‹ uvres des deux CorneilleChapitre 354 sur 433 · SCÈNE II. — DORANTE, CLITOPI · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — DORANTE, CLITOPI

DORANTE

Ce brusque adieu marque un trouble dans l'âme. Sans doute il la connoil.

CLITON

C'est peul-clro sa femme.

DORANTE

Sa femnr.e?

CLITON

Oui, c'est sans doute elle qui vous écrit; Et TOUS Tenez de faire un coup de i;rand esprit. Voilà de vos secrets, et do vos confidences.

DORANTE

Nomme-les par leur amn, dis do mos imprudence». Mais seroit-ce en effet celle que lu me dis?

CUTON.

En>oyez vos portraits a de tels étourdis,

Us gardent un secret a\ec extrême adresse.

C'est sa femme, vous dis-je, ou du moins sa maltreSM

Ne l'aTCZ-vous pas vu tout chanjjé de couleur?

DORANTE

Je l'ai vu, comme atteint d'une vive douleur, Faire de vains efforts pour cacher sa surprise. Son désordre, Clilou, montre ce qu'il déguise. U a pris un prétexte à sortir prompltmeut, Sans se donner loisi." d'un mot de compliment*

CLITON

Qu'il fera dangereux rencontrer sa colite !

U va tout renverser si l'on le laisse faire,

Kt je vous tiens pour mort si sa fureur se croit :

llai> surtout ses valet» peuvent bien uiarchcr dro

Malheureux le premier qui fâchera son niaitre!

' 'jur autres ceot louis ,c ne voudroU pas l'être.

SiO LA SUITE DU MKNTHUR.

DORANTE

La chose est sans remède ; en soit ce qui pourra :

S'il fait tant le mauvais, pctil-êlre on le verra.

Ce n'est pns qu'après tout, Cliton, si c'est sa femilM^

Je ne saclie clouffrr cette naissante flamme;

Ce seroit lui prêter un fort mauvais secours

Que lui ravir I honneur en conservant ses jours;

D'une belle aelloii j'en ferois une noire.

J'en ai fait mon ami, je prends part à sa gloire;

Et je ne voudrois pas qu'on pûl me reprocher

De servir un brave homme au prix d'un bien si chet*

CLITON

Et s'il est son amant?

DORANTE

Puisqu'elle me préfère, Ce que j'ai fait pour lui vaut bien qu'il me détèni Sinon, il a du cœur, il en sait bien les lois, Et je suis résolu de défendre son choix : Tandis, pour un moment trêve de raillerie^ • Je veux entretenir un peu ma rêverie.

(Il prend le portrait de Me'lilte.)

Merveille qui m'as enchanté,

Portrait à qui je rends les armes.

As-tu bien autant de bonté

Comme tu me fais voir de charmeoT

Hélas I au lieu de l'espérer,

Je ne fais que me figurer

Que lu te plains à cette belle,

Que tu lui dis mon procédé.

Et que je te fus infidèle

Sitôt que je t'eus possédé.

Garde mieux le secret que moi,

Daigne en ma faveur te contraindra f

Si j'ai pu le manquer de foi,

C'est m'imiter que de t'en plaindre.

Ta colère en me punissant

Te fait criminel d'innocent.

Sur toi retombent les vengeances...

ACTi: m, se KM-: ii. su

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