‹ uvres des deux CorneilleChapitre 385 sur 433 · APPIAN ALEXANDRIN · texte numérisé non relu

APPIAN ALEXANDRIN

AD LITRE DES GUERRES DE SYRIE; SLR LA l-'IU.

c Démétritis, surnommé Nicanor, roi de Syrie, entreprit U

• guerre contre les Partlies, et, étant devenu leur prisonnier,

• vécut dans la lour de leur roi l'hraales, dont il épousa la sœur, » nommée Rodo-rune. Cependant Diodotus, donuslitpie des rois » précédents, s'empara du trône de Sy'c, et y lit asseoir un

> Alexandre encore enfant, lils d'Alexandre le bâtard, et d'une

• fdle de Plolémée Ayant pouverné quelque temps comme son » tuteur, il se défit de ce malheureux pupille, et eut l'insolence » de prendre lui-même la couronne sous nn nouveau nom de » Tryphon qu'il se donna. Mais Antiocluis, frère du roi prison-

> nier, a.yant appris à Rhodes sa captivité et les trouhles qui i> i'avoienl suivie, revint dans le pays, où, ayant défait Tryphon » avec beaucoup de peine, il le fit mourir : de là, il porla ses » armes contre Phraates, lui redemandant son frère ; et, vaincu

> dans une bataille, il se tua lui-même. Démétrius, retourné en » son royaume, fut tué par sa femme Cléopitre, qui lui dressa B des embûches en haine de cette secon<le femme Rodofrune qu'il a avoit épousée, dont elle avoit conçu une telle indignation, que,

> pour s'en venzor, elle avoit épousé ce même Antiorhus, frère

• de son mari. Elle avoit eu deux lils de Démétrius, l'un nommé » Séleucus, et l'autre Antiochus, dont elle tua le premier d'un » coup de flèche sitôt qu'il eut pris le dia<lème après la mort de

• son père, soit qu'elle craignit qu'il ne la voulût venger, soit

• que limpiluosité de la même fureur la portât à ce nouveaa

• parrici'le. Antiochus lui succéda, qui contraiLrnil cette mauvaiss

• merc de boire le p'dson qu'elle lui aroit préparé. C'est ainil

• qu'elle fut enlin punie. »

Voilà ce que m'a prêté l'histoire, où j'ai changé les circODttances de queli|ues incidents, pour leur donner plu.> de bienséance. Jf me suis servi du nom de Nifnnor phiiot (|ue de celai de Démétrius, à cau^e que le vers soulfroit plus aisément l'un que l'nulre. J'ai supposé qu'il n'ivoit pas encore épou.sé Rodo> inne, afin que ses deux lils pitssent avoir de l'amour pour elle.

5o6 PHÉFACE DI-] CORNICILLE,

sans clioqiicr les spectateurs, qui eussent trouvé étrange cette passion pour la veuve de leur père, si j'eusse suivi l'histoire. L'ordre cle leur naissanre incertain. Uodoguue prisoiuiière, quoiqu'elle ne vînt jamais en Syrie; labaine de Clcnpàtre uour elle, la proposition sanglante qu'elle fait à ses fils, celle que celte princesse est obligée de leur faire pour se garantir, l'iuclination qu'elle a pour Antiochus, et la jalouse fureur de cette mère qui »e résout plutôt à perdre ses fils qu'à se voir sujette de s,i rivale, ne sont que des embellissements de linveution, et des aciieniinements vraisemblables à relTct dénaturé que me préscnloit l'histoire, et que les lois du poème ne me permeltoicnt pas de changer. Je l'ai mémo adouci tant que j'ai pu en Antiochus, que j'avois fait trop honnête homme dans le reste de l'ouvrage, pour forcer à la lin sa mère à s'empoisonner elle^mêuie.

On s'étonnera peut-être de ce que j'ai donné à cette tragédie le nom de Hodogune, i»l''tôt que celui de Clêoyàtre, sur qui tombe toute l'action tragique, et même on pourra douter si la liberté de la poésie peut s'étendre jusqu'à feindre un sujet entier sous des noms véritables, comme j'ai fait ici, où, depuis la narration du premier acte, qui sert de fondement au reste, jus(iu'aux ellcts, qui paroissent dans le cinquième, .il n'y a rien que l'Iiisloire avoue.

