SCÈNE I. — D. RODRIGUE, CHIMÈNE
CHIMÈKE.
Quoi! Rodrigue, en plein jour! d'où te vient cette audaee? Va, tu me perds d'bouneur; retire-toi, de grâce.
D. RODRIGUE
Je vais mourir, madame, et vous viens en ce lieu.
A en: V scem: i. "»•
Avant le coup morU'I, dire un «loruier adieu;
Mou amour vous le doit, ol mou cœur qui soupire^
N'ose saus \olre aveu sortir de \olre eiupire.
u vas mourir!
D. ROORICDE.
Je cours à ces lieureux momentt Qui vont livrer ma vie à vos resseulimeuls.
CniMÏ.NE.
u vas mourir? Dou Sauche esl-il si redoutable Qu'il douue l'ojiouvaute à ce cœur indomlable? Qui t'a reudu si foible? ou qui le reud si tort? Hodrijue va combattre, et se. croit déjà mort! Celui qui n"a pas craint les Maures, ui mon pèr«, Va combaltie don Sauche, et déjà désespère! Ainsi donc au besoin ton courage s'abat?
D. noDUIGl E.
Je cours à mou supplice, et non pas au combat;
tt ma fidèle ardeur sait bicu m'ôter l'envie,
Quand vous cliercbez ma mort, de défendre ma vie.
J'ai toujours même cœur; mais je n'ai point de brM
Quand il faut conserver ce qui ne vous plaît pas,
Lt déjà cette nuit m'auroit été mortelle.
Si j'eusse coinballu pour ma seule querelle;
Mais défendant mou roi, son peuple, et mon pays,
A me défendre mal je les aurois trabis.
Mon esprit {généreux ne hait pas tant la vie,
Qu'il en veuille sortir par une perfidie :
Maintenant qu'il s'agit de mon seul intérêt,
Vous demande/ ma mort, j'en accepte l'arrêt.
Votre ressenliuieut choisit la main d'un autre;
Je ne méritois pas de mourir de la vôtre.
On ne me verra point en repousser les coups;
Je dois plus de res|)ecl à qui combat pour vous;
El, ravi de p<nser que c'est de vous qu'ils viennent,
Puisque c'est votre honneur que ses armes soutieuaeal|
Je lui vais présenter mon estomac ou\ert.
Adorant en sa main la vôtre qui me perd.
VaA. Cet imiiiuablr amour qui iout toi loii m'ougace^
M'oM accepUT ma mort uns vous eo faire liniiimfl
ClIlMÈNi;.
Si i'un triste (tcvoir la juste violence,
Qui me fait malgré moi poursuivre la vaillance,
Pn^scrit à ton amour une si forte loi,
Qii'il te rend sans défense à qui combat pour moi;
En cet aveuglement ne perds pas la mémoire
Qu'ainsi que de ta vie il y va de la gloire,
Et que, dans quelque éclal que Rodrigue ait vécu,
Quand on le saura mort, on le croira vaincu.
L'iionueur le fut plus cher que je ne te suis chère,
Puisqu'il trempa tes mains dans le sang de mon fèttf
Et te fit renoncer, malgré ta passion,
A l'espoir le plus doux de ma possession :
Je t'en vois cependant faire si peu de compte.
Que sans rendre combat tu veux qu'on te surmoQtci.
Quelle inégalité ravale ta vertu?
Pourquoi ne l'as-tu plus? ou pourquoi l'avois-tu?
Quoi! n'es-tu généreux que pour me faire outrage?
S'il ne faut m'offenser, n'as-tu point de courage?
Et traites-tu mon père avec tant de rigueur.
Qu'après l'avoir vaincu tu souffres un vainqueur?
Non, sans vouloir mourir*, laisse-moi te poursuivre,
El défends ton honneur, si tu ne veux plus vivre.
D. RODRIGUE
Après la mort du comte, et les Maures défaits, Faudroit-il à ma gloire encor d'autres eiïets? Elle peut dédaigner le soin de me défendre; On sait que mon courage ose tout entreprendre, Que ma valeur peut tout, et que dessous les cieux, Auprès de mon honneur rien ne m'est précieux. Non, non, en ce combat, quoi que vous ^euiIIez croire, Rodrigue peut mourir sans hasarder sa jjloire, Sans qu'on l'ose accuser d'avoir manqué de cœur. Sans passer pour vaincu, sans souffrir un vainqueur On dira seulement : il adoroit Chimène ; Il n'a pas voulu vivre et mériter sa haine ; Il a cédé lui-même à la rigueur du sort Qui forçoit sa maîtresse à poursuivre sa mort : Elle vouloit sa tête; et son cœur magnanime,
' Yak. V», MHS voaLoii' mouiir, eU.