‹ uvres des deux CorneilleChapitre 384 sur 433 · B52 NOTICE SUR RODOGUNE · texte numérisé non relu

B52 NOTICE SUR RODOGUNE

toujours scrupuleux dans cps sortes de questions, et penser, comme il le dit, qu'il a puisé directement ses bispirations dans l'historien dont il cite un fragment.

Quelques mois avant la représentation de Rodorinne, un poète fort médiocre, nommé Gilbert, qui rcmpliss;iit les fonctions de résident de la rcme de Suède, fit jouer nin; tr.igcdie sous le même titre. 0'ioiq>'e l'auteur se fût placé sous le patronage de personnes illustres, cette pièce n'eut aucun succès, et la seule chose qui l'ait sauvée de l'oubli, c'est qu'elle orfrait dans lea quatre premiers actes une incontestable ressemblance avec la pièce de Corneille. Pour répondre aux reprocbes de plagiat que l'on pouvait à cette occasion adresser à son oncle , Fontenelle raconte que ce dernier fut victime d'un abus de conliancc, et que l'une des personnes auxquelles il avait lu Uodogunc, encore Inédite, en communiqua le plan à Gilbert. « Mais, dit M. Taschereau, comme ces renseignements fiirtifs claient incomplets, le plagiaire ' confondit Rodogune avec Cléopâtre, et mit sur le compte de la première tout ce que Corneille faisait dire et faire à l'autre. »

Voltaire, dans la préface de Rodogune, révoque en doute le plagiat, et ne veut pas y croire, « parce que rarement, dit-il, » un homme revêtu d'un emploi public se déshonore et se rend » ridicule pour si peu de chose. » L'argument de Voltaire nous parait très-peu convaincant.

Nous sommes complètement de l'avis de M. Taschereau, el si Corneille n'a point parlé de ce plagiat, ce fut sans doute par ménagement pour le caractère politique dont Gilbert était revêtu. La comparaison d'ailleurs ne pouva'it que tourner à sa gloire, car entre ses vers et ceux de Gilbert il y avait la même différence « qu'entre le pinceau de Michel-Ange et la brosse des barbouilleurs '. »

Il existe de Rodogune une édition très-recherchée des curieux. Cette édition in-4o a été faite à Versailles., dans les apparte- ■lents et sous les yeux de madame de Pompadour. Elle a paru « 1760, arec des dessins de Boucher

* Vltllure, pr^Cace de Rodogune.

A MONSEIGNEUR LE riUiNCE.

MOSSEIGTECB,

RcfoguTK se présente à Voire Altesse avec quelque sorte iIa confiance, et ne peut croire qu'après avoir fuit s;i bomie fortune TOUS (iédai^niei de la prcmlre en votre protection. Elle a tnip de connoissance de votre bonté pour craindre qnc vo'isveuilliez laisser Totre ouvrage imparfait, et lui dénier la contiiuiation des grâces dont vous lui axez été si prodige. C'est a votre illustre siillraprc qti'elle est oblis^ée de tout ce qu'elle a reçu d'applaudissement ; et les favorables repards dont il vous plut fortilier la foiblisse de sa naissance lui donnèrent tant d'éclat et de vigueur, ipi il sembloit que vous eussiez pris plaisir à répandre sur clic ini rayon de cette gloire qui vous environne, et à lui faire part de cette fac ilité de vaincre qui vous suit partout. Après cela. Mo>SEir.NKrn, i;ucls hommages peut-elle rendre à Votre Altesse qui ne soient audessous de ce qu'elle lui doit? Si elle tâche à lui témoigner quelque reconnoissanre par l'admiration de ses vertus, où trouvcrat-ellc des éloges dignes de cette main qui fait trembler tous nog ennemis, et dont les coups d'essai furent signales par la défaite des premiers capitaines de 1 Europe? Votre Altesse sut vaincre avant qu ils se pussiMil imaginer qu'elle sût combattre; et ce grand courage, qui n'avoit encore vu la guerre que daris les li- Tres, effaça tout ce qu'il y avoit lu des Alexandre et des César Ktôt qu'il parut à la tète d'une armée. La générale consternatioa où la perte de notre grand monarque nous a\oit plonués. rufloU l'orçueil de nos adversaires en un tel piint, qu'ils osoicnt se persuader que du siège de Hocroi dépendoit la prise de Paris ; et l'avidité de leur ambition dévoroit déjà le rrcur d'un royaume dont ils pensoient avoir surpris les frontières. Cependant les premiers miracles de votre valeur renversèrent si pleinement toutes leurs espérances, qiie ceun-IJ même qui s'éloient promis tant de conquêtes sur nous, virent nniiiuer la campagne de cette même tnn^ par celles que vous fites sur eux. Ce fut par 1 1, .Mo>sei- 6:<Ei-R, que voiis connncnçàles ces grandes victoires que voui avei toujours si bien choisies qu elles ont bonoré deux régnej tout à la fois, onnne si c'eût été trop peu pour Votre Altesse d'étendre les bnr.ics i!e I Ktai sous celui-ci, si elle n'eiil en même temps eiïacé quelques-uns des malheurs qui s'étoient mêlés tui

longues prospérités de l'autro. Tliionvillp, Philisbourg et Norlln gliou ctoicnt (les lieux funestes pour la France : elle n'en pouvoit entendre les noms sans s^émir; elle ne poiisoit y porter sa pensée sans soupirer; et ces mêmes lieux, dont le sonxcnir lui arrachoit des soupirs et des gémissements, sont (le\enns les éclatantes marques de sa nouvelle félicité, les dignes occasions de ses feux de joie, et les glorieux sujets des actions de grAces (|u elle a rendues au ciel pour les triomphes que votre courage in\uicilile en a obtenus. Dispensez-moi, Monseigneur, de von- parler de Dunkerque : j'épuise toutes les forces de mon imagination, et je ne conçois rien qui réponde à la dignité de ce gr.ind oii\rage, qui nous vienl d'assurer l'Océan par la prise de cette fameuse retraite de corsaires. Tous nos liàvrcs en étoient conuno assiégés; il n'en pouvoit échapper un vaisseau qu'à la merci de leurs brigandages; et nous en avons vu souvent de pilles à la vue des mêmes ports dont ils venoient de faire voile : et maintenant, par la conquête d'une seule ville, je vois, d'un côté, nos mers libres, nos côte» afTrancbies, notre commerce rétabli, la racine de nos maux publics coupée; d'autre côté, la Flandre ouverte, 1 embouchure de ses rivières captive, la porte de son secours lerntée, la source de son abondance en notre pouvoir; et ce que je ^ois n'est rien encore au prix de ce que je prévois sitôt que Votre Altesse y reportera la terreur de ses armes. Dispensez-moi donc. Monseignecb, de profaner des effets si merveilleux et des attentes si hautes, par la bassesse de mes idées et par l'impuissance de mes expreshons; et trouvez bon que, demeurant dans un respectueux silence, je n'ajoute rien ici qu'une protestation trèa inviolable d'êtrt toute ma vie,

iionseignecb,

Db Yot&i; Altesse,

Le trè( humble, très obéi»«Qt •t tre* pariionné servit«v,

p. COBNBIIXSo

PHÉFACE f)E COnXFlLLE.

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