‹ Œuvres diverses de J.J. BarthélemyChapitre 57 sur 59 · L£S TA.BLES · texte numérisé non relu

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les villes grecqijies d'Italie, soit dans ceUe d'Athènes, pour faire un corps de lois qui conviendrait le mieux au gouvernement rpmain. Ces villes furent florissantes jusqu'au règne de Denys le Tyran, qui fut leur ennemi déclaré; elles se relevèrent ensuite, et se soutinrent , au rapport de Synesius ( ad Pœqnium)^ jusqu'à la neuvième génération après Pythagore.

Le témoignage de cet écrivain fournit matière à de nouvelles discussions. Que de sentiments différents sur la dur$§e. d'une génération! Les uns la font de ^ept ans, d'autres de vingt-cinq, quelques-uns de vingt -sept; il y a, selon Gensorin, deux calculs à cet égard, qui sont plus communément reçus, et qui, réunissant trois générations en une, lui donnent ou quatre-vingt-dix ou cent ans d'étendue. M. Mazochi adopte ce dernier parti, et , conduit par ces recherches à donner cent ans à chaque âge , il fait tomber , la ruine des républiques grecques vers l'an 54o de Rome. La langueur des écoles philosophiques introduisit le luxe , les vices et la division : la perte de la Uberté en fut la suite. Mais comment concilier cette opinion avec le récit de Porphyre? Cet auteur, dans la vie de Pythagore, dit qu^un certain Cylon Crotoniate s'offrit au philosophe pour être son disciple; il fiit refu$é, et chercha le moyen de se venger. Il ameute ses amis ,• et les détermine à mettre le feu à la maison de l'athlète Milon , où les disciples du philosophe étaient assemblés. Heureusement il était absent; Archippe et Lysis furent les seuls

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qui échappèrent ; les autres furent alors di^rsés , de manière que la secte et la philosophie se perdirent. M. Mazochi avoue qu'après cette aventure ce fut , en effet , moins dans la Grande-Grèce que dans les autres villes grecques que se maintint la secte pythagorique. D'ailleurs, selon le témoignage de lamblique, les pythagoriciens dispersés furent ensuite rappelés , et revinrent au nombre de soixante de l'Achaïe , où la plupart s'étaient retirés. Les écoles furent alors rétablies, et subsistèrent jusqu'au temps où les villes grecques perdirent leur liberté. INigidius-Figulus, du temps de Cicéron , les fit revivre, et il y eut long- temps après des pythagoriciens en Italie. Justin, martyr, eut pour maître un philosophe de cette secte, et Clément d'Alexandrie en eut deux dans la Grande-Grèce.

Le savant auteur examine ensuite: pourquoi la secte de Pythagore fut appelée italique: il observe qu'anciennement, et même du temps de ce philosophe jusqu'à celui d'Aristote et d'AIexandre-le- Grand , on n'entendait par. l'Italie que cette étendue de pays qui porta ensuite lé nom de Grande-Grèce. Voilà pourquoi lamblique dit qu'après l'entreprise de Cylon^ le reste des pythagoriciens sortit de l'Italie, à la réserve d'Archytasde Tarente*, et prit le ' parti de se réfugier à Rhegium. Car , : comme cette ville . n'était pas comprise: dans la Grande- Grèce, elle n'était pas non plus dans. l'Italie de ces temps-là. Cette contrée était ce que Pline appelle le froat d'Italie ^ A Locrisfron& ItaUœ^ incipit; dénomination dont Pomponius Mêla explique la raison

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en ces termes : Fron$ èjus in duo quidem se comua scindit (L 11^ c. 4>)- Voilà pourqtioi on trouve si fréquemment sur d'anciennes médailles de la Grèce Italique, la figure ou entière ou imparfaite d'un taureau , et d'où même est venu le nom êiltaJie, de FituluSy qui autrefois s'appelait I talus ou Fittdus.

M. Mazochi distingue dans la Grande «<>rèce, huit contrées, des Ijocriens, des Cauloniates, des habitants du golfe Scylletique, qui, dans la suite, prit le nom de Scylax, des Crotoniates, des Sybarites, nommés ensuite Thuriens, des Héracléotes, des Métapoiltins et des Tarentms. Il entre bientôt après dans le détail des villes particulières , et , eu parlant de Crotone , il ne manque pas d'avertir que son nom vient du chaldéen kartha^ villes et qu'il ne Êiut pas la confondre avec une auire ville de Toscane que les latins ont nomitiée iJortone^ quoique les Grecs aient également appdé l'une et l'autre Crotone (Kporûva) : il remarque aussi que les Locres d'Italie étaient une. colonie de ceux de la Grèce. Le Parnasse partageait le territoire de ceux-ci, de sorte que ceux qui habitaient en de* çà, entre l'Étolie et la Phocide, s'appelaâent Locriens Ozoles^ et ceux qui étaient au^elà , du coté des Thermopyles et de l'Ëiuipe, se nommaient liiocriens Épicnémidiens , du nom d'une montagne voisine, comme les Locriens d'Italie s'appelèrent JÉpîzéphiriens à cause du promontoire voisin.

