‹ uvres des deux CorneilleChapitre 98 sur 433 · SCÈNE I'. — SABINE, •«ute · texte numérisé non relu

SCÈNE I'. — SABINE, •«ute

Prenons parti, mon âme, en de telles disgrâce» ;

Soyons fommo d'Horace, ou sœur des Curiaces,

Cessons de partager nos inutiles soins;

Souhaitons quelque chose, et craignons un peu nioîn»-

Mais, las! quel parti piendie eu un sort si contraire?

Quel ennemi choisir, d'un époux, ou d'un frère?

La nature ou l'amour parle pour chacun d'eux.

Et h loi du devoir m'attache à tous los deux.

Sur leurs hauts sentiments réglons plutôt les nôtres;

Soyons ft^mme de l'un ensemble et sœur des autres;

Regardons leur honneur comme un souverain bien;

Imitons leur constance, et ne craignons plus rien.

La mort qui les menace est une mort si belle,

Ou'il en faut sans fiayeur attendre la nouvelle.

N'appelons point alors les destins inhumains;

.Songeons pour quelle cause, et non par quelles mains;

Revoyons les vainqueurs, sans penser qu'à la gloire

Que toute leur maison reçoit de leur victoire;

Et, sans considérer aux dépens de quel sang

Leur vertu lA élève en cet illustre rang,

Faisons nos intérêts de ceux de leur famille :

En l'une je suis femme, en l'autre je suis fille;

Et tiens à toutes deux par de si forts liens.

Qu'on ne peut triompher que par les bras des miens.

Fortune, quelques maux que ta rigueur m'envoie,

J'ai trouvé les moyens d'en tirer de la joie,

Et puis voir aujourd'hui le combat sans terreur,

Les morts sans désespoir, les vainqueurs sans horreur.

Flatteuse illusion, erreur douce et grossière,

Vain effurt de mou àuie, impuissante luuiièie,

De qui le faux brillant prend droit de m'cblouir,

' Ce monologue dp Sabine est abxilnmcnt inulilc, et fait languir lu piecr : Ivt omédiens voulaient ilori dci iiioaol<<ijiir(. La ili'clauiation approcliai. ilu clanl, wrtout celle de» feuiuiet ; le» auteurs avait'iit celle comiilais'aDce pour ollot.

(Voltaire.) I. H

454 IIOKACE.

Que tu snis pou durer, et tôt t'i'vauouir !

Pareille à ces éclairs qui dans le foit des ombres

Poussent un jour (jui fuit, et rend les imils plus sombre*,

Tu n'as frappé mes yeux d'un moment de clarté

Que pour les aliimer dans plus d'obscurité.

Tu charmois trop ma peine, et le ciel, qui s'en fâche,

Me vend déjà bien cher ce moment de relâche.

Je sens mon triste cœur percé de tous l.es coups

Qui m'otent maintenant un frère, ou mon époux.

Quand je sonj'te à leur mort, quoi que je mo propose,

Je songe par quel bras, et non pour quelle cmse.

Et ue vois les vainqueurs en leur illustre rang,

Que pour considérer aux dépens de quel sang.

La maison des vaincus touche seule mon àine;

Eq l'une je suis fille, en l'autre je suis femme,

Et tiens à toutes deux par de si forts liens,

Qu'on ne peut triompher que par la moit lies miens.

C'est donc là cette paix que j'ai tant souhaitée!

Trop favorables dieux, vous m'avez écoutée!

Quels foudres lancez-vous quand vous vous irritez.

Si même vos faveurs ont tant de cruautés?

Et de quelle façon punissez-vous l'offense.

Si vous traitez ainsi les vœux de l'innocence''

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