‹ uvres des deux CorneilleChapitre 172 sur 433 · TRAGÉDIE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

TRAGÉDIE CHRÉTIENNE

NOTICE

Si l'on s'en rapporte à Fontenelle, qui du reste devait êtrt îxactement renseigné sur ce point. Corneille, lorsqu'il composa Polyeucte, rencontra autour de lui, et auprès d'un public qu'il pouvait considérer comme très-éclairé , un accueil qui n'était point de nature à l'encourager. Avant de confier sa pièce aux comédiens de l'hôtel de Bourgogne, il se crut oblige de la lire aux beaux esprits de Ihôtel de Rambouillet. « Elle y fut applaudie autant que le demandaient la bienséance et la grande réputation que l'auteur avait déjà, dit Fontenelle ; mais quelques jours après, Voiture vint trouver Corneille, et prit des tours fort délicats pour lui dire que Polyeucte n'avait pas réussi comme il pensait , que surtout le christianisme avait inliniment déplu. Corneille alarmé voulut retirer la pièce d'entre les mains des comédiens qui l'apprenaient; mais enfin il la leur laissa sur la parole (l'un d'entre eux, qui n'y jouait point parce qu'il était trop mauvais acteur. Était-ce à ce comédien à juger mieux que tout rh»« tel de Rambouillet? »

Voltaire s'est demandé ce qui avait pu porter les habitués du noble hôtel à montrer cette excessive sévérité : «furent-ils persuadés qu'un martyr ne pouvait jamais réussir sur le théâtre? c'était ne pas connaître le peuple; croyaient-ils que les défauts que leur sagacité leur faisait remarquer révolteraient le public? c'était tomber dans la même erreur qui avait trompé les censeurs du Cid : ils examinaient k Cid par l'exacte raison, et ils ne voyaient pas qu'au spectacle on juge par sentiment. Pouvaient-ils ne pas sentir les beautés singulières des rôles de Sévère et de Pauline? Ces beautés d'un genre si neuf et si délicat les alarmèrent peut-être : ils purent craindre qu'une femme qui aimait à la fois son amant et son mari n'intéressât pas; et c'est préciémentce qui fit le succès de la pièce '. » Ce succès fut immense,

• On raconte que, lorsque le grand poêle lut la pièce i l'hôtel de Raœbuuilieii elle lil une impression très-'lésa.vantageuse ; on en craignit ia cfa'ate, et

NOT ICE SUU POLYEUCTL. i43

car Polyeucte olait cunimc le Cid, mais dans un {jciire tmit (lillérent. une révéluti )ii nonvclli" pour le public. Gorru-illo, eu i-iret» avait lii'vini-, et faisait revivre avec une beauté souveraine, la poésie mystérieuse et suliliuie îles âges héroïques du christianisme. Le paganisme avait pris pleine possession du théâtre, et on n'y pouvait, suivant la juste reniaïque de M Guizot, pronoueer le mol dieu qu'au pluriel. Dans la pièce iiouvclle, il y avait donc nécessairenient, aux yeux des contemporains rie Corneille, une innovation téméraire. Le génie de l'auteur liiompha de toutes les présentions, et en elfct jamais ce génie n'avait pris un pliis grand essor.

Tout ce qu'il y a île grand, de surhumain dans le christianisme, le mépris de la mort et des faux biens, les espérances éternelles, l'immolation des sentiiueuls les plus profonds du cœur à la loi du devoir, se mêlent, dans ce beau poëme, aux plus orageuses faiblesses de notre nature. La scène (ransporlée dans l'inlini appartient à la fois aux dieux du Caiiilole et au Dieu de l'Evangile, comme cette Pauline, si passionnée et si pure, moi!ié piiieune et moitié chrétieime, comme l'a si bien (lit M. Jules Janin, qui, deux siècles plus tard, dans un autre poëiue des M'iilyrs. s'appellera L'yinodocée.

tvii/eucte nesl pas seulement une tragédie admirée, c'est une tragédie respectée. Le di.x-huitième siècle, qui certes n'était point favorable aux sujets religieux, lui rendit pleine justice; et Voltaire lui-même, malgré de nombreuses réserves, n'a point usé condamner ouvertement les caractères de Polyeucte et de Pauline, bien que ces vers de la dédicace de Zaïre, écrits longtemps

•ur l'avis de lous, particulièrement sur i'avis de Godeju, évr'(|ue de Grasse, lequfl, bieo qu'ensniu» lii^ avec Port-Royal, fut loujour» doiilikniciit de l'Iiulei de Rainliouillel, en reli^ino comme en poésie, on dépcdia Voilure prrs de Curaeille pour l'eoç'.iger a garder ca pièci' sans la risi|iicr au llicàlre. C'est (|uVn effet, ce n'éuil pas ilu in<indc d'alors, de ses moiifs muiancsques el sennuieot3le<, oi de se sujets favoris, que, celle fois, le génie de Corneille avait uniquement tiré sa matière. Il Itii était venu un souille et un accent d'autre part, d'autour de lui aussi, mais sans qu'il sût bien d'où peul-clre. Il s'ctai, emparé, au passage, de cette idée grondante, de ce coup de foudre de la giàcet pour s'en faire hardiment un tragique Hanabeau ; il s'était dit, des let preuiieri *erï, avec Néarque :

Avei-vous cependant une pleine assurance

D'avoir assez de vie et de persévérance ? etc. Il s''-' à saisir, sans plus larder, cette in-piralion nouvelle, celle

grd les acceptions ', dmil il sentait sur lui, au dedans de lui, la

lenl • '' ' et ce naïf génie, ce franc el nolil e cirur, s'y appliquant

dans tuule suu ouverture, eo avait* des l'abord jlleint ol t \priiné la prul'oude ■ncoce.

Il ne serait pas malaise, a mon sens, de m uteiiir celte lliése : Corneille m| ée Port-Hoyal par PolyeucU. [Purl-Royal, t. I", p. 133-134. |

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