‹ uvres des deux CorneilleChapitre 134 sur 433 · FULVIE · texte numérisé non relu

FULVIE

Elle a pour la blâmer une trop juste cause; Par un si grand dessein vous vous faites juger Digne siiig de celui que vous voulez venger*; Mais encore une fois, souffrez que je vous die Qu'une si juste ardeur devroit être attiédie. Auguste chaque jour, à force de bienfaits, Semble assez réparer les maux qu'il vous a faits: Sa faveur envers vous paroît si déclarée, Que vous êtes chez lui la plus considérée* Et de ses courtisans souvent les plus heureux Vous pressent à genoux de lui parler pour eux.

EMILIE

Toute cette faveur ne me rand pas mon père;

Et de quelque façon que l'on me considère,

Abondante en richesse, ou puissante en crédit,

Je demeure toujours la fille d'un proscrit.

Les bienfaits ne font pas toujours ce que tu pense»^

D'une main odieuse ils tiennent lieu d'offenses :

Plus nous en prodiguons à qui nous peul haïr,

Plus d'armes nous donnons à qui nous veut trahir

Il m'en fait chaque jour, sans changer mon courage-

Je suis ce que j'étois, et je puis davantage.

Et des mêmes présents qu'il verse dans mes mains

.(achète contre lui les esprits des Romains ; ,

Je recevrois de lui la place de Livie,

Comme un moyen plus sur d'attenter à sa vie.

Pour qui venge son père il n'est point de forfaits,

Et c'est vendre son sang que se rendre aux bienfaits.

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