ACTE 1, SCÈNE I
CLITON
le vous trouve, monsieur, dans la maison du roi! Quoi cliarme, quel désordre, ou quelle raillerie Des prisons de Lyon fait voire hôtellerie?
nORAME.
Tu le sauras tantôt. Mais qui l'amèue ici?
CLITON
Les soins de vous chercher.
DORANTE
Tu prends trop de «ouei; Kt bien (ju'après deux ans ton devoir s'en avise, Ta rencontre me plaît, j'en aime la surprise; Ce devoir, quoique lard, enliu s'est éveillé.
CLITON
Lt qui savoil, monsieur, où vous étiez allé?
Vous ne nous témoigniez qu'ardeur et qu'allégresM,
Qu'imp.ilieiits désirs de posséder Lucrèce;
L'argent éloil louché, les accords publiés^
Le feslin commaudé, les parents conviés,
Les violons choisis, ainsi que la journée :
Rien ne sembloit plus sûr qu'un si proche hyménéej
El parmi ces apprêts, la nuit d'auparavant
Vous sùlcs faire'gille ♦, et fendîtes le veut.
Comme il ne fut jamais d'éclipsé plus obscur*, Chacun sur ce départ forma sa conjecture; Tous s'entre-regardoienl, étonnés, ébahis : L'un disoil, « 'I est jeune, il veut voir le pays; » L'autie, « Il s'est allé batlie, il a quelque querelle; t L'aulre d'une autre idée eiubrouilloit sa cervelle; Et tfl ^ous soup(;onnoil de quelque guérison l)'un mal |in\ilégié dout je tairai le nom. Pour moi, j'écoulois tout, et mis dans mon caprice Qu'on ne de\iiiuit l'ien que par \otre arlilîce. Ainsi ce (jui chez eux preuoit plus de crédit ll'étoit aussi susprct (|ue si vous leussie/ dit; Et, tout simple el duucel, sans chercher de Huesse, Âlleudanl le boiteux*, je consolois Lucrèce.
■ QiuD'l qurliju'uo s'est ilérobé et enfui secreteœeut , od dit qu'il a hM fille, |>arce que saiDt Gilles, priiiee du Languedoc, s'eufuil secrotemenl de pew d'être f^it roi. |BelliDti>'D, tli^molo'jiê det prucerbes françoit. I6b6.}
* ABCieooe lavo» <l*^ p^trler qui sigailie 1$ ump$, (>arce que le» anciesi l(«-
DOUANTE.
Je l'aimois, je te jure; cl, pour la posséder,
Mon amour mille fois voulut tout hasarder :
Mais quand j'eus bien pensé que j'allois à mon àg9
Au sortir de Poitiers entrer au maringe,
Que j'eus considéré ces diaînes de plus près,
Son visage à ce prix n'eut plus pour moi d'attraits «
L'horreur d'un tel lien m'en fit de la maîtresse;
Je crus qu'il falloit mieux employer ma jeunesse,
Et que, quelques appas qui pussent me ravir,
C'étoit mal en user que sitôt m'asservir.
Je combats toutefois : mais le temps qui s'avaoce
Me fait précipiter en cette extravagance;
El la tentation de tant d'argent touché
M'achève de pousser où j'élois trop penché.
Que l'argent est commode à faire une folie!
L'argent me fait résoudre à courir l'Italie :
Je pars de nuit en poste, et d'un soin diligent
Je quitte la maîtresse, et j'emporte l'argent.
Mais, dis-moi, que fit-elle? et que dit lors sou père? Le mien, ou je me trompe, étoit fort en colère ?
CLITON
D'abord de paît et d'autre on vous attend sans bruit;
Un jour se passe, deux, trois, quatre, cinq, six, huit;
Enfin, n'espérant plus, on éclate, ou foudroie :
Lucrèce par dépit témoigne de la joie.
Chante, danse, discourt, rit; mais, sur mon honneur,
Elle cnrageoit, monsieur, dans l'âme, et de bon cœur.
Ce grand bruit s'accommode, et, pour plâtrer l'affaire,
La pauvre délaissée épouse votre père.
Et, rongeant dans son cœur son déplaisir secret,
D'un visage content prend le change à regret.
L'éclat d'un tel affront l'ayant trop décriée.
Il n'est à son avis que d'être mariée ;
Et comme en un naufrage on se prend où l'on peut,
En fille obéissante elle veut ce qu'on veut.
Voilà donc le bonhomme enfin à sa seconde,
C'est-à-dire qu'il prend la poste à l'autre monde:
raient le temps sous l'emblème d'un vieillard boiteux qui avait àet ailei, pcxa brre voii qae le ùial arrive trop vitt, et le biea toop lentement. |Toltair«u}