AVEC SES £N1^ANS
lui proposa le cas du testament; au lieu de le résoudre y il nous raconta un fait qui lui étoit personnel. Le prieur* Voua TOUS rappeliez l'énorme faillite du changeur Bourmont ? Mon père. Si je me la rappelle ! j'y étois pour quelque chose, i^ prieur. Tant mieux. Mon père. Pourquoi tant mieux 1 Le prieur. C'est que, si j'ai mal fait, ma conscience en sera soulagée d'autant. Je fus nommé syndic des créanciers : if y avoit parmi les effets actifs de Bourmont, un hillet de cent écus sur un pauvre marchand grainetier son voisin. Ce billet, partagé au prorata de la multitude des créanciers , n'alloit pas à douze sous pour chacun d'eux , et exigé du grainetier, c'étoit sa ruine. Je supposai.... Mon père.
Que chaque créancier n'auroit pas refusé douze sous à ce malheureux , vous déchirâtes le billet , et vous fîtes l'aumône de ma bourse. Le prieur. Il est vrai ; en étesvous fôché ? Mon père. Non. Le prieur.
Ayez la bonté de croire que les autres n'en seroient pas plus fiàchés que vous, et
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tout sera dit. Mon -père. Mais, monsieur le prieur y si tous lacérez de votre autorité privée un billet y pourquoi n*en lacériez - TOUS pas deux , trois , quatre , tout autant qu'il se trouvoit d^indigens à secourir aux dépens d^autruil Ce principe de commisération peut nous mener loin^ monsieur le prieur. La justice , la justice
Le prieur. On l'a dit , est souvent une grande injustice. Une jeune femme qui occupoit le premier , descendit ; c'étoit la gdté et la folie en personne. Mon père lui demanda des nouvelles de son mari ; ce mari étoit un libertin qui avoit donné à sa femme l'exemple des mauvaises mœurs, qu'elle avoit , je crois , un peu suivi , et qui , pour échapper à la poursuite de ses créanciers, s'en étoit allé à la Martinique.
Madame d'Isigni , c'étoit le nom de notre locataire , répondit à mon père : M. d'Isigni 1 Dieu merci, je n'en ai plus entendu parler; il est peut-être noyé. Le prieur, Koyé ! Je vous en félicite. Madame d*Isi' gni. Qu'est-ce que cela vous fait, mon*
AVEC SES EKFANS. ao3
sieur Pabbé I Le prieur. Rien. Mais à tous^ Madame d'isigni» £t qu'est-ce que cela me fait à moi % Le prieur. Mais on dit....
Madame d'Isigni, £t qu'est-ce qu'on dit?
Le prieur. Puisque vous le voulez savoir y on dit qu'il avoit surpris quelques-unes de vos lettres. Madame d'Isigni. Et n'avois-je
pas un beau recueil des siennes ? Et
puis voilà une querelle tout-à-fait comique entre le prieur et madame d'Isigni , sur les privilèges des deux sexes. Madame d'I- ^signi m'appella à son secours, et j'allois prouver au prieur que le premier des deux époux, qui manquoit au pacte , . rendoit à l'autre sa liberté. Mais mon père demanda son bonnet de nuit, rompit la conversation, et nous envoya coucher. Lorsque ce fut à mon tour de lui souhaites la bonne nuit, en l'embrassant je lui dis à l'oreille : Mon père , c'est qu'à la rigueur il n'y a point de loix pour le sage.... Parlez plus bas....
Toutes étant sujettes à des exceptions, c'est à lui qu'il appartient de juger des cas où il faut s'y soumettre , ou s'en affran-
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chir. Mon père. Je ne serois pas trop fSkché qu'il y eût dans la yiHe un ou deux citoyens comme toi ; mais je n'y habiterois pas, s'ils pensoient tous de même.