ACTE V, SCENL: I
CINNA
Moi, seigneur, moi, que j'eusse une âmo si traîtresse! Qu'un si lâche dessein. ..
AUGISTE.
Tu tiens mal (a promesse :
Sieds-(oi, je n'ai pas dit encor ce que je veux; Tu le juslifiras après, si tn le peux. Écoute cependant, et liens mieux ta parole :
Tu \eux in'assassiner domain au Capilole, Pendant le sacrifice, et ta main pour si{;nal Mo doit au lieu d'encens donner le coup fatal; La moitié de tes gens doit occuper la porte, L'autre moitié te suivre et te prêter main-forte Ai-je de bons avis, ou de mauvais soupçons? De tous ces meurtriers te dirai-je les noms? Procule, Glabrion, Yirgiuian, Rutile, -Marcel, Plante, Lénas, Pomponc, Albin, Icile, Maxime, qu'après toi j'avois le plus aimé; Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé; Un las d'hommes perdus de dettes et de crimes. Que pressent de mes lois les ordres légitimes. Kl qui, désespérant de les plus é\ iler, Si tout n'est renversé, ne sauroient subsister.
Tu le tais maintenant, et gardes le silence, Plus par confusion que par obéissance.
Quel étoit ton dessein, et que prétendois-tu Après m'avoir au temple à les pieds abattu? Alfi anchir ton pays d'un pouvoir monarchique ' Si j'ai bien entendu tantôt la politique, S(»n salut désormais dépend d'un souverain, Qui pour loul conserver tienne tout en sa main; Ll si sa liberté le faisoil entreprendre, Tu ne m'eusses jamais empêché de la rendre; Tu l'aurois acceptée au nom de tout l'état. Sans vouloir l'acquérir par uii assassinat. Quel étoil donc ton but? d'y régner eu ma place? D'un étrange malheur son destin le menace, Si pour moiiler au troue et lui doimer la loi Tu ne trouves dans Home autre obstacle que moi, Si jusques à ce point son sort est déploiable. Que lu so'S après moi le plus considérable,
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Et que <'e graml fardeau (io l'oinpiro romain
No puisse après ma mort tomber mieux ;;u'en ta main'.
Apprends à le conuoitre, et descends en toi-même : On t'honore dans RomP, on te courtise, on t'aime, Chacun tremble*sous toi, chacun t'offre des vœux, Ta fortune est bien haut, tu peux ce que lu veux : Mais tu ferois pitié même à ceux qu'elle irrite, Si je t'abandonnois à ton peu de mérite '. Ose me démentir, dis-moi ce que tu vaux ; Conte-moi les vertus, tes glorieux travaux, Les rares qualités par où tu m'as dû plaire, Et tout ce qui l'élève au-dessus du vulgaire : Ma faveur fait ta gloire, et ton pouvoir eu vient; Elle seule t'élève, et seule te soutient ; C'est elle qu'on adore, et non pas ta personne • Tu n'as crédit ni rang qu'autant qu'elle t'en doune. Et pour te faire choir je n'aurois aujourd'hui Qu'à retirer la main qui seule est ton appui ; J'aime mieux toutefois céder à ton envie; Règne, si tu le peux, aux dépens de ma vie. Mais oses-tu penser que les Serviiiens, Les Cosses, les Métels, les Pauls, les Fabiens, Et tant d'autres enfin de qui les grands courages Des héros de leur sang sont les vives images, Quittent le noble orgueil a un sang si généreux Jusqu'à pouvoir souffrir que tu règnes sur eux? Parle, parle, il est temps.
CINNA
Je demeure stupide ; Non que votre colère ou la mort m'intimide; Je vois qu'on m'a trahi, vous m'y voyez rêver. Et j'en cherche l'auteur sans le pouvoir trouver.
' Bacine s'est évidemment inspiré de ce passage dans ces veri : Si le monde penchant u'a plus que cet appui, Je le plains, et vous plains vous-même autant que lui.
' Oe» vers et les suivants occasionnèrent un jour une saillie singu.ière. Le lernier maréchal de La Feaillade, étant sur le théâtre, dit tout haut à Auguste:
< Ah 1 tu me gâtes le toyons amis, Cinna. > Le vieux comédien qui jouait Auguste se déconcerta et crut avoir mal joué. Le maréchal, après la pièce lui dit:
< Ce n'est pas vous qui m'avei déplu, c'est Auguste qui dit à Cinna qu'il n'a aucun mérite, qu'il n'est propre à rien, qu'il fait pitié, et qui ensuite lui dit : Soyons amis. Si le roi inNen disait autant, je le remercierais de son amitié. »