Pour le premier je confesse ingénument que ce poëme de- VkMl plutôt porter le nom de CKopàtre que de Rodogunc : mais ce qui m'a fait en user ainsi a été la peur que j'ai eue qu'à ce nom le peuple ue se laissât préoccuper des idées de cette fameuse et dernière rewie d'Egypte , et ne confondît cette reine île Syrie avec elle, s'il l'entendoit prononcer. C'est pour cette même raison que j'ai évité de le mêler dans mes vers, n'ayant jamais fait parler de cette seconde Médée que sous celui de la reine; et je me suis enhardi à cette licence d'autant plus librement, que j'ai remarqué parmi nos anciens maîtres qu'ils se sont fort peu mis en peine de donner à leurs jjoëmes le nom des liéros qu'ils y faisoient paroître, et leur ont souvent lait porter celui des chœurs, qui ont encore bien moins de pari dans 1 actinn i|ue les personnages épiscdiques comme Rodogune ; témoin ks Trachinienncs de Sopîi'ocle, que nous n'aurions janic'is voulu nommer autrement que la Mort d'Hercule.

Pour le second point, je le tiens un peu plus difficile à résoudre, et n'en voudrois pas donner mon opinion pour bonne : j'ai cru que, pourvu que nous conservassions les eflels de Iliistoirc, toutes les circonstances, ou, comme je viens de les nommer, les acheminements, étoient en notre pouvoir ; au moins je ne pen^e point avoir vu de règle qui restreigne cette liberté que j'ai prise. Je m'en suis assez bien trouvé en cette tragédie; mai» comme je l'ai foursée encore plus loin dans Hlca/lms, que je

préfacî: di: counkille. st

nens dp incUrc sur le IhéMrc, ce sera on le (lonn.iiil au l'iiMic que je l.ielicrai de la jiiNliliiT, si je vois que les Sivanl« s'en "Ht-n- »ent, ou que le pi^nple eu uiuniuire. Cependant ceux (ini eu auront quelque scnipn'e mohli^'eronl de considérer les deux Klectn de Snplioelc et d'Euripide, qui, conservant le même ellVl, y par- Tietnieut i.ftr des voies si dilTérentes. qu'il faut nécessairement conclure que l'une des deux est tout-à-fait de I invention de son auteur. Ils pourront encore jeter l'œil sur Vliihiginie m Tauris, que notre Aristote nous donne pour exemple rl'une parfaite tragédie, et qui a bien la mine d'être toute de même nalun', vu qu'elle n'est fondée que sur cette feinte que Diane enleva Iphipénie du sacrifice dans une nuée, et supposa une biche en sa place. Enfin, ils pourront prendre garde à l'Hélène d'Euripide, où la i)rinci|).ile aciion et les é|)i?odes, le nœud et le dénoûment sont entièrement inventés sous des noms véritables.

Au reste, si quelqu'un a la curiosité de voir cette histoire plus au lonif, qu'il prenne la peine de lire Justin, qui la commence au Irr nlc-sLxième livre, et, l'ayant quittée, la reprend sur la fin du trente-buitième, et l'achève au trente-neuvième. Il la rapporte DU \KU autrcmeirt, et ne dit pas que Cléopâtre tua son mari, mais qu'elle l'abandonna, et qu'il fut tué par le comm indement d'un des capitaines d'un Alexandre qu'il lui oppose. Il varie aussi beaucoup sur ce qui regarde Tryph on et son pupille, qu'il nomme Antiaclius, et ne s'accorde avec Appian que sur ce qui se passa entre la mère et les deux fils.

Le premier livre des Macliabées, anx chapitres 11, 13, 14 et 15, parle de ces guerres de Tryphon, et de la prison de Démétrius chez les Partbes ; mais il nomme ce pupille Antiochus ainsi que Justin, et attribue la défaite de Tryphon à Antiochus, (ils de Démétrius, et non pas à son frère, comme fait Appian, que j'ai ■ui>i, et ne dit rien du reste.

Josèpbe, au treizième livre des Antiquités judaïques, nonuno encore ce pupille de Tryphon Antiochus, fait marier Cléopâtre à Antiochus, Ircre de Démétrius, durant la captivité de ce premier mari chez les l'arlbes, lui attribue la derailc et la mort île Tryphon, s'accorde avec Justin touchant la mort de Démétrius ahandouue, et non pas tué par sa femme, et ne parle point de ce qH'Appiau et lui rai^purteut d'elle et de ses deux lils, dont j'ai fait celle ti'agcuie.

PERSONNAGES

CLÉOPATRE, reiDe de Syrie, veuve de Démétriu» Micaaob

fNTIOCHu's, ) fil»deDémé.n»seldeCle„p*u*

ROUOGUNE, gœur de Phraales, roi des Partbes.

TIMAGÈNE, gouverneur des deux priocei.

OBONTE, ambassadeur de Phraales.

LAONICE, sœur de Timagéne, confidente de CKopâtrc.

Lt scène est à Séleucie, dans le palais rojal.

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