‹ uvres des deux CorneilleChapitre 132 sur 433 · SCÈNE I«. — EMILIE, «nie · texte numérisé non relu

SCÈNE I«. — EMILIE, «nie

Impatients désirs d'une illustre vengeance

Dont la mort de mon père a formé la naissance,

Enfants impétueux de mon ressentiment,

Que ma douleur séduite embrasse aveuglément,

Vous prenez sur mon âme un trop puissant empire 'j

Durant quelques moments souffrez que je respire,

Et que je considère, en l'état où je suis.

Et ce que je hasarde, et ce que je poursuis.

Quand je regarde Auguste au milieu de sa gloire*,

Et que vous reprochez à ma triste mémoire

Que par sa propre main mon père massacré

Du trône où je le vois fait le premier degré;

Quand vous me présentez cette sanglante image,

La cause de ma haine, et l'effet de sa rage,

Je m'abandonne toute à vos ardents transports.

Et crois, pour une mort, lui devoir mille morts.

Au milieu toutefois d'une fureur si juste,

J'aime encor plus Cinna que je ne hais Auguste,

' Conf. Sénèque, dtla Clémence, liv. I, cbap. 9. — L'aventure de Ciona lalea; quelque doute. Il se peut que ce soit une Gction de Sénèque, ou du moins qu'ij ail ajouté beaucoup à l'histoire, pour mieux faire valoir son chapitre d» ia CUmentt. C'est une chose bien étonnante que Suétone, qui entre dans tous Ici détails de la vie d'Auguste, passe sous silence un acte de clémence qui ferait tant d'honneur à cet empereur, et qui serait la plus mémorable de ses actions. Sénèque suppose la scène en Gaule. Dion Cassius, qui rapporte celte anecdote longtemps après Sénèque, au milieu du troisième siècle de notre ère vulgaire, dit que la chose arriva dans Rome. J'avoue que je croirai diflicilement qu'Auguste ait nommé sur-le-champ premier consul un homme convaincu d'avoir voulu l'assassiner.

Mais, vraie ou fausse, cette clémence d'Auguste est un des plus nobles sujets de tragédies, une des plus belles instructions pour les princes. C'est une grande leçon de moeurs; c'est, à mon avis, le chef-d'œuvre de Corneille, malgré quek^ qucs défauts. (Voltaire.)

* Var Vous régnez sur mon àme av(«que trop d'empire.

* ?AB« An trône de sa gloire.

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