‹ Œuvres diverses de J.J. BarthélemyChapitre 23 sur 59 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

tre : Essai sur la vie de J. J. Bartliélemy , par Louis-Jules-Barbon-Mancini Nivernois. Il ne

. Il' ■ I — - - - -^ - . . . - ■ - ^

« de faux brillants mêlés à beaucoup d*esprit n'em- « pèchent pas de remarquer des passages écrits avec ta- « lent. Nous choisissons celui-ci comme se rapportant «( également à B^jthélemy , et aux travaux qui occupé- « rent constamment ses veilles et ses jours : — « Si les « sciences , les arts et les lettres n'avaient jamais cessé « d'être en honneur, on naurait pas besoin d'antiquaires : « l'antiquité elle-ménie serait toujours là ; elle parlerait à « tous les yeux; l'instruction irait toujours croissant; et *^ chaque siècle, héritier de ceux qui l'auraient précédé, « transmettrait aux siècles qui le suivraient un plus riche « patrimoine. Mais rien n'est comme il fut et comme il « sera; et tout ce qu'on admire est condamné à dis- « paraître : la nature le veut ainsi ; elle a besoin de tout , « même de nos chefs-d'œuvre, pour en faire autre « chose.

« Les générations abâtardies, également indifférentes •« et à la gloire de leurs ancêtres et à la félicité de leurs « neveux, laissent tout finir, tout s'efËicer, tout sen- » foncer dans le néant; elles y travaillent elles-mêmes,

DE l'iÉDITSUR.

manque ni d'intérêt , ni d'agrément ; cependant presque tout le succès en est dû au nom de

« comme si elles craignaient jusqu'au moindre indice qui « pourrait les accuser devant les races futures. Hélas! ces « tristes lacunes tiennent malheureusement trog de place « dans les annales du monde ; et les beaux moments sont « trop fugitifs ! que de siècles barbares contre un siècle « poli , et combien , pour l'esprit humain, les nuits sont « plus longues que les jours !

« Ce n'est donc que de loin en loin , et dans les inter- « valles lucides des nations , qu'on Toit paraître des Hé- « rodote , des Vstrron , des Spanheim et des Barthélémy. « Alors les esprits réveillés de leur longue léthargie es- « saient de ramasser les débris de leur ancienne fortune, « de relire leurs titres de gloire ; de plonger , pour ainsi « dire, dans le Léthé, pour ravir quelque pi*oie , sinon à « la mort, au moins à l'oubli, cette seconde mort que « les grandes âmes craignent plus que la première. »

Il est probable que , par les citations qu'on vient de lire , l'éditeur a voulu justifier la première partie de sa critique : De faux brillants mêlés a beaucoup cC esprit, — Les passages suivants sont plus heureusement choi-

lO PilÉFACE

l'auteur ; il n'y doune qu'une idée trèsniffipar-

sis , et nous nous faisons un plai$ir d en faire jouir nos

lecteurs,

« Eh bieii ! ce rassemblement aussi effrayant (|u incom- « plet de^ éléments dont se compose le véritable mérite « d'un antiquaire , est une faible esquisse de Térudition « de M. Barthélémy, Si Ton veut lire attentivement , et '< ses mémoires à Tacadémie des Inscriptions, et ses dis- « sertations insérées dans le Journal des Savants , et plu- « sieurs observations ajoutées à divers ouvrages de ses « confrères, et ce qui reste d'une correspondance soute- <( nue pendant plus de cinquante ans avec tous les « hommes de l'Europe le plus versés dans ce genre « d'étude, on verra que chaque page, chaque ligne de « ces écrits , ont nécessité la lecture , l'analyse , la con- « frontation de plusieurs volumes. Pensons maintenant à « toutes les langues vivantes et mortes qu'il a dû se ren- « dre familières ; joignons-y ces idiomes qu on ne savait H pas même avoir jamais existé , et dont il ne restait de « v<^stiges que sur quelques éclats de pierres brisées. Ces « caractères , étrangers à toute autre écriture , étaient « devenus le sujet d'un défi entre tous les savants de

DE l'kDITEUR. II

faîte du caractère et des ouvrages de Bartliële*

*\ TEnrope , qui , jusque-là , n'avaient pas même osé ha- *< sarder une conjecture, lorsque, au grand étonnemeat du «< inonde lettré , M. Barthélémy en présente à la fois lal- «^ phabet et TexpUcsition....

« Je me rappelle encore avec admiration ces rensei- •< gneménts précis que M. Barthélémy avait su recueillir « sur lancienne géographie, l'ancienne topographie, et « Rtéme les anciens aspects de ces contrées fameuses où '* il n'avait jamais porté ses pas , mais où sa rêverie se plaisait. De pareilles connaissances feraient honneur à

qui les rassemblerait sur le pays qu'il habite, et pou- « vaient même faire soupçonner notre savant d'avoir « moins besoin de guide autour d'Athènes ou de Lacé« « démone , que dans les environs de Paris.

