‹ uvres des deux CorneilleChapitre 6 sur 433 · NOTICE SUR LE CID · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LE CID

«eniations du Cid, avait donné dans le Palais-Cinlinal, luijoiir- Jliiii le Palais-Rojul. la loniédie Jts Tuileries, ilonl il avait arraiiiré lui-niùnic to iti'S les siènes. Conu'illc, plus ddcili- à son g'éiiii' que souple "mix volontés d'un piiiuier niinislre, irul devoir cliaufîcr quelque chose dans le iroisièiue acte qui lui lut conlie. Celte liberté estimable fut en\euiiiier par deut île ses confrères, et déplut beaucoup au cardinal, ipii lui dit qu'il fallait avoir un etyrit de suit<:. Il enteudait par esprit de suite la soumission qui suit avcugléiuent les ordres d'uu supérieur. Cette anecdote était fort ciuuiue chez les deruiers.priuccs de la maison de Vendôme, pitils-lils de César de N'endôme, t|ui avait assisté à la représentation île cette pièce tlu cardinal '. « Après asoir parlé quelques lignes plus loin du jupremeut sévère que Hichelieu portait sur le Cid, Voltaire dilqu il pense que le cardinal était de bonne Toi, et il juslilie sou opinion par ces mots reinarquablr^: a Je ne sais s'il était possible qu'un homme occupé di s intérêts de l'Europe, »les factions de la France, et des iufrinrues plus épineuses de la cour, un ctaur ulcéré par les ingratitudes et endurci par les vengeances, sentit le charme des scènes de Hodriv:ue et de Chimène; il voyait que Koilrisrue avait très-jjraud tort daller chez sa maîtresse après avoir tué sou père; et quand ou est trop fortement choqué île voir ensemble deux persouiies qu'on croit ne devoir pas S3 chercher, on ne peut pas être ému de ce quelles disent '. a

Maigre ses rancunes contre Corneille, Richelieu, ennemi du trouble et des factions, aussi bien dans les lettres que dans l'État, résolut de mettre un terme à une querelle (jui s'envenimait de jour en jour davantage. Le 5 octobre 1637, il donna onire à Boisrobert d'adresser à Mairet, le plus violent des ennemis de Corneille après Scudéri, la lettre suivante :

« Vous lirez le reste de ma lettre conmie un ordre que je vous envoie par le commandement de Sou Emiucnce. Je ne vous cèlerai pas qu'elle s'est fait lire, avec un plaisir extrême, tout ce qui s'est fait sur le sujet du Cid; et particulièrenunt une lettre qu'elle a vue de vous lui a plu juscpi'à un tel point, qu'elle lui a fait naître leuvie de voir tout le reste. Tant qu'elle n'a connu dans les écrits des uns et des autres que des contestations desprit agréables et des railleries innocentes, je vous avoue qu'elle • pris bonne part au divertissemcr.t ; mais quand elle a lecoonu que dans ces contestations naissoicat enlin des injure*, des outrages et des meiiacos, elle a pris aussitôt la résolution d'eu arrêter le cours. Pour cei 'iiïet, quoiqu'elle n'ait point vu le libeili que vous attribuez à M. Corneille, présupposant, par votre ré-

■ Préface hUlorique «ur U Cid.

* H. Guitot a cumpli'lcineiit ailaplo, en la loiiririiiaiit encorif par ilo .i) irçiM mo«Tea«z, l'opioioi de Voluirc. [Vvir Cornettle tt ion ttmps, p. *'''^<34.|

42 IvOTITc SUi; Lil \',b.

pnnso qiio je lui lus liicr nu s?[f, qu'il dcvoil ilre 1 agresseur, elle ma comuiaudé de lui renionlrcr le tort (lu'il se faisoit, et de lui dofL'udre de sa part de ne plus faire de réponse, s'il ne vouloit lui déplaire; mais, d'ailleurs, crai^niant que des tacites menaces que vous lui faites, vous ou quelqu'un de vos amis n'eo viennent aux effets, qui tireroicnt des suites ruineuses à l'un et à l'anlre, elle m'a commandé de vous écrire que, si vous voulei avoir la continuation de ses bonnes grâces, vous mettiez toutes vos injures sous le pied, et ne vous souveniez plus que de votre incicnnc amitié, que j'ai charge de renouveler sur la table de ma chambre, à Paris, quand vous serez tous rassemblés. Jusqu'ici j'ai parlé par la bouche de Son Éminence; mais, pour vous dire ingénument ce que je pense de Joules vos procédures, j'estime que vous avez suffisamment puni le pauvre M. Corneille de ses vanités, et que ses foibles défenses ne demandoient pas des armes si fortes et si pénétrantes que les vôtres : vous verrez un de ces jours son Cid assez mal mené par les sentiments de l'Académie.»

