ACTE I, SCflM: I
Je vous m donne avis de pour (l'iuic surprise. ïl presse forl.
IMILIK.
.M;i;i(ler los cliofs de l'ciiheprise!
Tous deux! en même leinps I Vous éles dôcouverl
CINNA
Espérons mieux, de grâce.
LMILIE.
Ah, Cinna! je te perds! Et les dieux, obslinés à nous donner un maître, Parmi les \rais amis ont mêle quelque traître. 11 n'en faut point douter, Auguste a tout appris. Quoi, tous deux! et sitôt que le conseil est pris!
CINNA
Je ne vous puis celer que son ordre m'étonne , Mais souvent il m'appelle auprès de sa personne; Maxime est comme moi de ses plus confidents, Et nous nous alarmons peut-être en imprudents.
ÎMILIE.
Sois moins ingénieux à te tromper toi-même, Cinna-, ne porte point mes maux jusqu'à l'extrêrae; Et, puisque désormais tu ne peux me venger, Dérobe au moins ta lête à ce mortel danger ; Fuis d'Auguste irrité l'implacable colère. Je verse assez de pleurs pour la mort de mon père ; N'aigris point ma douleur par un nouveau loui uieatj El ne me réduis point à pleurer mon amant.
CINNA
Quoi! sur l'illusion d'une terreur panique Trahir vos intérêts et la cause i)ublique! Par cette làclicle moi-niéme m'aicuser, Et tout abandonner quand il faut tout oser? Que feront nos amis si vous êtes déçue?
ÉMILIi:.
Hais que desiendras-tu si l'entreprise est sue
CINMA.
S'il est pour me trahir des e.sprits assez bas. Ma vertu pour le moins ne me trahira pas; Vous la verrez, brillante au boni des précipices, Se couronner de gloire en bravant les î-upi lices, Rendre Auj-'uste jaloux du sang qu'il répandra,
Et le faire trembler alors qu'il me pp;<!ia.
Je (levienJrois siispocl à turdor (ia\aii(age. Adieu. Haffermissez ce géuéreux eouiaiye S'il faut subir le coup d'uu destin rijjoureux, Je mourrai tout ensemble beureux et malheureux *j Heureux pour vous servir de perdre ainsi la vie. Malheureux de mourir sans vous avoir servie.
EMILIE
Oui, va, n'écoute plus ma voix qui te retient- Mon trouble se dissipe, et ma raison revient. Pardonne à mon amour cette indifjne foibiesse. Tu voudrois fuir en vain, Cinna, je le confesse; Si tout est découvert, Aupfuste a su pourvoir A ne te laisser pas ta fuite en ton pouvoir. Porte, porte chez lui cette mâle assuiance, '
DiS^ne de notre amour, digne de ta naissance; Meurs, s'il y faut mourir, en citoyen lomain, Et par un beau trépas couronne un beau dessein. Ne crains pas qu'après toi rien ici me retienne; Ta mort emportera mon âme vers la tienne;' Et mon cœur aussitôt percé des mêmes coups...
CIINNA
Ah! souffrez que tout mort je vive encore en vous; Et du moins en mourant permettez que j'espère Que vous saurez venger l'amant a>ec te père. Rien n'est pour vous à craindre; aucun de nos amis Ne sait ni vos desseins, ni ce qui m est promis; Et, leur parlant tantôt des misères romaines, Je leur ai tû la mort qui fait naître nos haines, De peur que mon ardeur touchant vos intérêts D'un si parfait amour ne trahît les secrets; Il n'est su que d'Évandre et de votre Fulvie.
EMILIE
Avec moins de frayeur je vais donc chez Livie, Puisque dans ton péril il me reste un moyeu De faire agir pour toi son crédit et le mien : Mais si mon amitié par là ne te délivre, N'espère pas qu'enfln je veuille te survivre. Je fais de ton destin des règles à mon sort,
* Raciue a dit : heureux dam mon malheur.
ACTK II, SCKNE I Et j'obtiendrai la vie, ou jo suivrai ta mort*.
f.lN.NA
Soyez in ma faveur luoius cnicllo à vous -.léme,
IMILIE.
Va-l'cu, et souvieiis-toi seulement que je t'aime.
FIN- PO rRF.MILH ACTl.