‹ uvres des deux CorneilleChapitre 129 sur 433 · ÉPITRE A MONSIEUR DE MONTAURON · texte numérisé non relu

ÉPITRE A MONSIEUR DE MONTAURON

MONSIECB,

Je vous présente un tableau d'une des plus belles actiou l'Auguste. Cl- monarque étoit tout génér/»ux, et sa générosité

' Voltaire d'un cAlo, Palisso; de l'antre, ont fait à leur gré des retranche tnents divers dans celte ("iiitre. ,M. Rencmord dit à ce propo? qu'il est pennif de critiquer et de jimer s«-\erpinenl les ouvrages des pins grands hommes, mail iiue c'est la <\0'- l'i'n doit s'arn-ter. Nous pensons comme M. Hrnoiiard, et noua donunns, ainsi qu'il l'u fait lui-même dans son excellente édition, l'épitre telle qielle fut écrite par C'.rnpille.

Ou assure qiif la ilrdiiMOi- de Cinna avait valu à Corneille mille pistnies On ajoute qu'il avait '!û i1':i(~irr| dédier cette pièoi' an cardinal Mazarin; mais qu'il préféra M. de Munlaiiefiti, qui pavait mieux. Quelque accoutumé que l'on ftt alors a l'enfhire do slvle de la louan'^e, on ne put pardonner .1 Corneille son épiire : le» eUt^t^ de i* genre, et accordés à ce prii. reçurent îles ce moment le nom d'épltrei a la Hontauroii. Voyei le Pâmant réformé, article XI du ■ ïleroent : < Supprimons tous les panéfrrriques it la Mnntsuron, etc. »

G* Mo : »uri'C s'élant mine, Scarron disait :

Ce n'eit que maroquin perdu Que l>t livre* que l'on déplie, Depuia que Montai roc memlie.

iia ÉPITRE A M. DE MONTAURON.

n".i jamais paru avec tant d'éclat que dans les clTets de sa clé» tnonce et de sa libéralité. Ces deux rares vcrlus lui étoicnt si naturelles, et si inséparables en lui, qu'il semble qu'en cette histoire que j'ai mise sur notre théâtre, elles se soient tour à tour enlre-prodnites dans son âme. Il avoit été si libéral cnver» Cinna, que sa roiijurition ayant fait voir une ing:ratitude extraordinaire, il eut besoin d'un extraordinaire elTort de clémence pour lui pnrdonner; et le pardon qu'il lui donna fut la source de» nouveaux bienfaits dont il lui fut prodigue, pour vaincre tout-àfait cet esprit qui n'avoit pu être gagné par les premiers; de sorte qu'il est vrai de dire qu'il eût été moins clément enverg lui s'il eiit été moins libéral, et qu'il eût été moins libéral sll eût été moins clément. Cela étant, à qui pourrois-je plus justement donner le portrait de l'une de ces héroïques vertus, qu'à celui qui possède l'autre en un si haut degré, puisque, dans cette action, ce grand prince les a si bien attachées, et comme unies l'une à l'autre, qu'elles ont été tout ensemble et la cause et l'elTet l'une de l'autre? Vous avez des richesses, mais vous savez en jouir, et vous en jouissez d'une façon si noble, si relevée, et tellement illustre, que vous forcez la voix publique d'avouer que la fortune a consulté la raison quand elle a répandu ses faveurs sur vou?, et qu'on a plus de sujet de vous en souhaiter le redoublement que de vous en envier i'abondance. J'ai vécu si éloigné de la flatterie, que je pense être en possession de me faire croire quand je dh du bien de quelqu'un; et lorsque je donne des louanges, ce qui m'arrive assez rarement, c'es* avec tant de retenue, que je supprime toujours quantité de glo^ rieuses vérités, pour ne me rendre pas suspect d'étaler de cej raensonges obligeants que beaucoup de nos modernes savent débiter de si bonne grâ.,e. Aussi je ne dirai rien des avantages de votre naissance, ni de votre courage qui l'a si dignement soutenue dans la profession des armes à qui vous avez donné vos premières années; ce sont des choses trop connues de tout le monde. Je ne dirai rien de ce prompt et puissant secours que reçoivent chaque jour de votre main tant de bonnes familles ruinées par les désordres de nos guerres; ce sont des choses que vous voulez tenir cachées. Je dirai seulement un mot de ce que vous avez particulièrement de commun avec Auguste ; c'est que cette générosité qui compose la meilleure partie de votre âme et règne sur l'autre, et qu'à juste titre on peut nommer l'âme de votre âme, puisqu'elle en fait mouvoir toutes les puissances; c'est, dis-je, que cette générosité, à l'exemple de ce p-and empereur, prend plaisir à s'étendre sur les gens de lettres, en un temps oîi beaucoup pensent avoir trop récompensé leurs travaux quand ils les ont honorés d'une louange stérile. Et certes, vous avez traité quelques-unes de nos muses avec tant

Page 1