‹ uvres des deux CorneilleChapitre 424 sur 433 · SCÈNE VI. — CLÉOPATRE, SÉLEUCUS · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. — CLÉOPATRE, SÉLEUCUS

Savez-vous, Séleucus, que je me suis vengée?

SÉLEOCCS.

Pauvre princesse, hélas!

CLÉOPATRE

Vous déplorez son sort!

Quoi! l'aimiez-Tous?

SÉLECCDS.

Assez pour regretter sa mort.

CLÉOPATRE

Tous lui pouvez servir encor d'amant fidèle; &i j'ai su me venger, ce n'a pas été d'elle.

SÉLEDCUS.

0 ciel! et de qui donc, madame?

CLÉOPATRE

C'est de vons, Ingrat, qui n'aspirez qu'à vous voir son époux; De vous, qui l'adorez en dépit d'une mère; De \ous, (jui dédaignez de servir ma colère;

ACTR IV, SCENK VI. 609

Do TOUS, (Je qui rnmoiir, rrhollc à mes désirs, S'opposo à nia V( ii'cam r. ol dolruil mes plaisir».

-KI.EICLS.

De moi?

De toi, perfide! Içnore, dissimule Le mal que tti dois craindre, et le feu qui te hrûle; El si pour ripnnrrr lu crois t'en garantir, Du moins en l'ippreiiant commence à le sentir. F,e trône étoit à loi par le droit de naissance; Ro<lo{juiie avec lui touiboil en ta puissance; Tu devdis i'éi>ouser, lu devois èlre roi ! Mais comme ce secret n'est connu que de moi, Je puis, comme je veux, tourner le droit d'aii'.esse, Et donne à ton rival ton sceptre et la mailresse

SÉLELCLS.

A moD frère?

CLl'OPATtE.

Cest lui que j'ai nommé l'aîoé.

SÉLrCCLS.

Vous ne m'affligez point de lavoir ccurouné;

Et, par une raison qui vous est inconnue,

Mes piopres sentiments vous avoient prévenue :

I>es biens que vous m'ôlez n'ont point d'altraiU si 'îc'l

Que M)on cœur n'ait donnés à ce frère avant vous;

El, si vous bornez là toute votre vengeance,

Vos désirs et les miens seront d'intelligence.

CLÉOPATRE

C'est ainsi qu'on déguise un violent dépit; C'est ainsi qu'uuf feinte au dehors l'assoupit. Et qu'on croit amuser de fausses patiences Ceux do'it en l'àme ou craint les justes défiance».

StLElClS.

Quoi! je conserrerois quelque courroux secret!

CI,l':OI'ATBE.

Quoi! lâche, tu poui'ois la perdre sans legreC, Elle de qui b-s dieux U- donnoiml I'Iin menée. Elle dont lu plaignois la perle imaginée^

StLr.KXS.

Considérer sa perle avec ciim[iassion, Ce n'est pas aspui-i' a na possessiou.

605 RODOGUNC..

CLÛOPATHE.

Que la morf la ravisse, ou qu'un rival l'emporte, La douleur J'un atnanl est cf;alcmont forlc; !-[ kl qui se console après l'iuslanl lalal, Ne sauroit voir son bien aux mains de son rival; Piqué jusqnes au vif, il tâche à le repreudre; Il fait (le l'insensible, afin de mieux surprendre; D'autant plus animé, que ce qu'il a perdu Par rang ou par mérite à sa flamme étoit dû.

si'leccus.

Peut-être; mais enfin par quel amour de mère Pressez- vous tellement ma douleur contre un frèr©^ Prenez- vous intérêt à la faire éclater?

CLÉOPATRE

Ten prends à la connoître, et la faire avorter; J'en prends à conserver, malgré toi, mon ouvrage Des jaloux attentats de ta secrète rage.

SÉLEUCCS.

Je le veux croire ainsi; mais quel autre inlérêt Nous fait tous deux aînés quand et comme il vous plalt? Qui des deux vous doit croire? et par quelle justice Faut-il que sur moi seul tombe tout le supplice, Et que du même amour dont nous sommes blessét Il soit récompensé, quand vous m'en punissez?

Comme reine, à mon choix je fais justice ou grâce, Et je m'étonne fort d'où vous vient cette audace, D'où vient qu'un fils, vers moi noirci de trahison, Ose de mes faveurs me demander raison.

SÉLEUCUS

Vous pardonnerez donc ces chaleurs indiscrètes : Je ne suis point jaloux du bien que vous lui faite»; Et je vois quel amour vous avez pour tous doux, Plus que vous ne pensez, et plus que j*^ ne veu» : Le respect me défend d'en dire davantage. Je n'ai ni faute d'yeux, ni faute de courage, Madame; mais enfin n'espérez voir en moi Qu'amitié pour mon frère, et zèle pour mon roi. Adieu.

ACT1-: V, SCKM-: i.

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