ACTE II, SCÈNE V
fiÛROMTE.
Parle donc, et te le?».
DOR \NTF..
I^ suis dooo marié, puisqu'il Huit que j'achève.
GKRONTE.
Sans mon oonsentement ?
DORANTE
On m'a violenté ; Vous ferei tout casser par votre aulorilé; M;iis nous filmes tous deux forcés à l'hyménée Far la fatalité la plu» inopinée...
Ab ! si vous le savier '
GÉRONTE
Dis, ne ine cache rien.
f-^Iio est de fort bon lieu, mon père; et pour son bien, S'il n'est du toat si grand que votre humeur souhaita..*
GKRONTE.
Sachons, & cela près, puisque c'est choie faite. Elle se nomme?
DORANTE
Orphise, et son père, Annédon.
GÉRONTE
Je n'ai jamais oui ni l'an ni l'antre nom.
Mais poursuit.
DOKINTE.
Je la TÛ presque à mon arrivée l'ue Ame de roctter ne s'en fût pas sauvée, Tant elle avoit d'appas, et tant son œil vainqueur Par une douce force assujettit mon cœur! Je cherchai donc chez elle à faire connoissance; r,i les soins ol)li(jeants de ma piTsévérance >iirent plaire de sorte à cet objet charmant, ^hie jeu fus eu sii mois autant aime qu'amant. J ' n ivçus des fa\eur8 secrètes, mais honnêtes; l.l jitendis si loin mes petites conquêtes, I, ..eu son quartier souvent je me ooulois saus brait pM'ii causer avec elle une part de la nuit.
Lu soir que je venois de monter dans sa chambre... [Lv fut, s'il m'en souvient, le s<.>cond de septembre, Uui, ce fut ce jour-U que je fus attrapé.)
418 LE Mi'NïKUR
Ce soir mémo son père en villo »voit soiipé;
II monte à sou r-cloiif, il fraiipc à la \m\lo : elle
Transit, pâlit, rou[;it, me cnche en sa nielle,
Ouvre enfin, et d'abord (qu'elle ent d'esprit et dart!)
Elle se jette au cou de ce pauvre vieillard,
Dérobe en l'embrassaul sou désordre à sa vue :
0 se sied; il lui dit qu'il veut la voir pourvue;
Lui propose un parti qu'on lui venoil d'olTrir.
iugez combien mon cœur avoit lors à souffrir I
Par sa réponse adroite elle sut si bien faire,
Que sans m'inquiéter elle plut à son père.
Ce discours ennuyeux enfin se termina ;
Le bonhomme partoit quand ma montre sonna ;
Et lui se retournant vers sa fille étonnée,
« Depuis quand cette montre? et qui vous Va dofjnée?
» — Acaste, mon cousin, me la vient d'envoyer,
» Dit-elle, et veut ici la faire nettoyer,
» N'ayant point d'horlogers au lieu de sa demeure :
• Elle a déjà sonné deux lois en un quart-d'heure.
» Donnez-la-moi, dit-il, j'en prendrai mieux le soin. •
Alors pour me la prendre elle vient en mon coin :
Je la lui donne en main; mais, voyez ma disgrâce,
Avec mon pistolet le cordon s'embarrasse,
Fait marcher le déclin; le feu prend, le coup part :
Jugez de notre trouble à ce triste hasard.
Elle tombe par terre; et moi, je la crus morte.
Le père épouvanté gagne aussitôt la porte;
II appelle au secours, il crie à l'assassin :
Son fils et deux valets me coupent le chemin.
Furieux de ma perte, et combattant de rage,
Au milieu de tous trois je me faisois passage,
Quand un autre malheur de nouveau me perdit;
Mon épée en ma main en trois morceaux rompiL
Désarmé, je recule, et rentre; alors Orphise,
De sa frayeur première aucunement remise.
Sait prendre un temps si juste en son reste d'effroi»
Qu'elle pousse la porte et s'enferme avec moi
Soudain nous entassons, pour défenses nouvelles,
Bancs, tables, coffres, lits, et jusqu'aux escabelles;
Nous nous barricadons, et dans ce premier feu
Nous croyons gagner tout à différer uu peu.