‹ uvres des deux CorneilleChapitre 121 sur 433 · TILLE · texte numérisé non relu

TILLE

Non, levez-vous, mon pèw.

fais ce qu'en ma place un bon prince doit faire, n si rare service et si fort important Vent Ihonneur le plus rare et k plus éclatant.

(montrant Valère.

Vous en aviez déjà sa parole pour gage; Je ne l'ai pas voulu différer davantage.

J'ai su, par son rapport, et je n'en doutois pas. Comme de vos deux flis vous portez le trépas, V.l ([ue, déjà votre âme étant trop résolue, Ma consolation vous seroit superflue :

Mais je viens de savoir quel étrange malheur Dun tils victorieux a suivi la valeur, Et que son trop d'amour pour la cause publique, Par ses mains, à so:) pore ôte une fille unique. Ce coup est un peu rude à l'esprit le plus fort; Et je doute comment vous portez celte niorl.

LE VIEIL nORACE.

Sire, avec déplaisir, mair< avec patience.

TCLLE.

C'est l'effet vertueux de voire expérience. Beaucoup par un long âge ont appris comme vous Que le malheur succède au bonheur le plus douï j Peu savent comme vous s'appliquer ce remède. Et dans leur intérêt toute leur vertu cède. Si vous pouvez trouver dans ma compassion Quelque soulagement pour votre aflliclion, Ainsi que votre mal sachez qu'elle est extrême. Et que je vous en plains autant que je vous aime

VALÈRE

Sire, puisque le ciel entre les mains des rois

Dépose sa justice et la force des lois,

Et que l'état demande aux princes légitimes

Des prix pour les vertus, des peines pour les crimes.

Souffrez qu'un bon sujet vous fasse souvenir

Que vous plaignez beaucoup ce qu'il vous faut punir.

Souffrez...

LE VIEIL HORACE

Quoi! qu'un en\oie u;i vainqueur au suppUeef

<58 HORACK.

TU lu:.

PermiMIcz qii'il achève, el, jo, forai justice : J'aiino à la icndie à tous, à loul»; home, en iout Hea; C'est ]iar elle (|irun loi se fait un doiui-dioii; Et c'est tloiil je vous plains (ju'après un tel service On puisse contre lui me cloinander justice.

VALKUr..

Souffrez donc, ô grand roi, le plus juste des rois, Que tous les gens de bien vous parlent par ina voix : Non que nos cœurs jaloux de ses honneurs s'irritent, S'il en reçoit hoaucoup, ses hauts faits les niéritent; Ajoutez-y plulol que d'en diminuer; Nous sonunes toils encor prêts d'y contribuer : Mais, puisfpie d'un tel crime il s'est montré capable, Qu'il triomphe en vainqueur, et périsse en coupable. Arrêtez sa fureur, et sauvez de ses mains. Si vous voulez régner, le reste des Romains; n y va do la pcr4e, ou du salut du reste.

La guerre avoit un cours si sanglant, si funeste, Et les nœuds de l'hymen, durant nos bons destins, Ont tant de fois uni des peuples si voisins, Qn'il est jjou de Romains que le parti contraire N'iniérepso en la mort d'un gendre, ou d'un beau-frère, Et qui ne soi<'nt forcés de donner quelques pleurs, Dans le bonboiu' public, à leurs propres malheurs. Si c'est offenser Rome, et que l'heur de ses armes L'autorise à punir ce crime de nos larmes. Quel sang épargnera ce barbare vainqueur, Qui ne pardonne pas à celui de sa sœur, Et ne peut excuser celte douleur pressante Que la mort d'un amant jette au cœur d'une amante, Quand, près d'être éclairés du nuptial flambeau, Elle voit avec lui son espoir au tombeau? Faisant triompher Rome, il se l'est asservie; Il a sur nous un droit et de mort et de vie; Et nos jours criminels ne pourront plus durer, Qu'autant qu'à sa clémence il plaira l'endurer.

Je pourrois ajouter aux intérêts de Rome, Combien un pareil coup est indigne d'im homme; Je pourrois dcmandor f',n'oii mit devant vos yeui Ce \;; ■ ■ oxpldil ij'uii bras victorieux :

Page 1