L'Académie, en effet, ne tarda point à être mise en demeure par le cardinal-ministre de prononcer son jugement sur la pièce qui avait soulevé tant d'orages, et la dernière phrase de la lettre de Boisrobert indique assez dans quel sens le cardinal espérait que cet arrêt serait rendu ; mais dès le premier moment il rencontra une résistance à laquelle il était loin de s'attendre. Le corps littéraire, qu'il venait d'investir dune autorité souveraine en matière de goiit, craignait de se compromettre, vis-à-vis du cardinal, par l'indulgence, vis-à-vis du public, par la sévérité. 11 invoqua diverses fins de non-recevoir; Corneille lui-même usa très-habilement de son influence auprès de ses collègues pour gagner du temps; mais il fallut enfin obéir. « Faites savoir à ces messieurs, dit le cardinal, que je le désire, et que je les aimerai comme ils m'aimeront. » L'Académie n'avait plus qu'à se soumettre. Le 16 juin 1637, elle chargea Bourzeys, Giiapelain el Desmarets, d'examiner le Cid en tant que composition dramatique, réservant à tous ses membres réunis en assemblée générale l'appréciation du style. Le travail soumis trois fois au cardinal, fut crois fois renvoyé par lui très-durement annoté. On chargea Chapelain d'une quatrième rédaction qui fut enfin la dernièrÉ;, et l'examen tant attendu parut en 1038 sous ce titre : Sentiments de l'Académie sur la tragi-comédie du Cid '.

Dans l'appréciation de la donnée du poëme, l'Académie se montra d'une rigueur extrême, et le passage suivant suffira, nous le pensons, à faire apprécier l'esprit qui dirigea sa critique générale : « Nous disons que le sujet du Cid est défectueux en sa

' M. Victoi Hugo a essayé de transporier sur ie Ihcàlrc les querelles qui éclatéreot à propos du Cid. Voir son drame intilulé Marion Dtlorme, acte Uy

plus esscnliclle partie, parce qu'il manque et de l'un et de l'autre >raiscnil)lalile, et du commun cl de l'exlraordinaire : car ni la bienséance des mœurs d'une fille introduite comme vertueuse, n'y est ijanlée parle poète, lorsqu'elle se résout à épouser celui qui a tué son père; ni la fortune, par un accident imprévu, et qui naisse de l'encliainement des clioses vraisemblables, n'en fait point le démêlement : au contraire, la fille consent à ce mariage par la seule violence que lui fait son amour; et le dénoûment de l'intrigue n'est fondé que sur l'injustice inopinée de Feruand, qui vient ordonner un mariage, que par raison il ne de\oit pas seulement proposer. Nous avouons bien que la vérité de cette aventure combat en faveur du poète, et le rend plus excusable que si c'étoil un sujet inventé. Mais nous maintenons que toutes les vérités ne sont pas bonnes pour le théâtre, et qu'il en est de quelques-unes comme de ces crimes énormes dont les ju|jes fout brûler les procès avec les criminels. Il y a des vérités monstrueuses, ou qu'il faut supprimer pour le bien de la société, ou que, si on ne les peut tenir cachées, il faut se contenter de remarquer comme des choses étrantces. •

Malgré la sévérité de ce jugement sur l'ensemble et la pensée de la tragédie, l'Académie, vaincue, pour ainsi dire, par les beautés de détail, fut forcée de leur rendre un éclatant témoignage. Voici comment se termine son examen: « Nous concluons qu'encore que le sujet du Cid ne soit pas bon, qu'il pèche dans son dénoùment, qu'il soit chargé d'épisodes inutiles, que la bienséance y manque en beaucoup de lieux, aussi- Ken que la bonne disposition du théâtre, et qu'il y ait beautoup de vers bas, et de laçons de parler impures; néanmoins U naivelé et la véhémence de ses passions, la force et la délicatesse de plusieurs de ses pensées , et cet agrément inexplicable qui se mêle dans tous ses défauts, lui ont acquis un rang lonsidérablc entre les poèmes françois de ce genre. Si si^ auteur ne doit pas toute sa réputation à son mérite, il ne la doit pas toute à son bonheur ; et la nature lui a été assez libérale pour excuser la fortune si elle lui a été prodigue. »

Les Sentiments de l'Académie, comme la pièce de Corneille, ont donné lieu aux appréciations les plus contrailictoires. Ce qu'il « a dc «.crtain, c'est qu'ils n'afTaiblirent en rien l'enthoLsiisme du public; et Boileau a pu dire avec raison .

Eo vain contre It Cid uu ministre se lli,'De; Tuut Pjri» pour C.himene a les y<MU île Rodrlfl*. • L'Acailt'mie en corp» a l»oau le ccn»urer; Lt poblic révolté t'oUtioe i l'aiiiiiircr '.

Toir, iurwuu; celle affaire <lu Cil, Querttti titlérairu, Parii, 1781, in-il, I, r p, 342. Ta»<.'bereau, Uitt. d4 la tu *t du ouvfqu à$ Corn$%IU, liv. U.

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