‹ uvres des deux CorneilleChapitre 389 sur 433 · SCÈNE V. — SÉLEUCUS, ANTIOCHL'3, TIMAGÈNE, LAOMCK · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — SÉLEUCUS, ANTIOCHL'3, TIMAGÈNE, LAOMCK

SLLEICLS.

Vous pai«-j« <o confiance expliquer ma pensée?

AKTIOCIItS.

Parlez; notre amitié par ce doute est blessée

562 UODOGUNE.

SF'Lrcci;8.

Hélas! c'est le malheur que je crains aiijourd'hoL L'égalUé, mon frère, en est le ferme appui; C'en est le fomlement, la liaison, le ga[;c ; Et, voyant d'un côté tomber tout raxanfaç^e, Avec juste raison je crains qu'entre nous deu» L'égalité rompue en rompe les doux ntwiids, El que ce jour fatal à l'heur de notre vie Jette sur l'un de nous trop do ijonte ou d'envie.

ANTiocnus.

Comme nous n'avons eu jamais (pi'un sentiment, Celte peur me louchoil, mon frère, é{;alrmeiit; Mais, si vous le voulez, j'en sais bien le remède.

Sl'XEl Cl'S.

Si je le veux! bien plus, je l'apporte, et vous cède Tout ce que la couronne a de charmant eu soi. Oui, seif^neur, car je parle à présent à mou roi. Pour le trône cédé, cédez-moi Rodojjune, Et je n'en\îrai point votre haute fortune. Ainsi noire deslin n'aura rien de honteux, Ainsi notre bonheur n'aura rien de douteux; tlt nous mépriserons ce foible choit d'aînesse, Vous, satisfait du trône, et moi, de la princesse.

ANTIOCHUS

Hélas I

SÉLEUCCS.

Recevez-vous l'offre avec déplaisir?

ANTIOCHUS

Pouvez-vous nommer offre une ardeur de choisir, Qui, de la même main qui me cède un eujpire. M'arrache un bien plus grand, et le seul où j'aspire?

SÉLEUCUS

Rodogune ?

ANTIOCHUS

Elle-même; ils en sont les témoini.

SLLEDCUS.

Quoi! l'estimez-vous tant?

ANTIOCHUS

Quoi ! l'eslimez-vous mollit?

SÉLEUCUS

Elle vaut bien un trône, il faut que je le die.

ACTK I, SCÈNE V. 563

AîtTIOCUlS.

Elle vaiil h mes ytu\ loiil ce qu'ru a l'Asie.

si;i,i;ncis.

Vous l'aimez donr, mon fn-re?

ANTHX.IIOS.

Lt vous l'aimez aussi} C'est là tout mon maliiour, c'est là tout mou souci J'espérois que Iwli»! ilout le trdae se pare Touchoroil \os ilesirs plus qu'un objet si rare; Mais aussi-bieu qu'à moi son pris vous est cooau, Et dans ce juste clmix vous m'avez provenu. Ah! déplorable prince!

SÉLECCDS.

Ahl destin trop contraire!

ANTIOCIIliS.

Que ne ferois-je point contre un autre qu'un frère.

SÉLECCIS.

0 mon cher frère! ô nom pour un rival trop doui Que ne ferois-je point contre un autre que vousl

ANTIOCIIDS.

Où nous vas-tu réduire, amitié fraternelle I

SÉLELCCS.

Amour, qui doit ici vaincre de vous ou d'elle!

▲NTIOCUDS.

L'amour, l'amour doit vaincre*, et la triste amitié

Ne doit être à tous deux qu'un objet de pitié.

Un grand cœur cède uu trône, et le cède a\ec gloire;

Cet effort de verlu couronne sa mémoire :

Mais lorsqu'un digue oljot a pu nous enflammer,

Qui le cède est uu lâche, et ne snit pas aimer*.

