‹ uvres des deux CorneilleChapitre 151 sur 433 · SCÈNE IV. - EMILIE, CIN.^A, PULVIE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. - EMILIE, CIN.^A, PULVIE

IMII.IE.

Grâcos aux dieux, Cmmii ma trnyour étoit vaine;

Aucun de tes omis ne l'a manqué de foi,

Et je n'ai point eu lieu do m'omployer pour toi.

Octave en ma présence a tout dit à Livie,

El par cette nouvelle il m'a rendu la vie.

crpiiCA.

Le désavoûrez-vous? et du don qu'il me fait Voudiez-vous retarder le bienheureux effet?

EMILIE

L'effet est en ta main.

CINNA

Mais plutôt en la yôtre.

ICMILIE.

Je suis toujours moi-même, et mon cœur n'est point autr«{ Me dcnuer à Cinna, c'est ne lui donner rien, C'est seulement lui faire un présent de son bien.

CINNA

Vous pouvez toutefois... ô ciel! l'osé-je dire'

EMILIE

Que puift-je? et que crains-tu ?

CINNA

Je tremble, je soupire.

Et vois que, si nos cœurs avoient mêmes désirs. Je n'aurois pas besoin d'expliquer mes soupirs. Ainsi je suis trop sûr que je vais vous déplaire; Mais je n'ose parler, et je ne puis me taire.

EMILIE

Cest trop me gêner, parle.

CINNA

II faut vous obéir.

Je vais donc vous déplaire, et vous m'allez haïr.

Je vous aime, Emilie, et le ciel me foudroie Si cette passion ne fait toute ma joie, Et si je ne vous aime avec toute l'ardeur Que peut un digne objet attendre d'un grand cœur :

210 CINNA

Mais Aovv'z à quel prix vous me donnez voire âmej En me rendant heureux vous me reudez infâtne : Celle bonté d'Auguste...

ÉMIME.

Il suffit, je t'entends, Je vois ton repentir et tes vœux inconstants . Les faveurs du tyran emportent les promesses , Tes feux et tes serments cèdent à ses caresses ; Et ton esprit crédule ose s'iina{;iner Qu'Auguste pouvant tout peut aussi me donner; Tu me veux de sa main plutôt que de la mienne; Mais ne crois pas qu'ainsi jamais je t'appartienne î II peut faire trembler la terre sous ses pas. Mettre un roi hors du trône, et donner ses états*, De ses proscriptions rougir la lerre et l'onde, Et changer à son gré l'ordre de tout le monde; Mais le cœur d'Emilie est hors de sou pouvoir*.

CINNA

Aussi n'est-ce qu'à vous que je veux le devoir. Je suis toujours moi-même, et ma foi toujours pure» La pitié que je sens ne me rend point parjure; J'obéis sans réserve à tous vos sentiments, Et prends vos intérêts par-delà mes serments'.

J'ai pu, vous le savez, sans parjure et sans crime. Vous laisser échapper cette illustre victime : César se dépouillant du pouvoir souverain Nous ôtoit tout prétexte à lui percer le sein; La conjuration s'en alloit dissipée.

Vos desseins avortés, voire haine trompée : Moi seul j'ai raffermi son esprit étonné, Et pour vous l'immoler ma main l'a couronné.

EMILIE

Pour me l'immoler, traître ! et tu veux que moi-méoK

■ Tak. Jeter un roi du trône, et donner ses états.

' Voilà une iroUation admirable de ces beaux vers d'Horace :

Et cuucta teri'arum subacta, PriCler atrocem ;inimum Catonis.

Cette imitation est d'autant plus. belle, qu'elle est en sentiiaent.

(Voltaire.! ' Par-delà mes serments : expression dont je ne trouve que cet exemple j et tet exemple me parait nicriter d'être suivi. (Voltaire.J

ACTi: m, SCKNE IV. 2H

Je retienne ta main! qu'il vivo, ot que jo l'aime!

