SCÈNE m. — CAMILLE, JULIE
CAMILLE
Qu'elle a tort de vouloir que je vous entretienne! Croit-elle ma douleur moins vive que !a sit*nne, ^t que, plus insensible à de si grands malheurs, A mes tristes discours je mêle moins de pleurs? De pareilles frayeurs mon âme est alarmée; Comme elle je perdrai dans l'une et l'autre armée. Je verrai mon amant, mon plus unique bien *, Mourir pour son pays, ou détruire le mien ; Et cet objet d'amour devenir, pour ma peine, Digne de mes soupirs, ou digne de ma haine. Hélas I
' Sqbine représente la lutte que les sentiments de la famille auront à soutenif contre l'amour de la patrie, et Camille représente la lutte de l'amour. Cette dernière lutte est la plus énergique et la plus violente. Nous sommes babitaë* à admirer la fameuse imprécation de Camille conln- Rome, et nous ne faisons pai attention au reste de ce rôle ; nous avons grand tort. Je me souviens qu'un vieil amateur du Tlu-àtre-Français me soutenait autrefois que ce rôle était le rW» principal de la pièce, et que Camille était la véritable béroîne de la tragédie. C'est elle, disail-il, qui en fait l'unité, quoique cette unité ail été mise en doi'te par Corneille lui-même. Prenez Camille dès le cor.iiDencement de la pièce; ■vo>ei avec quelle vivacité elle s'abandonne a son amour pour Curiace, pour aùii fiancé; elle ne s'inquiète ni de Rome, ni même de ses Ireres; elle ne souge qu'à son amant : ît, comme clU' peut l'aimer en liberté; puisqu'il est son fiancé, elle est heureuse, et heureuse d' in bonheur qui ne lui vient que do son anioar; 11 bien que cette oie égoïste et exclusive nous fait eomiirendre quel sera aiugi ron désespoir ipiand elli», aura pil lu son amant. (Saiut-Marc Girardin.}
'Flus umquene peut se dire ; uni(iue n'admet ni de plus, ni de moini.
(Voltaire.]