Après avoir ai|isi parcouru les villes renfermées dans la Grande-Grèce propremeiït dite, l'auteur passe à la liste des villes grecques qui étaient sur

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les cotes de la mer Adriatique ; il la commence par la ville appelée Hatria ou Hadria^ qui donna son nom au golfe , et la termine par celle qui , au midi , se nommait Hydrus on Hydrunium. Il observe que Brundusiunf) s'appelait aussi Branla ou Brunta^ et même Brenta ou Brenda, nom que les Grecs dérivaient de Bp^vriov, qui signifie bois de cerf, pat^ce que , comme le dit Strabon , cette ville avec son port représentait la tête de cet animal. Mais l'auteur, selon sa coutume, remonte au chaldéen biranta^ qui signifie uti^br^ ou un palais,

La troisième liste qu'il présente comprend les villes grecques qui étaient sur les côtes de la Lucanie, dépuis fihegium jusqu'à Posidonie, Il lui restait à parier des viUeâ grecqueis situées sur les côtes de la Campanie , mais il renvoie ce détail à un autre volume. Pour iformer le catalogue de toutes ces villes , il ne se fonde pas seulement sur le témoignage des auteurs, mais plus encore sur les médailles et sur les anciens monuments. Voici , en peu de mots, la substance de son système. îl pense que les Étrusques, qui, selon lui, venaient de la Phénicie, ou du moins de TOrient, furent d'afbord les maîtres de presque toute l'Italie , et y bâtirent des villes. Les Grecs n'y abordèrent que long-temps après, et s'établirent principalement sur les côtes miaritimes. Mais , pour connaître Fétat de la Grèce Italique, il faut distinguer les temps. Anciennement, «t environ l'an 200 de Rome, on distingua la Grande- Grèce, comprise, comme on l'a dit, entre les branchés de l'Apennin et trois golfes, du corps des

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autres villes grecques , dont les unes , placées sur les côtes de la mer Adriatique , s'étendaient depuis Hadria jusqu'à Leuca, et les autres étaient situées sur les rivages de la mer de Toscane , depuis Rhegiura jusqu'à Cumes. Le corps de ces villes portait simplement le nom de Grèce Italique. Vers les derniers temps de la république, et sur -tout des premiers empereurs, plusieurs de ces villes adoptèrent la langue et les lois romaines ; de sorte que , du temps de Strabon , qui écrivait sous Tibère , il ne restait presque plus de ces villes grecques que Rhegium et Naples. Avant cette époq^ie , et vers le septième siècle de la république , il y avait déjà eu :un changement qui avait influé sur le langage. Il restait deux corps de villes grecques, l'un renfermé dans les deux branches de l'Apennin, dont on a tant parlé, et qu'on appelait alors Major-Grûscia, c'est le nom qu'on lui donnait du temps de Cicéron; l'autre, sur les bords de la Campanie, portait le nom de petite Grèce, ou de Grèce simplement.

Toutes ces villes grecques avaient cela de commun , qu'elles étaient ou sur les côtes, ou peu éloignées de la mer: aussi n'y en avait-il que sur les côtes maritimes du royaume de Naples , non-seulement jusqu'à Cumes, mais même jusqu'à Sinope, qui prit le nom de Sinuesse. Au-delà, et plus au nord, il n'y avait point de villes grecques, et Tintérieur du royaume de Naples était occupé par différents peuples. Il y en avait aussi dans la Sicile, mais elles ne faisaient point partie de ce qu'on appelait Ja. Grande-^Grèce, et Xylander. ne l'a fait dire à

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Strabon , que parce qu'il a mal . rendu le texte de son auteur;

