‹ uvres des deux CorneilleChapitre 218 sur 433 · SCÈNE VI 2. — SÉVÈRE, FÉLIX, PAULINE, ALBIN, FABIAN · texte numérisé non relu

SCÈNE VI 2. — SÉVÈRE, FÉLIX, PAULINE, ALBIN, FABIAN

SÉVÈRE

Père dénaturé, malheureux politique, Esclave ambitieux d'une peur chimérique; Polyeucte est donc mort! et par vos cruautés Vous pensez conserver vos tristes dignités ! La faveur que pour lui je vous avois offerte, Au lieu de le sauver, précipite sa perte! J'ai prié, menacé, mais sans vous émouvoir; Ht vous m'a\ez ciu fourbe, ou de peu do pouvoir! Lh bien I à vos dépens vous verrez que Sévère Ne se vante jamais que de ce qu'il peut faire; Et pai votre ruine il vous fera jugir

' Que cela e«t beau ! quelle lutte de toutes les ufTection> de la nature ko Daine, au mil eu iles<|iidles iiitcrvient la Divioilc pour créer minriileusemcDt

Due p ssiou nouvelle Mans le cœur de Pauline, 'enthcu^lasiiK- rcli);ii'ux ce,

>e suis chrétienne, eti une <léclaraiiun d'amour dans le cu-l. iCb;tti-aul>haad.)

' I.;i , ■■. ■ «.iiiIjIi' (inie quaiid Polyeucte est mort. Aulri'fni», ipiaml les acliur- I' ijicni Ir» Riimaioi a»ec le chapeau et une eruvule, Si'vere ari»

Tau i' < il >, ;iii «ir la tète, et Félix l'ëooutait chaveau baii ce ipn faisait ub tOet ridicuie (Vullaire.J

Que qui peut bien vous perdre eût pu vous protéger.

Conliuuez aux dieux ce service fidèle;

Par de telles horreurs montrez-leur voire zèle.

Adieu; mais quand l'orage éclatera sur vous,

Ne doutez point du bras dont partiront les coups.

FÉLIX

Arrêtez-vous, seigneur, et d'une âme apaisée, vSouffrez que je vous livre une vengeance aisée. Ne me reprochez plus que par mes cruautés Je tâche à conserver mes tristes dignités; Je dépose à vos pieds l'éclat de leur faux lustre : Celle oiî j'ose aspirer est d'un rang plus illustre; Je m'y trouve forcé par un secret appas ; Je cède à des transports que je ne connois pas • ; Et, par un mouvement que je ne puis entendre', De ma fureur je passe au zèle de mon gendre. C'est lui, n'en doutez point, dont le sang innocent Pour son persécuteur prie un Dieu tout-puissant, Son amour épandu sur toute la famille Tîre après lui le père aussi-bien que la fille. J'en ai fait un martyr, sa mort me fhit chrétien : J'ai fait tout son bonheur; il veut faire le mien. C'est ainsi qu'un chrétien se venge et se courrouce : Heureuse cruauté dont la suite est si douce! Uonne la main, Pauline. Apportez des liens; luiniolez à vos dieux ces deux nouveaux chrétiens. Je le suis, elle l'est, suivez votre colère.

PACLINE.

Qu'heureusement enfin je retrouve mon père!

Cet heureux changement rend mon lionUeur parfait,

' Ce nouveau miracle n'est pas ei cien reçu du parterre que les deux autre»; il ne faut pas surtout prodiguer coup sur coup les prodiges de même espèc»' Quand on pardonnerait la conversion incroyable de ce làcbe Félix, on n'en serait pas touche, parce qu'on ne s'intéresse pas à lui comme à Pauline, et qn'ii est même odieux *. (Toltaire.)

' Comprendre kemblerait plus juste qu'entendre.

" Si Féiiï. aevient id eiu â ta fin de la pièce, il laut convenir que, jusqiiaa Sénoùment, il a bi' a ;onservé la physionomie d'un réprouvé. C'est peiil-éirs tar cette singulière conversion que Voltaire aurait pu s'égayer sans conséquence: nais il devait respecter Pauline; il le devait d'autant plus, que c'est d'apreti ce j au caractère qu'il a tracé celui d'Idamé, dans l'Orphetm de ta Càine, ei iiue c iu,iu<.de la cflpie ne ledispensaitpas delre juste envers lorigiual. (PalissolJ

ACii: V, scem: vi. 5<.î

riLix.

Ma nilo, Il II appiiiiiont (|ii'ii l<i main qui le fait-

sr.vi.tiE.

Qui ne soioit loiiciié d'un si tendre spcclacle ! De pareils chan[;eiiienls ne vont point sans miracle. Sans doute vos Chrétiens, qu'on pcrsécule en vain, Ont quelque chose en eux qui surpasse l'humain ; Ils iiK-nent une vie avec tant d'innocen^rc, Que le ciel leur en doit quoique reconnoissance : Se relever plus forts, plus ils sont abattus, N'est pas aussi l'effet des communes vertus. Je les aimai toujours, quoi qu'on m'en ait pu dire; Je n'en vois point mourir que mon cœur n'en soupir»{ El peut-être qu'un jour je les connoilrai mieux. J'approuve cependant que chacun ait ses dieux, Qu'il les serve à sa mode, et sans peur de la peine. Si vous êtes chrétien, ne craignez plus ma haine; Je les aime, Félix, et de leur protecteur Je n'en veux pas sur vous faire un persécuteur. Gardez votre pouvoir, reprenez-en la marque; Sersez bien votre Dieu, servez notre monarque. Je perdrai mon crédit envers sa majesté, Ou vous verrez finir cette sévérité :

Par cette injuste haine il se fait trop d'outrage.

FÉLIX

Daigne le ciel en vous achever son ouvrage.

Et, pour vous rendre un jour ce que vous méritez,

Vous inspirer bientôt toutes ses vérités !

Nous autres, bénissons notre heureuse aventure :

Allons à nos martyrs donner la sépulture,

Baiser leurs corps sacrés, les mettre en digne lieu,

ïi faire retentir partout le nom de Dieu '.

' Dans Poli/eucle, le devoir triomphe dans toule sa beauté dans toute sa p» tête, et 1>>5 urriCcet de Polyeucte, de Pauline et de Sévère, ne leur cnûteol -/as une seule venu. En mùme tcmp^, te cercle des idées de Cornoille s'agrandit; >oD iljle s'clèTe avec ses pi-asées, ei s'épure, |>cut-<'lre uns qu'il v souKe; j ki- -irtiina arrive pius correcte ei [•I'js preaie, poiusi-c. lorcMs, pou; aiasi d:r~ par uue idée plus nette, par un senlimenl plus énergique; et le génie, desor- «iis Kt poss'-ssion de tous ses movcns, marcbe à l'aise cl traD(;i::llo au nilie* les pl« i bautes cooceplious. (Guiiot.)

ri.'« DE PdlVECtlC.

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