‹ ŒuvresChapitre 62 sur 67 · Z.S8 I)£VX AMIS · texte numérisé non relu

Z.S8 I)£VX AMIS

il s'arrêta, regarda vers le Ht des deux femmes , essuya ses yeux de ses mains , et sortit. Les deux femmes se serrèrent dans les bras Pune de l'autre , et passèrent le reste de la nuit à pleurer. On ignore où il se réfugia ; mais il n'y .a guère eu de semaines où il ne leur ait envoyé quelque secours.

M La forêt où la fille de la charbonnière vit avec le fils d'Olivier, appartient à un M. le Clerc de Rançonnieres , homme fort riche , et seigneur d'un iutre village de ces cantons, appelles Courcelles. Un jour que JVJ. de Rançonnieres ou de Courcelles , comme il vous plaira , faisoit une chasse dans sa forêt, il arriva à la cabane du fils d'Olivier : il y entra; il se mit à jouer avec les enfans , qui sont jolis ; il les que&èionna ; la figure de la femme , qui n'est pas mal , lui revint ; le ton ferme du mari , qui tient beaucoup de son père , l'intéressa; il apprit l'aventuife de leurs parens : il promit de solliciter la grâce de Félix; il la sollicita et l'obtint.

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M Félix passa au service de M. de Rançonnieres, qui lui donna une place de garde - chasse.

» Il y avoit environ deux ans qnUl vi- Toît dans le château de Rançonnieres, envoyant aux veuyes une bonne partie de ses gages , lorsque Pattachement à son maî« tre , et la fierté de son caractère Pimpliquerent dans une affaire qui n*étoit rien dans son origine, mais qui eut les suites les plus fâcheuses.

» M. de Rançonnieres avoit pour voisin à Courcelles un M. Fourmont , conseiller au présidial de Lh... Les deux maisons n*étoient séparées que par une borne. Cette borne gônoit la porte de M, de Rançonnieres , et en rendoit, Pentrée difficile aux voitures. M. de Rançonnieres la fit reculer de quelques pieds du c6té de M. Fourmont ; celui - ci renvoya la borne d^autant sur M. de Rançonnieres ^ et puis voilà de la haine , des insultes , un procès entre les deux voisins. Le procès de la borne en suscita deux ou trois

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autres plus considérables. Les choses eti étoient là, lorsqu'un soir M. de Rançonnieres , revenant de la chasse , accompagné de son garde Félix , fit rencontre sur le grand chemin de M. Fourmont le ma<* gistrat, et de son frère le militaire. Celuici dit à son frère : Mon frère, si l'on coupoit le visage à ce vieux bouc -là, qu'en pensez-vous i Ce propos ne fut pas entendu de M. de Rançonnieres ; mais il le fut malheureusement de Félix, qui s'adressant fièrement au jeune homme , lui dit :

Mon officier , seriez-vous assez brave pour vous mettre seulement en devoir de faire ce que vous avez dit? Au même instant il pose son fusil à terre, et met la* main sur la garde de son sabre ; car il n'alloit jamais sans son sabre. Le jeune militaire tire son épée , s'avance sur Félix ; M. de Rançonnieres accourt , s'interpose , saisit son garde. Cependant le militaire s'em* pare du fusil qui étoit à terre , tire sur Félix, le manque; celui-ci riposte d'un coup de sabre, fait tomber l'épée de la

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Biaîn au jeune homme , et avec l'ëpëe la moitié du bras : et voilà un procès criminel en sus de trois on quatre procès civils; Félix confiné dans les prisons, une procédure efrrayani;e, et à la suite de cette procédure un magistrat dépouillé de don état , et presque déshonoré , un militaire exclus de son corps , M. de Rançonnieres mort de chagrin , et Félix y dont la détention duroit toujours , exposé à tout le ressentiment des Fourmont. Sa fin eût été malheureuse , si Pamour ne Peut secouru.

La fille du geôlier prit de la passion pour lui, et facilita son évasion. Si cela n'est pas vrai , c'est du moins l'opinion publique. Il s'en est allé en Prusse, où il 'sert aujourd'hui dans le régiment, des gardes. On dit qu'il y est aimé de ses camarades, et même connu du roi. Son nom de guerre est le Triste, La veuve Olivier m'a dit qu'il continuoit à la soulager.

n Voilà , madame , tout ce que j'ai pu recueillir de l'histoire de Félix. Je joins à mon récit une lettre de M. Fapin, notre

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