‹ uvres des deux CorneilleChapitre 156 sur 433 · SCÈNE m. — AUGUSTE, »euL · texte numérisé non relu

SCÈNE m. — AUGUSTE, »euL

Ciel, à qui voulez-vous désormais que je fie

Les secrets de mon âme et le soin de ma vii'?

Reprenez le pouvoir que vous m'avez commis.

Si donnant des sujets il ôle les amis,

Si tel est le destin des grandeurs souveraines

yue leurs plus grands bienfaits n'attirent que des baiaes,

Et si votre rigueur les condamne à chérir

Ceux que vous animez à les faire périr.

Pour elles rien n'est sûr ; qui peut tout doit tout craindre.

Rentre eu toi-même. Octave, et cesse de te plaindre.

Quoi! tu veui qu'on t'épargne, et n'as rien épari;né!

Songe aux (leuves de sang où ton bras s'est baigné.

De combien ont rougi les champs de Macédoine,

Combien en a versé la défaite d'Antoine,

Combien celle de Sexte, et revois tout d'un temps

Pérouse au sien noyée et fous ses habitants;

Remets dans ton esprit, après tant de carnages,

De tes proscriptions les sanglantes images,

Où toi-même, des tiens devenu le bourreau,

Au sein de ton tuteur enfonças le couteau ;

Et puis ose accuser le destin d'injustice

Quand (u vois que les tiens s'arment pour ton suppliot^

Kt que par ton exemple à ta perte guidés.

Ils violfriit des droits que tu n'as pas gardés!

Leur trahison est juste, et le ciel l'autorise :

Quitte ta dignité comme tu l'as acquise;

Rends un sang infidèle à l'infidélité*,

Et souffre des ingrats après l'avoir été.

Mais que mon jugement au besoin m'abandonne! Quelle fureur, Ciiinn, m'accuse et le pardonne;

* Ce Ter* ett Imil^ de Malherbe :

Fait de toui lei atuiitt que la rage peut bln Doe fidèle preuve k riufidvlité.

(TotUirU

218 CINIVA.

Toi, dont la trahison me foire à retenit Ce pouvoir souverain dont tu me veux pun» , Me traite en criminel, et fait seule mon crim*?, licltnc pour l'abattre un trône illégitime, Et, duii zèle effronté couvrant son attentat. S'oppose, pour me perdre, au bonheur de l'état? Donc jusqu'à l'oublier je pourrois me conlraindrei Tu vivrois en repos après m'avoir fait craindre! Non, non, je me trahis moi-même d'y penser : Qui pardonu? aisément invile à l'offenser; Punissons l'assassin, proscrivons les complices.

Mais quoi! toujours du sang, et toujours des suppliceil Ma cruauté se lasse, et ne peut s'arrêter; V? veux me faire craindre, et ne fais qu'irriter. Uome a pour ma ruine une hydre trop fertile; Une tète coupée en fait renaître mille, Et le sanji; répandu de mille conjurés Hend nies jours plus maudits, et non plus assurés. Octave, n'attends plus le coup d'un nouveau Brute; Meurs, et dérobe-lui la gloire de ta chute, Meurs; tu ferois pour vivre un lâche et vain effort, Si tant de gens de cœur font des vœux pour ta mort, Ll si tout ce que Rome a d'illustre jeunesse Pour te faire périr tour à tour s'intéresse; Meurs, puisque c'est un mal que tu ne peux guérir; lleurs enfin, puisqu'il faut ou tout perdre, ou mourif : >a vie est peu de chose, et le peu qui t'en reste i\'e vaut pas l'acheter par un prix si funeste»; Meurs, mais quitte du moins la vie avec éclat, Éteins-en le flambeau dans le sang de l'ingrat, A toi-même en mourant immole ce perfide; Contentant ses désirs, punis son parricide; Fais un tourment pour lui de ton piopre trépas, En faisant qu'il le voie et n'en jouisse pas : Mais jouissons plutôt nous-même de sa peine; El si Rome nous hait, triomphons de sa haine. U UomainsI ô vengeance! ô pouvoir absolu! 0 rigoureux combat d'un cœur irrésolu

' Se vaut pat l'acheter par un prix si funeste. C'est ici le touï de pbnie ita r>'-n. Op (lirail bien non vate il comprar ; c'est un trope dont Cc^rneille ennehisiait notre langue. oliulrc.l

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