ACTE I, SCÈNE m. Ut
JIME.
F.llc ost pourtant plus à plaindre que vous. Oii peut iliauRor (ramant, mais non changer d'époui Ouhlioz Cuiiaco, el recevez VaitTo :
Vous ne triinblcrez plus pour le parti conlraire, Vous serez toute nôlie, et voire esprit remis N'aura plus rien à perdre au camp des ennemis.
CAMILLE
Donnez-moi des conseils qui soient plus légitimes, Va plaif^nez mes malheurs sans m'ordonner des crimes. '^•iiniqiià peine à mes maux je puisse résister, Jaime mieux les souffrir que de les mériter.
JULIE
Quoi! vous appelez crime un change raisonnable?
CAMILLE
Quoi ! le manque de foi vous semble pardonnable?
JULIE
Envers un ennemi qui peut nous obliger?
CAMILLE
D'iMi serment solennel qui peut nous dégager?
JILIE.
ius déguisez en vain une chose trop claire. il- vous vis encore hier entretenir Valère; El l'accueil gracieux qu'il reccvoit de vous i ni permet de nourrir un espoir assez doux.
CAMILLE
Si je l'entretins hier et lui fis bon visage,
N'eu imai^inez rien qu'à son désa>anlage;
lU' mon contentement un autre étoit l'objet :
Miiis pour sortir d'erreur sachez-en le sujet;
Je garde à Curiace une amitié trop pure
Poui- souffrir plus long-temps qu'on m'estime parjurSc
il >ous souvient qu'à peine on voyoil de sa sœur
l*ar un heureux hymeii mon frère possesseur ',
Quand, pour comble de joie, il obtint de mon pcre
' i.c lie ses chastes feux je serois le salaire^
i.<- jiiur nous fut propice et funeste à la fois;
l>{Mi> cinq ou MX mois aprps <|ue <lo ta M Miii'Oie ïul reuiiu uioD ircru puM&eMemr.
ne iioiiACE.
Unissant nos maisons, il désunit nos rois;
Ur niôino instant conclul noire liynicn et la guerre,
Fit naître notre espoir et le jeta par terre,
Nous (Ma tout, sitôt qu'il nous eut tout promis j
Et, nous faisant amants, il nous (U ennemis.
Combien nos déplaisirs parurent lors extrêmes 1
Combien eonlre le ciel il vomit de blasphèmes'
Et combien de ruisseaux coulèrent de mes yeux!
Je ne vous le dis point, Vdus vîtes nos adieux ;
Vous avez vu depuis les troubles de mon âme :
Vous savez pour la paix quels vœux a faits ma flamm^
Et quels pleurs j'ai versés à chaque événement,
Tantôt pour mon pays, tantôt pour mon amant.
Enfin mon désespoir, parmi ces longs obstacles.
M'a fait avoir recours à la voix des oracles.
Écoutez si celui qui me fut hier rendu
Eut droit de rassurer mon esprit éperdu.
Ce Grec si renommé, qui depuis tant d'années
Au pied de l'Aventin prédit nos destinées.
Lui qu'Apollon jamais n'a fait parler à faux,
Me promit par ces vers la fin de mes travaux : « Albe et Rome demain preiidront une autre face; e Tes vœux sont exaucés, elles auront la paix, » Et tu seras unie avec ton Curiace, ■ Sans qu'aucun mauvais sort t'en sépare jamait. •
Je pris sur cet oracle une entière assurance;
Et, comme le succès passoit mon espérance.
J'abandonnai mon âme à des ravissements
Qui passoient les transports des plus heureux amants»
Jugez de leur excès : je rencontrai Valère,
Et, contre sa coutume, il ne put me déplaire ;
Il me parla d'amour sans me donner d'ennui :
Je ne m'aperçus pas que je parlois à lui;
Je ne lui pus montrer de mépris ni de glace :
Tout ce que je voyois me sembloit Curiace;
Tout ce qu'on me disoit me parloil de ses feux;
Tout ce que je disois l'assuroit de mes vœux.
Le combat général aujourd'hui se hasarde;
J'en sus hier la nouvelle, et je n'y pris pas garde;
Mon os[)ril rejetoil ces funestes objets.
Charmé des doux pensers d'hymen et de la paix.
A tir ; ?CEM': IV. 117
La r.nil a dissipé des entiïrs si « hannanles; Mille sniiffos affreux, niiilo imagos saii[;Iantcs, Ou pliilol mille amas de eariiagc et d'iidrreur, M'ont ai raclié ma joie, et rendu ma terreur. J'ai vu (lu sanp, des morts, et n'ai rieu vu de suite; Un spectre en paroissaul prenoit soudain la fuite; Ils seffaçoient Puu lautre; et chaque illusion ned()uliloit mon effroi par sa confusion.
JULIE
C'est en contraire sens qu'un songe s'interprète.
CAMILLE
Je le dois croire ainsi, puisque je le souhaite; Mais je me trouve enfin, malgré tous mes souhaitSi Au jour d'une bataille, et non pas d'une paix.
JULIE
Par là Bnit la guerre, et la paix lui succède.
CAMILLE
Dure à jamais le mal, s il y faut ce remède! Soit que Rome y succombe, ou qu'Albe ait le dessous, Cher amant, n'attends plus d'être un jour mon époui; Jamais, jamai> ce nom ne sera pour un homme Qui soit ou le vainqueur, ou l'esclave de Rome,
Mais quel objet nouveau se présente en ces lieux? Est-ce toi, Curiace? en croirai-je mes yeux?