' P' ur j gi-r li'< diiK'ur» de Céur et de Clérvpitre, d'Anliocbui et de Bod*» (une, comme le* jiigcaiput les Immmej let plui spirituels pt les pliii scascs dm dix-ieplifine MM-k, lrafi«[>r>rtni<»-ooiit dans le ijitmne d'amnur gén. nloinenl ■daple .1 ci-Ui' i-|io<|im-, i-t auqael let perioDoaget de Conii-iile uni (oio de w eoDibnner a««c l'aUftitinn de feiii bien élevé»; r^«i|nioni-Oiio« à ne plus Toit dan* l'hinnur m lil>rTt<* it» choix, ni coDTenaace de goûts, de caraciert-s, d'Ua» bitiiili-t, III aucun rt>- en lirn^ d'autant plus rben (|u'on sait mieux t'en rendre oompti' I t i|n'on eu cnnail iiuriix li-s ju>Ims motifs : l'amour n>A, pour le beaa annde dn lrni|'» de Oirnilli-, qn'iin orilre du ciel, one iiifim-nc*' de l'i'IoUe, ■ne (at.iliti' au»i ini-x|ilii ibli- (|irinovîlal>le. (Guiiut.)

' Louis R.1I iiie t'i'letr a«c-c fore» contre et ki<et, dans snu Tr^iifé dt Im Poiti', pa;;« iàâ, •■t ajoute : « La rfiiiine qui mente ce grand sacritice est o*« pendjut uue feiaoïe txrt-peo etliisable ; et l'on peut rcmarquT que, dan* \m

î)p tous doux Rodnguiic a chaiiné le courage; Cessons par trop d'amour de lui faire uu oulrag« j Elle doit épouser, non pas vous, non pas moi. Mais de moi, mais de vous, quiconque sera roi. La couronne enire nous Hotte encore incertaine; Mais sans incertitude elle doit être reine : Ccrendanf, avoirylés dans notre vain projet, N"us la faisions tous deux la femme d'un sujel! l'éf;nons: l'ambition ne peut être que belle. \[ pour elle quittée, et reprise pour elle; El ce trône, où tous deux nous osions renoncer, Sonlinilons-le tous deux, afin de l'y placer : C'est dans notre destin le seul conseil à prendre; Nous pouvons nous en plaindre, et nous devons l'attendre

SÉLEUCUS

M faut encor plus faire, il faut qu'en ce grand jour Notre amitié triomphe aussi-bien que l'amour.

Ces deux sièges fameux de Thébes et de Troie, Qui mirent l'une en sang, Taulro aux flammes en proie, N'einent pour fondement à leurs maux infinis Que ceux que contre nous le sort a réunis. Il sème entre nous deux toute la jalousie Qui dépeupla la Grèce et saccagea l'Asie; Un même espoir du sceptre est permis à tous deux; Pour la même beauté nous faisons mêmes vœux. Thèbes périt pour l'un, Troie a brûlé pour l'autre. Tout va choir en ma main, ou tomber en la vàtre. En vain votre amitié tâchoit à pailajjer; El, si j'ose tout dire, un titre assez léger, Un droit d'aînesse obscur, sur la foi d'iuie mère, Va combler l'un de gloire, et l'autre de misère.

tragédies de Corneille, toutes ces femmes adorcos par leurs amants sont, par tei qualités de leur àme, des femmes très communes ; ce n'est que par la l)eauté que Clcopâlre captive César, et qu'Emilie a toul cniplre sur Cinrra, » — Voltaire, qui cite dans son commentaire cette crituiiic dit avec raison que Louis Bacine fait sans doute une exception pour Pauliuf , dans P"lyiucte.. Il y a, ce nous semide, le plus complet éloge de Corneille, et dans cette nllexion de Voltaire et dans le reproelie de Louis Rarinc. Pauline imini.le son amour à son devoir poiirquiii? parce <pie c'est la femme sur aqiielli' ;igil deja la grâce. Clcopâlre et Kiiiilic ne se l'ont aimer de César et de iliniia que par leur beauté; poBr(|Moi ? parer (|uc César et CInna sont païens comme elle». Corneille est dans la ulus sliicte réalité historique.

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