‹ uvres des deux CorneilleChapitre 58 sur 433 · ACTE IV, SCENE V. 7J · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V. 7J

Sa douleur a trahi les secrets de son âme,

El ne vous ponnet plus de iloulcr de sa flamme.

CniMÈNE.

Quoi! Rodrigue est donc mort?

LE itoi.

Non, non, il voit le joatt El le conserve encore un immuable amour : Calme cette douleur qui pour lui s'intéresse.

CniMÙNE.

hire, on pâme de joie, ainsi que de tristesse : lin excès de plaisir nous rend tout languissants; Et, quand il surprend l'âme, il accable les sens.

Tu veux qu'en ta faveur nous croyions l'impossible' Chimène, ta douleur a piru trop visible.

CniMÈNE.

Eh bien ! sire, ajoutrz co comble à mes malhenri ,

Nommez ma pâmoison l'effet de mes douleurs*;

Un juste déplaisir à ce point m'a réduite;

Son trépas déroboit sa tète à ma poursuite ;

S'il meurt des coups reçus pour le bien du pay»,

Ma vengeance est perdue et mes desseins trahis :

Une si belle fin m'est trop injurieuse.

Je demande sa mort, mais non pas {jlorieuse,

Non pas dans un éclat <pii l'élève si haut,

Non pas au lit d'honneur, mais sur un échafaud;

Qu'il meure pour mon père, et non pour la patrie;

Que son nom soit taché sa mémoire llétric.

Mourir pour le pays n'p^t pas un triste sort,

C'est s'unmortaliser par une belle mort.

J'aime donc sa victoire, et je le puis sans crioM;

Elle assure l'état, et me rend ma victime.

Mais noble, mais fameuse entre tous les guerriett.

Le chef, au lieu de fleins, couronné de lauriers;

\A, pour <lire en un mot ce que j'en considère,

Dijîue d'être immolée aux mânes de inon père.

Hélas! à quel espoir me laissé-je emporter)

Kodrigue de ma part u'a rien à redouter;

Eb bien ! tire, ajoiit<^ ce ct^mblc à mnn maJkaw, NooiBci ma Minoitoo l'ollel de ma doulew.

Que poiiiToient contre lui des larmes qu'on inéprist? Pour lui tout voire empire est un lieu de franchise; Là, sous voire pouvoir, tout lui devient permis; Il triomphe de moi comme des ennemis.

Dans leur sang répandu la justice étouffée Au crime du vainqueur sert d'un nouveau trophée; 'Nous eu croissons la pompi?, el le mépris des lois IVous fait snivre son char au milieu de deux rois.

LE ROI

Ma fille, ces transports ont trop de violence. Quand on rend la justice on met tout en balance. On a tué ton père, il étoit l'agresseur; Et la même équité m'ordonne la douceur. Avant que d'accuser ce que j'en fais paroîtrc, Consulte bien ton cœur, Rodrigue en est le maître; Et ta Oamme eu secret rend grâces à ton roi, Dont la faveur conserve un tel amant pour toi.

CniMÈNE.

Pour moi, mon ennemi! l'objet de ma colère!

L'auteur de mes malheurs! l'assassin de mon pèrel

De ma juste poursuite on fait si peu de cas

Qu'on me croit obliger en ne m'écoulant pas.

Puisque vous refusez la justice à mes larmes,

Sire, permettez-moi de recourir aux armes;

C'est par là seulement qu'il a su m'outrager.

Et c'est aussi par là que je me dois venger.

A tous vos cavaliers je demande sa tète;

Oui, qu'un d'eux me l'apporte, et je suis sa conquétî|

Qu'ils le combattent, sire; et, le combat fini,

J'épouse le vainqueur, si Rodrigue est puni;

Sous votre autorité souffrej; qu'on le publie.

LE ROI

Cette vieille coutume en ces lieux établie.

Sous couleur de punir un injuste attentat.

Des meilleurs combattants affoiblit un état;

Souvent de cet abus le succès déplorable

Opprime l'innocent, et soutient le coupable.

J'en dispense Rodrigue, il m'est trop précieux

Pour l'exposer aux coups d'un sort capricieux ;

Et quoi qu'ait pu commettre un cœur si magnanime-

Les Maures en fuyaut ont emporté sou crime.

ACii: IV, se km: v.

D. DILGl'E.

Quoi! siro, pour lui seul vous renversez des lois

Hu'a vu (ouïe la cour observer tant do fois :

Que croira ^olre pou|)lo, et que dira l'ouvic

Si sous \olre dofouso il mtMi;ij;o sa vie,

El s'en lait un prélcxto à no paroîlre pas

Où lous los pons d'honnour cluMolionl un beau trépas?

I)o pareilles faveurs lerniroioiil Irop sa ploirc;

Qu'il poule sans roujir les fruits de sa victoire.

Le comte eut de l'audace, il l'en a su punir :

Il l'a fait en brave bomme, et le doit soutenir.

LE ROI

Puisque \ous le voulez, j'accorde qu'il le fjsse : M.iis d'un guerrier vaincu mille prendroiont la place. l-l le prix que Cbiméne au vainiiueur a promis Uo lous mes cavaliers feroit ses ennemis : L'opposer seul a tous soroil trop d'injustice; Il suffit qu'une fois il entre dans la lice. Ciioisis qui tu voudras, Cbimène, et cboisis bien; Mais après ce combat ne demande plus rien.

D. DILCDE.

N'excusez point par là ceux que son bras étonne j Laissez un champ ouvert où n'entrera personne. Après ce que Rodrigue a fait voir aujourd'hui, Quel courage assez vain s'oseroit prendre a lui? Qui se hasarderoit contre un tel adversaire? Qui seroit ce vaillant ou bien ce téméraire?

1>. SANCHE

Faites ouvrir le champ : vous voyez l'assaillant. Je suis ce téméraire, ou plutôt ce vaillant.

(à Cbimpoe.)

accordez cette grâce à l'ardeur qui me presse. Uadame, vous savez quelle est votre promesse.

Chirnène, remets-tu ta querelle en ha main?

ClIIJtiÈNE.

Sire, je l'ai promis.

LC ROI.

Sojez prêt à demain.

D. niix.iE.

^un, sire, il ne faut uas diflcrer da\antage(

rs LL cil).

On est toujours tout prêt quand on a du courage.

LE ROI

Sortir d'une bataille et combattre à l'instant!

D. DliilGUE.

Rodrigue a pris baleine en vous la racontant.

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