroit dit tête-àtête : Brûles ce testament \ ce qu'il n'au«

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roit osé écrire dans sa consultation. Moi, J'entends ; c*étoit ime affaire à n'être pas portée devant les juges. Aussi y parbleu !

n'y auroit-elle pas été portée , si j'avois été à votre place. Mon père. Tu aurois préféré ta raison à la raison publique, la décision de l'homme à celle de l'homme de loi 1 Moi, Asèurément : est > ce que l'homme n'est pas antérieur à l'homme de loi? Est-ce que la raison de l'espèce humaine n'est pas tout autrement sacrée que la raison d'un législateur % Nous nous appelions civilisés , et nous sommes pires que des sauvi^ges. Il semble qu'il nous faille encore tournoyer , pendant des siècles y d'extravagances en extravagances, et d'erreurs en erreurs, pour arriver où la première étincelle du jugement, l'instinct seul noua eût mené tout droit : aussi nous nous

sommes, si bien fourvoyés Mon père*

Mon fils , mon fils , c'est un bon oreiller que celui de l|i raison ; mais je trouve que ma tête repose plus doucement encore sur celui de la religion et des loix ; et point

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de réplique là-dessus : car je n*ai pas be* soin d'insomnie. Mais il me semble que tu prends de l'humeur : dis - moi donc y si j'avois br&lé le testament, en -ce que tu m'aurois empêché de restituera Moi, Non, mon père, votre repos m'est un peu plus cher que tous les biens du monde.

Mon père. Ta réponse me plaît , et pour cause. Moi. Et cette cause , vous allez nous la dire^ Mon -père. Volontiers. Le chanoine Vigneron, ton oncle, étoît un homme dur, mal avec ses confrères, dont il faisoît la satyre continuelle par sa conduite et par ses discours. Tu étois destiné à lui succéder; mais au moment de sa mort, on pensa dans la famille qu'il valoit mieux' envoyer en cour de Bome , que de faire , entre les mains du chapitre , une résignation qui ne seroit peut-être point agréée. Le courier part : ton oncle meurt une heure ou deux avant l'arrivée présumée du courîer ; et voilà le caifonicat et dix-huit cents francs perdus. Ta mère , tes tantes , nos parens , Bos amis y étôient tous d'avis de céleir là

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