LT8E
Pour lui faire en discours montrer son éloquence
' Àaloine dit i Céiar dan* la trageihe de Pomv4» :
Xt li j'ëloii Cëtar, je la Toodroit aimer.
■ Boileau a dit dana n X* «atire, en te soaTenant TraisemblabieaMtl de et raitafc :
Grlce au droit reçu rhei let Pan^ieni,
Gent de douce bature et maris l>ous chrétiens. Daoi >ei prëtculioni aae femme eit laut liuro
492 LA SUITE DU MEiNTEUR.
Il lui faudi'oil des gens de plus do conséquence; C'est à vous d'éprouver ce que vous deniaadei.
MÉLISSE
El que croit-il de moi ?
LTSE.
Ce que vous lui mandes i Que vous l'avez lanlôt vu par votre fenêtre, Que vous l'aimez déjà.
MÉLISSE
Cela pourroit bien être.
LTSE.
Sans ravoir jamais vu ?
MÉLISSE
J'écris bien sans le voir.
LTSE.
Mais vous suivez d'un frère un absolu pouvoir, Qui, vous ayant conté par quel bonheur étrange Il s'est mis à couvert de la mort de Florange, Se sert de cette feinte, en cachant votre nom. Pour lui donner secours dedans cette prison. L'y voyant en sa place, il fait ce qu'il doit faire
MÉLISSE
Je n'écrivois tantôt qu'à dessein de lui plaire. Mais, Lyse, maintenant j'ai pitié de l'ennui D'un homme si bien fait qui soulfre pour autrui; Et, par quelques motifs que je vienne d'écrire, 11 est de mon honneur de ne m'en pas dédire. La lettre est de ma main, elle parle d'amour : S'il ne sait qui je sais, il peut l'apprendre un jour. Un tel gage m'oblige à lui tenir parole : Ce qu'on met par écrit passe une amour frivole. Puisqu'il a du mérite, on ne m'en peut blâmer; Et je lui dois mon cœur, s'il daigne l'estimer. Je m'en forme en idée une image si rare, Qu'elle pourroit gagner l'âme la plus barbare; L'amour en est le peintre, et ton rapport llalteur Eu fournit les couleurs à ce doux enchanteur.
LYSE
Tout comme vous l'aimez vous verrez qu'il vous aiinc Si vous vous engagez, il s'engage de même, Et se forme de vous un tableau si parfait,
ACTK 11, SCKNK I. 49S
Que cVsl lettre pour h'ttrp, ot portrnit pour portrait. Il faut qiip votre amour piaisainineiil s'entretieune: Il sera votre idée, et vous serez la sienne. L'aliiaiKO est uiignanle; et celle nouveauté, Surtout liaiis uue lettre, aura grande beauté. Quand vous y souscrirez pour Dorante ou Mélisse. • Votre très hiiiuhle idée à vous rendre servicç. ■
Vous vous moquez, madame; et, loin d'y consentir. Vous n'eu pai lez auisi que pour vous divertir.
MÉLISSE
Je ne me moque point.
LTSE.
El que fera, madame.
Cet autre cavalier dont vous possédez l'âme, Votre amaul?
MÉLISSE
Qui?
LTSE.
Philisle.
Ah ! ne présume pas Que son cœur soit sensible au peu que j'ai d'appas; Il fait mine d'aimer, mais sa galanterie N'est qu'un amusement, et qu'une raillerie.
LISE
II est riche, et parent des premiers de Lyon
MÉLISSE
Et c'est ce qui le porte à plus d'ambition.
S'il me voit quelquefois, c'est comme par surprise;
Dans ses civilités on diroil qu'il méprise,
Qu'un seul mol de sa bouche est uu rare bonheur.
Et qu'un de ses regards est un excès d'honneur.
L'amour môme d'un roi me seroit importune.
S'il falloit la tenir à si haute fortune.
La sit nue est un trésor qu'il fait bien d'épargner ;
L'avantage esl inq) grand, j'y pourrois trop gagner.
Il n'entre point ehez nous; et, quand il me rencontre,
Il semble qu'avec peine à mes yeux il se montre,
Ll prend l'occasion avec une froideur
Qui craint en me parlant d'abaisser sa grandeur.
494 LA SUITE DU MiïNTEUW,
LYSK.
Peut-être il est tiinido, cl n'ose davantage.
MÉr.ISSE.
S'il craint, c'est que l'aniour trop avant ne rengagt, U voit souvent mon frère, et ne parle de lien.
LYSE
Mais vous le recevez, ce me semble, assez bien.
MÉLISSE
Comme je ne suis pas en amour des plus fines, Faute d'autre j'en souffre, et je lui rends ses minet; Mais je commence à voir que de tels cajoleurs Ne font qu'effaroucher les partis les meilleurs, Et ne dois plus souffrir qu'avec cette grimace D'un véritable amant il occupe la place.
LYSE
Je l'ai vu pour vous voir faire beaucoup de tour».
MÉLISSE
Qui l'empêche d'entrer, et me voir tous les jours? Cette façon d'agir est-elle plus polie ? Croit-il...?
LTSE.
Les amoureux ont chacun leur folie :
La sienne est de vous voir avec tant de respect, Qu'il passe pour superbe, et vous devient suspect; Et la vôtre, un dégoût de cette retenue, Qui vous fait mépriser la personne connue, Pour donner votre estime, et chercher avec soin L'amour d'un inconnu, parce qu'il est de loin.