‹ uvres des deux CorneilleChapitre 131 sur 433 · LETTRE DE MONSIEUR DE BALZAC A M. CORNEILLE · texte numérisé non relu

LETTRE DE MONSIEUR DE BALZAC A M. CORNEILLE

MOKSIEUB,

J'ai senti un notable soulagement depuis l'arrivée de votre paquet, et je <:rie miracle dès le commencement de ma lettre. Votre Cinna guérit les malades; il fait que les paralytiques batlent acs mains; il rend la parole à un muet, ce seroit trop peu de dire à un enrhumé. En effet, j'avois perdu la parole avec la voix; et, puisque je les recouvre l'une et l'autre par votre moyen, il est bien juste que je les emploie toutes deux à votre gloire,

' Voltaire dit avec raiay. jq'od ne reconnaît point liant cette épUre-li

La main qui craynnna L'ime de ^rand Pompée et l'esprit de Ciona.

c Oc ne neut t'enipccber, dit-il, de plaindre Corneille, et son siècle, et le| beaux-arts, quand on voit ce grand liomme, n<"(;lig(' à la cour, comparer \t iiciir lie Monlauron à l'empereur Auguste. Si pourtant la reconnaijsaiice afracba c! singulier hommage, il faut encore plus en louer Corneille que l'eo blAmer; mais on peut toujours l'en plaindre. > — A quoi Pulissut a r'poDda : « Klaii-ce bien â Vidlaire a affeclor tani de sévérilé' I.ui-mème, sans avoir l'excuse ilu malheur, ne prodigiia-l-il pas des adulations non moins uulnes, a heancoui' de personne* ([u'il ne pouvait ni aimer ni estimer? n'appelail-il pas le fioaiicu-r La Pniieliuiere Pollinn ? ue dcdia-l-il point TancrèJc à ni.-.daiTio de Poak> pa<lDur? o°adrc*vj-l-il (ui i>éme des vers tj(>vDattcur» à madame Uubarrj? >

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t't à (lîfe sans cesse : La belle chose I Vous /ivpz peur néaiunniiî (i'êlre de ceux qui sont accablés par la luaji'slé des sujets iju'iii traitent, et ne pensez pas avoir apporté iissez de forre pour soutenir la jjranlcur romaine. Quoique cifle modestie me plaise, elle ne me persuade pas, et je m'y oppose \xnu- l'intérêt de la vérité. Vous êtes trop subtil examinateur d'une composition universellement approuvée ; et s'il éfoit vrai <ju'( n quelqu'une de ses parties vous eussiez senti quelque foiblcs>i', ce seroit un secret entre vos muscs et vous, car je vous assure que personne ne l'a reconnue. La fniblcsse seroit de notre expression, et non pas de votre pensée; elle viendroit du défaut des instruments, et non pasde la faute de l'ouvrier : il faudroit en accuser l'incapncilé de notre lancrue,.

Vous nous faites voir Rome tout ce qu'elle peut être à Paris, et ne l'avez point brisée en la remuant. Ce n'est point une Rome de Cassiodore, et aussi déchirée qu'elle l'étoit au siècle des Théodoiirs; c'est une Rome de Tilc-Live, et aussi pompeuse qu'elle éfoit au temps des premiers Césars. Vous avez même trouvé ce qu'elle avoit perdu <latis les mines de la république, cette noble et maçrnaninie fierté; et il se voit bien quelques passables traducteurs de ses paroles et de ses locutions, mais vous êtes le vrai et le fidèle interprète de son esprit et de son courage. Je dis plus, monsieur, vous êtes souvent son pédas^ogue, et l'avertissez do la bienséance quand elle ne s'en souvient pas. Vous êtes le réformateur du vieux temps, s'il a besoin d'embellissement ou d'appiii. Aux endroits où Rome est de brique, vous la rebfUis-^ez de marbre; quand vous trouvez du vuide, vous le remplissez d'un chef-d'œuvre; et je prends garde que ce que vous prêtez à l'histoire est toujours meilleur que ce que vous empruntez d'elle.

l.a femme d'Horace, et la maîtresse de Cinna, qui sont vos ^ux véritables enfantements, et les deux pures créatures <Ic votre esprit, ne sont-elles pas aussi les principaux ornements de vos deux pnëmes? Et qu'est-ce que la sainte antiquité a pi'oduit de vigoureux et de ferme, dans le sexe foible, qui soit comparable à CCS i\ouvelles héroïnes que vous avez mises au monde, à ces Romaines de votre façon? Je ne m'ennuie point, depuis quinze jours, de considérer celle que j'ai reçue la dernière.

Je l'ai fait admirer à tous les habiles de notre province : ans orateurs et nos poètes en disent merveilles; mais un docteur df mes voisins, qui se met d'ordinaire sur le haut style, en parle certes d'une étrange sorte; et il n'y a point de mal que vous sachiez jusqu'où vous avez porté soi: esprit. Il se conleutoit, le premier jour, de dire que votre Emilie étoil la rivale de Caton n de Brutns dans In passion de la Uberté. A cette heure, il va »ien plus loinj tantôt il la noinme la possédée du démoû de la

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r*pul)li»iac. et qiicl()iiofois l.i belle, la raisonnable. la sainle, el ' vlorablo lurif. Voilà d'étranges parolts sur le sujet de votre Humaine; mais elles ne sont pas sans fondement. Elle inspire, en elFet. toute la conjuration, el donne ehaUur au parti, par le feu qu'elle jette dans l'àme du chef;. elle entreprend, en se vengeant, de venjJTcr toute la terre; elle veut sacritier à son père une vielime, qui seroit trop grande pour Jupiter niC'nie. C'est, à laon (jré, une personne si excellente, que je pense dire peu à -nii avant. i^'e, de «lire que vous êtes beaucoup plus heureux en 'itre race que Pompée n'a été en la sienne, et que votre (ille Kmilie vaut, sans comparaison, davantage que Cinna son petitiils. Si celui-ci même a plus de vertu que n'a cru Sencque, c'est pour être tombé entre vos mains, et à cause que vous avez pris «oiii de lui. Il vous est obligé de son mérite, comme à Augusie de sa dignité. L'empereur le lit consul, et vous l'avez fait kvniiéte honuic ; mais vous l'avez pu faire par les lois d'un art qui polit et orne la vérité, (jui permet de favoriser eu imitant; qui quelquefois se propose le suiublable, et quelquefois le meilleur. J'en dirois trop si j'en disois davantage. Je ne veux pas commencer une di>serlation; je veux tinir une lettre, et conclure par les profestalious ordinaires, mais très sincères et très ventiles, que je suis,

MoNsiEoa,

Tutre très humble scrrilcur^

Balzac.

PERSONNAGES

OCTATE-CESAB-ACGUSTE, empereur de Rome.

LIVIE, impt^ratrice.

CIrNa. Bis d'uue tiUe de Pompée, chef de la conjuration contre A.

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