Que je sois le butin de qui l'ose épargner, Kt le pri\ du conseil qui le force à ré{;nor !

CIN>A

Ne me condamnez point quand je vous ai servie Sans mni, vous u'aurier plus de pouvoir sur sa yie^ I-t, mali;ré ses bienfaits, je rends tout à lamour, •Jnand je veux qu'il périsse, ou vous doive le jour. A\tH" les premiers vœux de mon obéissance Souffrez ee foible effort de ma reconuoissance, Que je làclie de vaincre un indigne courroux, Et vous donner pour lui l'amour qu'il a pour vous. Une âme généreuse, et que la vertu guide, Fuit la honte des noms d'ingrate et de perfide ; Elle en hait l'infamie attachée au bonheur, Et n'accepte aucun bien aux dépens de l'honaear

ÉMIUE.

Je fais gloire, pour moi, de cette ignominie :

La perfulie est noble envers la tyrannie;

Et quand on rompt le cours d'un sort si malheureux,

Les cœurs les plus ingrats sont les plus généreux.

CINKA.

Vous faites des vertus au gré de votre haine.

EMILIE

Je me fais des vertus dignes d'une Romaine.

Un cœur vraiment romain. .

EMILIE

Ose tout pour ravir Une odieuse vie à qui le fait servir; II fuit plus que la mort la honte d'être esclave.

C'est l'être avec honneur que de lélie d'Octave;

Et nous voyons souvent des rois à nos genoux

Demander pour appuis tels esclaves que nous;

Il abaisse à nos pieds l'orgueil des diadèmes.

Il nous fait souverains sur leurs grandeurs suprêniM,

Il prend d'eux les tributs dont il nous enrichit.

Et leur impose un joug dont il nous affranchit

EMILIE

L'indigne ambition que ton cœur se propose'

2<2 CINNA

Pour être plus qu'un roi, tu te crois quelque chose!

Aux deux bouts de la terre en est-il un si vain

Qu'il prétende égaler un citoyen romain*?

Antoine sur sa tête attira notre haine

En se déshonorant par l'amour d'une reine;

Attale, ce grand roi, dans la pourpre blanchi,

Qui du peuple romain se nommoit l'affranchi.

Quand de toute l'Asie il se fut vu l'arbitre.

Eût encor moins prisé son trône que ce titre.

Souviens-loi de ton nom, soutiens sa dignité;

Et prenant d'un Romain la générosité,

Sache qu'il n'en est point que le ciel n'ait fait naître

Pour commander aux rois, et pour vivre sans maîtrs.

CINNA

Le ciel a trop fait voir en de tels attentats

Qu'il hait les assassins et punit les ingrats ;

Et quoi qu'on entreprenne, et quoi qu'on exécute,

Quand il élève un trône, il en venge la chute ;

11 se met du parti de ceux qu'il fait régner;

Le coup dont on les tue est long-temps à saigner ;

Et quand à les punir il a pu se résoudre,

De pareils châtiments n'appartiennent qu'au foudre

EMILIE

Dis que de leur parti toi-même tu te rends. De te remettre au foudre à punir les tyrans. Je ne t'en parle plus, va, sers la tyrannie; Abandonne ton âme à son lâche génie; Et, pour rendre le calme à ton esprit flottant, Oublie et ta naissance et le prix qui t'attend. Sans emprunter ta main pour servir ma colère. Je saurai bien venger mon pays et mou père. J'aurois déjà l'honneur d'un si fameux trépas. Si l'amour jusqu'ici n'eût arrêté mon bi'as ; C'est lui qui, sous tes lois me tenant asservie. M'a fait en ta faveur prendre soin de ma vie : Seule contre un tyran, en le faisant périr, Par les mains de sa garde il me falloit mourir. Je t'eusse car ma mort dérobé ta captive ;

• Tai. Aux deux bouts de la lerre en est-il d'assez Tti» Pour préten Ire égaler un citoyen roiiia a .

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