SCÈNE II. — DORANTE, CLITOPI
DORANTE
Ce brusque adieu marque un trouble dans l'âme. Sans doute il la connoil.
CLITON
C'est peul-clro sa femme.
DORANTE
Sa femnr.e?
CLITON
Oui, c'est sans doute elle qui vous écrit; Et TOUS Tenez de faire un coup de i;rand esprit. Voilà de vos secrets, et do vos confidences.
DORANTE
Nomme-les par leur amn, dis do mos imprudence». Mais seroit-ce en effet celle que lu me dis?
CUTON.
En>oyez vos portraits a de tels étourdis,
Us gardent un secret a\ec extrême adresse.
C'est sa femme, vous dis-je, ou du moins sa maltreSM
Ne l'aTCZ-vous pas vu tout chanjjé de couleur?
DORANTE
Je l'ai vu, comme atteint d'une vive douleur, Faire de vains efforts pour cacher sa surprise. Son désordre, Clilou, montre ce qu'il déguise. U a pris un prétexte à sortir prompltmeut, Sans se donner loisi." d'un mot de compliment*
CLITON
Qu'il fera dangereux rencontrer sa colite !
U va tout renverser si l'on le laisse faire,
Kt je vous tiens pour mort si sa fureur se croit :
llai> surtout ses valet» peuvent bien uiarchcr dro
Malheureux le premier qui fâchera son niaitre!
' 'jur autres ceot louis ,c ne voudroU pas l'être.
SiO LA SUITE DU MKNTHUR.
DORANTE
La chose est sans remède ; en soit ce qui pourra :
S'il fait tant le mauvais, pctil-êlre on le verra.
Ce n'est pns qu'après tout, Cliton, si c'est sa femilM^
Je ne saclie clouffrr cette naissante flamme;
Ce seroit lui prêter un fort mauvais secours
Que lui ravir I honneur en conservant ses jours;
D'une belle aelloii j'en ferois une noire.
J'en ai fait mon ami, je prends part à sa gloire;
Et je ne voudrois pas qu'on pûl me reprocher
De servir un brave homme au prix d'un bien si chet*
CLITON
Et s'il est son amant?
DORANTE
Puisqu'elle me préfère, Ce que j'ai fait pour lui vaut bien qu'il me détèni Sinon, il a du cœur, il en sait bien les lois, Et je suis résolu de défendre son choix : Tandis, pour un moment trêve de raillerie^ • Je veux entretenir un peu ma rêverie.
(Il prend le portrait de Me'lilte.)
Merveille qui m'as enchanté,
Portrait à qui je rends les armes.
As-tu bien autant de bonté
Comme tu me fais voir de charmeoT
Hélas I au lieu de l'espérer,
Je ne fais que me figurer
Que lu te plains à cette belle,
Que tu lui dis mon procédé.
Et que je te fus infidèle
Sitôt que je t'eus possédé.
Garde mieux le secret que moi,
Daigne en ma faveur te contraindra f
Si j'ai pu le manquer de foi,
C'est m'imiter que de t'en plaindre.
Ta colère en me punissant
Te fait criminel d'innocent.
Sur toi retombent les vengeances...
ACTi: m, se KM-: ii. su