‹ uvres des deux CorneilleChapitre 328 sur 433 · ACTE I, SCENE I. m · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I. m

Ou peu moîas de deui mois le nid dans le ceroueil.

DOBANTE.

J'ai su sa mort à Rome, où j'en ai pris le deuil,

CLITON

File a laissé chez vous un diable de ménafje : Ville prise d'assaut nVst pas mieux au pillage; La veuve et les cousins, chacun y fait pour soi, Cotiinip fait un traitant pour les deniers du roi; Où qu'ils jellcnl la main ils font rafles entières; Ils ne pardonnent pas même au plomb des gouttières; Et ce sera beaucoup si vous trouvez chez vous, Quand vous y rentrerez, deux gonds et quatre clous. J'appnnils qu'on vous a vu cependant à Florence. Pour >ous donner avis je pars eu diligence; El je suis étonné qu'en entrant dans Lyon Je vois courir du peuple avec émotion; Je veux >oir ce que c'est; et je vois, ce me semble, Pousser dans la prison quelqu'un qui vous ressemble ; On m'y permet l'entrée; et, vous trouvant ici, Je trouve en même temps mon voyage accourci. Voilà mon aventure; apprenez-moi la vôtre.

DORANTE

La mienne est bien étrange, on me prend pour un autrft

CUTON.

J'eusse osé le gager. Est-ce meurtre, ou laiciu?

DOUANTE.

Suis-je fait en voleur, ou bien en assassin? Traître, en ai-je l'habit, ou la mine, ou la taille?

CLrros.

Connoît-on à l'Iinhil anjourd'iiui la caiKu!!i.'? El u'est-i! point, monsieur, à Paris «le liions Et de taille ut du mine aussi bonnes que \ous?

DOr.ANTE.

Tu dis vrai, mais écoule. A[irès une querelle

Qu'à Florence un jaloux me fil pour (|uel(iue belle,

J'eus a^is (\\w mu \ie y conroil du diuiger :

Ainsi donc sans Irompelte il fallut déloger.

Je pars seul et de nuit, el prends ma route en France,

Où, silùl que je suis en -pays d'assurance,

Comme d'a\oir couru je me sens un peu las,

Tabandcune la Dosle, el vieu« au petit pus.

178 LA SUITE DU iMENTKUIl.

Approchant de Lyon je vois dans la campagne...,

CLI'IOIN, bas.

N'anions-nous point ici de guerres d'Allemagne^?

DORANTE

Que dis-lu?

CLITON

Rien, monsieur, je gronde entre mes deots Du malheur qui suivra ces rares incidents ; J'en ai l'âme déjà toute préoccupée.

DORANTE

Doue à deux cavaliers je vois tirer l'épée ; Et, pour en empêcher l'événement fatal, Je cours la mienne au poing, et descends de cheval. L'un et l'autre, voyant à quoi je me prépare. Se hâtent d'achever avant qu'on les sépare. Pressent sans perdre temps, si bien qu'à mon abord D'un coup que l'un allonge il blesse l'autre à mort. Je me jette au blessé, je l'embrasse, et j'essaie Pour arrêter son sang de lui bander sa plaie; L'autre, sans perdre temps eu cet événement, Saute sur mon cheval, le presse vivement, Disparoîl, et, mettant à couvert le coupable. Me laisse auprès du mort faire le charitable.

Ce fut en cet état, les doigts de sang souillés. Qu'au bruit de ce duel trois sergents éveillés, Tout gonflés de l'espoir d'une bonne lippée, Me découvrirent seul, et la main à l'épée. Lors, suivant du métier le serment solennel, Mon argent fut pour eux le premier criminel ; El, s'en étant saisis aux premières approches, Ces messieurs pour prison lui donnèrent leurs poches; Et moi, non sans couleur, encor qu'injustement, Je fus conduit par eux en cet app^îrtement. Qui te fait ainsi rire? et qu'est-ce que tu penses/

CLITON

Je trouve ici, monsieur, beaucoup de circonstanceo : Vous en avez sans doute un trésor infini; Votie hymen de Poitiers n'en fut pas mieux fourni; Et le cheval surtout vaut en cette rencontre

■ Toir It Menteur, act. I, se. Ul.

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