‹ uvres des deux CorneilleChapitre 84 sur 433 · SCÈNE IV. — CURIACE, CAMILLE, JULIE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. — CURIACE, CAMILLE, JULIE

CURIACE

N'en doutez point, Camille, et revoyez un homme Qui n'est ni le vainqueur, ni l'esclave de Rome *; Cessez d'appréhender de voir rougir mes mains Du poids honteux des fers, ou du sang des Romains^ J'ai cru que vous aimiez assez Rome et la gloire Pour mépriser ma chaîne et hau- ma victoire; Et comme également en cette exi rémité Je craignois la victoire et la captivité...

CAMILLE

Curiace, il suffit, je devine le reste ;

' Camille vient de dire à la lio de la scoDe précédente :

.... Jamais ce nom (d'époux) ne sera pour un homme Qui Kiil ou le vain<|ucur, nu l'esclave de Rome.

Oa ne pcn.ct i>lut de ri'pcter ainsi un ven (VolUira.)

us IlOilACK.

Tu fuis une bataille à les vœux si funeste*,

Et ton cœur, tout à moi, pour ne me prnlre pa»,

Dérobe à Ion pays le secours de ton !)ras.

Qu'un autre considère ici ta renommée.

Et te blâme, s'il veut, de m'avoir trop aimée,

Ce nost point à Camille à l'en mésestimer ;

Plus ion amour paroît, plus elle doit t'aiiner;

Et, si tu dois beaucoup aux lieux qui t'ont vu naîtra.

Plus tu quittes pour moi, plus tu le fais paroîlre.

Mais as-tu vu mon père? et peut-il endurer

Qu'ainsi dans sa maison tu t'oses retirer?

Ne préfère-t-il point l'état à sa famille?

Ne regarde-t-il point Rome plus que sa fille?

Enfin notre bonheur est-il bien affermi?

T'a-t-il vu comme gendre, ou bien comme ennemi^

''.IIRIACE.

11 m'a vu comme gendre, avec une temiresse Qui témoignoit assez une entière allégresse; ,

Mais il ne m'a point vu, par une trahison, Indigne de l'honneur d'entrer dans sa maison. Je n'abandonne point l'intérêt de ma ville; J'aime encor mon honneur en adorant Camille. Tant qu'a duré la guerre, on m'a vu constamment Aussi bon citoyen que véritable amant.

D'Albe avec- mon amour j'accordois la querelle; Je soupirois pour vous en combattant pour elle; Et, s'il falloit encor que l'on en vînt aux coups. Je combattrois pour elle en soupirant pour vous. Oui, malgré les désirs de mon âme charmée. Si la guerre duroit, je serois dans l'armée : C'est la paix qui chez vous me donne un libre accès, La paix à qui nos feux doivent ce beau succès.

CAMILLE

La paix ! Et le moyen de croire un tel miracle?

JULIE

Camille, pour le moins croyez-en votre oracle, Et sachons j)lcinement par quels heureux effets L'heure d'une bataille a produit cette paix.

' Il est bien étrange que Camille interrompe Cunace pour le loupçonner at It louer d'être un làcbe. Ce défaut est grand, et il était aise de l'éviter.

(Toltaire.)

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