« Plus d'une fois , en Italie , dans des terrains où les « regards de ses compagnons auraient à peine aperçu « des traces de ruines sous les herbes et les broussailles « qui les couvraient, on l'a vu s'arrêter tout à coup, et « rèconnaîti'è , cotnnie par ressouvenir, des camps, des *< temples , des cin^ues , des hippodromes , des édifices « publics ou particuliers; en sorte que, conversant inté-

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iny, et les détails qu'il s'y permet sont quelquefois iiisignifiaiits et souvent trop minutieux*.

« rieurement avec les illustres mânes qui semblent tou- « jours errer autour de la capitale du vieux monde, on « Teùt pris pour un citoyenr de Tancienne Rome voya* « géant dans la moderne.

« Parlerai-je de cet art exercé en peinture, en sculp* « ture, en gravure; de cet œil de lynx qui portait la « lumière sur tout ce qu'il observait ? Un trait jusqu'a- « lors inaperçu par tous les connaisseurs, un reste de « signe, efbicé pour tout autre, lui indiquait le sujet, " 1 époque , là raison d un monument , et jusqu'au nom « de l'artiste ; vous eussiez dit que le génie invisible de « lantiquité, à l'exemple du démon de Socrate, le sui- « vait partout, et n'avait point de secrets pour lui. ».

* « Ce jugement (dit l'éditeur des Œuvres complètes) « est dur dans sa vérité. Nous citerons , pour en adoucir « la rigueur, le début de l'ouvrage du duc de Nîvemois » : . Je vais écrire avec simplicité la vie^ etc., etc. (Voyez la suite, tom. I, p. v, ou p* lxxxi de cette nouvelle édition.)

DE l'jéoiteur. f3

Le second éloge se trouve dans un journal appelé la Décade philosopidque. On en est redevable au fameux astronome Lalande. Peu versé dans les matières dont Barthélémy faisait l'objet principal de ses études, il ne sait pas les apprécier; il connaît encore moins la vie privée de cet homme célèbre. Au reste , ce qu'il rapporte sur le Voyage du Jeune Anacharsis est tiré d'un extrait de cet ouvrage, inséré dans le Journal des Savants. Le troisième éloge a été publié dans le Magasin encyclopédique, et imprimé séparément; il est d'un ami intime de Barthélémy , son confrère à l'académie des Belles-Lettres , appliqué au même genre d'érudition que lui. Quoiqu'on y lise des détails exacts, ils ne sont pas néanmoins complets, l'auteur ayant été obligé de ^e circonscrire dans des bornes étroites; ce qui Ta engagé à le refaire entièrement, et à n'en laisser subsister qu'une très-petite partie. En conséquence,

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on a cru devoir préférer ce dernier écrit , presque neuf, aux deux autres, en le plaçant à la tête des CEuvres diverses de Barthélémy. Il est suivi de quelques pièces justificatives qui méritaient d'être conservées*.

«Si quelqu'un demande encore à quoi serccvent les éloges; ils servent, dirons-nous, à « faire connaître de grands noms qui seraient «demeurés dans l'oubli, à désigner les véri- <c tables sources de l'instructioi;! et du savoir : <c peut-être aussi que le spectacle d'une assem- <c blée nombreuse , attentive à la lecture d'un «éloge, a quelque chose de consolant pour

^ x\ la suite de ces pièces justificatives, se trouve une Epitre de Fontanes à fauteur des Voyages du jeune Ânacharsis dans la Grèce. Le jugement qu'en porte le baron de Sainte-Croix nous fait un devoir de ne pas en priver nos lecteurs. Nous Tavons insérée dans le deuxième volume, section littérature ancienne^ beauX' artSj à la suite de Favertissement , page 9.

«E l'éditkith. i5

a rhumanité. Ces lectures sont , dit-on , vouées ce à j 'indulgence. Pourquoi ne laisserait-on pas «entrevoir aux hommes qu'il suffît d'avoir (c rendu des services réels aux sciences, aux c( lettres, à la patrie, pour obtenir, s'ils en ont ce besoin un jour , quelque grâce devant elles ? ce Vit-on jamais la satire , la critique même , si» ce renfermer dans de justes bornes? De quel ce droit condamnerait-on la louange seule à n'en ce point sortir?» Telles étaient les réflexions d'un écrivain célèbre,* dans l'éloge d'un homme de génie. Une surtout est applicable à Barthélémy, En effet, nous regrettons qu'il n'ait pas été prononcé dans une des séances publiques de cette académie dont il fut si longtemps la lumière , et à laquelle il a survécu avec tant de douleur. Nous n'avons pas moins de regret que ce même éloge n'ait pu sortir de la bouche

* VicQ d'AziR, E/oge rie Schee/ây pages gS j 94.

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