On sait assez dans combien de discussions épineuses et de recherches profondes doit jeter un pareil détail: aussi Fauteur ne les épargne pas à ses lecteurs. Sa vaste érudition ne se montre pas moins dans ce qu'il dit sur Héraclée : il relève une faute échappée à M. de l'Isle , qui , dans sa carte de l'ancienne Grèce, avait plaicé Vu^calandre au midi du. fleuve Cylistame, au nord duquel est le. Siris; il montre que Vjicalandre était entre le fleuve Aciris^ vers le nord, et le fleuve Siris plus méridional ; et c'est ainsi qu'il l'a placé dans une carte de la Grèce Italique jointe à ses dissertations. Or,» c'est sur la droite. de l'Aciris qu'Héraclée était située; les Tarentins , qui la construisirent , y firent passer les habitants de Siris : c'est une autre ville qui était placée sur le fleuve du même nom. Mais quelle fut l'origine de Siris? c'est un point quel'auteur ne nous laissera point ignorer. Elle .fut bktie par les Ioniens, qui furent, à son avis, les petitsfils de Noë par Javan , et cela long-temps avant lai guèrfe de Troie.. Dans la >uite, les.Troyens, imis aux Grotoniates, c'est-à'-dire , aux Acfaéensy massacrèrent les Ioniens et s'emparèrent de la ville. Après quoi, les Thuriens et les Tarentins se. la disputèrent, et l'on convint que les uns et les antres l'habiteraient, à condition que l'autorité appartiendrait à ceux-ci. Enfin, les Sirites furent obligés de quitter leur ville, et de vçiiir peupler Héraclée, où les Tarentins envoyèrent aussi une. colonie. Siris porta

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cKfférenis noms, entre autres » celui de Chone: c'est ainsi, selon Phavorin, que les Egyptiens appellent Hercule qui passa en Italie, et donna son nom aux Sirites. L'auteur ne se coatente pas de cette étyraologie, il en tire une autre de Thébreu Chiony nom qu'on sait avoir été donné à Saturne par les Phéniciens: ce qui fait compendre pourquoi, selon la remarque de Plutarque {in Isidé) Anubis , appelé par les Grecs Kucdv^ était Saturne. De Ouon on fit Kpàv ou Kpovov, en insérant une r, et Kpovia,^ sa^ turnia terrai au lieu de ](<àvia.

Tarentje est une autre ville veîfiine d'Héraclée, qui prête aux recherches de M. Mazochi. On la croit bâtie par Taras , fils d^Hevcule, selon quelquesuns, et de Neptune, selon> d'autres, dont l'auteur adopte le sentiment. Il croit de plus i^<à ce Taras est le même que Tiras , fils die Japhet : or , on sait que, suivant Bochard, Neptune et Japhet étaient la même personne. Les Cretois dans la suite s'en emparèrent, ou du moins partagèvent l'autorité avec les anciens habitants , et cela avant la guerre de Troie « ce qui dura jusqu'à la vingt -'Umeme olympiade; Ce fut alons que les Parthéuiens de Lâcédémone, sous la conduite de Phalantus^ s'en rendirent maîtres; Elle était flosissante du temps da philosophe- Archytas. (rvers la centième olympiade) , qui la gouvernait. £lle perdit son autonomie duf temps d'Annibal , vers l'an 544 de Rome , et, fiit prise par Fabius Maximus; enfin ,.vero FanôSo, les Romains y envoyèrent une colonie.

On a pu r^nairquer que oe sanrant auteur saisit

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les occasions qui se présentent de chercher dans la langue phénicienne les origines des noms. C'est ainsi qu'en parlant de Métapoute^ qui auparavant s'appelait Metabus, il n'hésite pas de dire qu'elle ftit aiitôi nommée ^0 les Orientaux ou les Phéiii* cieus, qui la bâtirent, du ehaldéen Metiba^ qui signifie séjour ^ domicile. Après la guerre de Troie, les Pyliens y envoyèrent une colonie ; détruite ensuite par les Samnites, elle fut habitée par les Achéens.

Les géographes jusqu'ici n'avaient reconnu qu'une ville appelée Pandosie , sur les confins de la Lucanie, où mourut Pyrrhus, roi d'Épire; elle était placée où maintenant est Mendicino. Mais il y en avait une autre près d'Héraclée sur le bord du fleuve Siris; Plutarque [in Pjrrho) en parle, et il en fait souvent mention dans les tables commentées par l'adtéur. EUe était sur la colline où fut ensuite Anglona, ville épiscopale détruite.'

Les bornes d'un extrait ne nous permettent pas de suivre M. Mazochi (ïj dans toutes ses digressions , quoiqu'il y en ait plusieurs où , parmi quelques conjectures hasardées, on trouve des vues peu communes, et des discussions intéressantes

pour la connaissance de l'antiquité. Il serait peut-

(i) Mazochi estimait beaucoup les ouvrages de Barthélémy, dans lesquels il trouvait non-seulement beaucoup de sagacité et d'éioidition, mais encore une hrevitâ lucida e ponderosa, expressions remarquables dans la bouche d'un savant de son caractère.

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être à souhaiter qu'il eût daigné donner plus d'ordre, de précision et de méthode à un» ouvrage, sur-toiit d'une érudition aussi sèche et aussi profonde ; nous ne . doutons pas néanmoins que les amateurs de la haute littérati^# n'en attendent la suite avec empressement.

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