‹ Œuvres diversesChapitre 18 sur 69 · A M. LE PREMIER PRESIDENT MOLE · texte numérisé non relu

A M. LE PREMIER PRESIDENT MOLE

A Toccasion de la naissance de M. de Champlatrenx (I).

Précipite, graad Dîeiij dans la nuU eWnelle Du superbe oppresseur la race criminelle ; Ensevelis son nom dans Toubli du tombeau ; El que de ses palais l'editice fragile f

Brise comme Targile , De ses derniers en fans écrase le berceau..

Mais conserve , ô mon Dieu ; sous ton aile puissante Des bumains bien faisans la race florissante : Qu'ils étendent au loin leurs rejetons nombreux ; Que des fruits immortels de leur tige féconde

Ils nourrissent le monde , £t couvrent l'orphelin de leurs rameaux heureux.

Famille de Mole y triomphez d'âge en âge ; Bravez ; bravez des ans Tinjurieux outraee ; Que la gloire vous porte à l'immortalité.

Ombresdesdemi-dieuXy puissent nos chants profanes,

Sans offenser vos mâpes y Se mêler aux accens de la postérité.

(I) Edooard-Françoia-Mathiea Mole de Cliamplatreax , né. à Paris le 6 mars 1760 , mort sous la ftinz réfolationnaire le l*' floréal an II (20 avril 1794).

Des siècles et des teni{Js je franchis la barrière ; De vos pas lomineux ,* eiâpreints dans la carrière; Jusqu'à votre berceau la trace m'a conduit :

Tel un astre, ëlancë de lit céleste voûte ,

Vole et marque sa route Par les sillons* de feu .qui brillent dans la nuit.

Quel est ce magistrat^, dont le mâle courage^ Tranquille , inébranlable au milieu de Torage , Affronte la fureur d'un peuple impétueux?

Je le vois y au milieu du trouble et des alarmes ,

Des flàmbeaux'et des armes , Arrêter d'un regard ces flots tumultueux.

Ainsi de rEternel la sagesse profonde

Choisit dans ses trésors, .pour les besoins du monde ,

Ces héros destinés aux siècles malheureux ,

Et ; parmi les débris des trônes qui succombent ;

Derempires qui tombent , Commande à l'univers de s'appuyer sur eux.

O jours infortunés ! temps affreux ! temps barbares ! Les peuples s'égorgaient pour des monstres avares ; La Licence émoussait le fer sacré deâ lois ; Et| d'un glaive perfide armant sa main sanglante ,

La Discorde insolente Livrait à des tyrans la couronne des rois.

France , tu ne crains plus ces tempêtes cruelles ; Ils ne sont plus ces temps où tes enfans rebelles

(I) Mathieu Mole , procureur-général en 1614 , premier président le 19 novembre lOél » garde-d(^flceaax le 3 avril I66I , mort le 3 janvier 1666.

De leurs cruelles maiva^^e déchiraient le flanc : Le Français, plusf heureux que ses tristes ancêtres ,

S'imiAole pour ses maftres | Et contre ses rivaux va prodiguer son sang.

Mais^ dans ces jours brillans,dans «es jours de tagloire^ De tes anciens appuis tu chéris la mémoire ; Les Mole pour jamais sont gravés dans ton cœur ; Tu vois avec transport Théntier magnanime

De leur vertu sublime Dans le temple des lois veiller à ton bonheur, r

Hëlas ! de ce grand nom c'est Tunique esper&nce ! Perira-t-ily grand Dieu , ce nom cher à la France^ Nous laisses-tu joiiir de ses derniers bienfaits ? £t verrons-nous tarir, dans son antique source,

Ce fleuve dont la course Répandait parmi nous Tdbondanoe et la paix 7

Ces heVps , descendus dans les royaumes sombres ; Se cachent de douleur dans la foule des ombrés ; L'orphelin consterne garnit snr leur tombeaux , £t craint que de la- mort l'haleine déyorante

De leur race expirante N'éteigne pour jamais le glorieux flambeau.

O nuit ! dissipe-toi ; le jour est près d'éclore ; D'un demi-dieu naissant je vois briller l'aurore ; De l'éclat de son front le ciel s'est embelli ; Cet auguste palais , arrosé de nos larmes,,

A repris toi^s ses charmes ^ Et ses marbres fameux de joie ont tressailli.

Noble fils des héros /douce et frêle espérance ,

118 s * ODES.

Si le sort y loiù denou8,y eûi placé ta naissance. Dans ces temps fabulelix , la nbate des.faumains , Des prêtres , entourés de victimes sanglantes ,

Dans leurs Teînes fumantes Auraient.interrogéies décrets des destins.

De tes jours fortunés annonçant les miracles ^ La sibylle du Tibre eût rendu ses oracles ; La Perse eût assemblé tous ses mages fameux ; L'Ëlide eût fait parler de ses forêts antiques % . Les chênes prophétiques ;

Et pour toi Babjlone eût consulté les cieux.

«Moi j j'aurais de ton nom consulté le présage ;

Du bonheur des Français ce nom seul est le gage^ . L'héritier de Mole doit au monde un héros :

Déjà je vois Thémis qui^ pleurant d'allégresse y Dans ses bras te caresse ,

Te sourit tendrement, et te parle en ces mots :

f Rejeton précieux d'une tî^e adorée.

Le ciel enmd t'accorde à Themis éplorée; Ma bouche te prometie destin le plus beau :

Souviens-toi seulement qu'au jour de ta naissance

J'ai reçu ton enfance , Que mon temple sacré t'a servi de berceau.

Ah! sans ^oute le dieu qui préside à la guerre. Jaloux de mon bonheur et du biérn de la terre , Osera t'inviter à marcher sur ses pas :

Sans doiîte il t'offrira l'éclat de la victoire ,

Les palmes de la gloire ;' Mais qu'il n espère point t'arracher de mes bras.

Qae ses barbares mains , en ravages fécondes ,. Des fleuves de l'Europe ensanglantant les -ondes , Changent les beaux climats en de vastes déserts ; Sous son sceptre d'airain que les arts se flétrissept,

Que les peuples gëmissétit ; Avec moi^ cher enfant ^ tends heureux l'univers,

Déjà le crime tremble^ et le faible pupille Contre l'usurpateur te demande un asile ; Entends ces cris de joie élancés vers les oieux ; Et y de l'astre du jour si ta fendre paupière

Peut souffrir la lumière , Contemple ce palais où régnaient tes aïeux.

C'est là qu'ils protégeaient la timide innocence ; . Là l'auteur de tes jours enchaîne la licence ; . Tu baiseras ces mains qui domptent l'oppresseur j Dans ses embrassemens tu puiseras la flamme

Qui brûle dans son ame , Et son cœur tout entier passera dans ton cœur.

Et toi, pour cet enfant épurant ta lumière.

Soleil, va préparer son illustre carrière ; Ouvre pour lui du Temps lé palais immortel !

Choisis les jours d'azur dans ces ricTies demeures j

Que la troupe des Heures Se rassemble en riant sur to>i char e'iernel.

Que l'innocent plaisir sur leur «front se déploie ; Que leurs jeux , embelli^rdetivayons de la joie. Ecartent pour jamais le chagrin ténébreux.

Viens,descend*s,ô Bonbeur,sur leurs brillantes ailes j

Et que leurs mains fidèles Forment des plus beaux ansrenchaînement heureux. «

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