‹ Œuvres diversesChapitre 68 sur 69 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

DK H. LE BAILLI DB FBBSLOir ,

Colonel du régiment de Malte, à on officier du même

régiment.

Maire , le aS mai i785.

Vous VOUS trompez , mon cher confrère ; la lettre que vous m'avez envoyée ne peut pas être du voyageur aimable à qui on j'attribue. Nous ne l'avons possédé que seize heures ; toutes les autres , noas avons vu avec ^ regret qu'il les a passées à son bord ; et comment un littérateur estimable, dont les ouvrages passeront à la postérité , dans un espace de temps aussi court , se serait-il cru en état de porter un jugement plus que sévère sur une constitution singulière, mais non bizarre, et dont la sagesse est universellement reconnue ?

Admis à l'honneur de manger avec le souverain , accoeiUi,

d'ofTenaant poor Tordre respectable dont rou$ êtes an des

membres les ^Ins distingués ; je me sais rappelé qu^en je m*étais plaint amèrement de la blancheur ébiouisj

effet ouïssante

recherché de ses clievaliers , se fât>il permis de les traduire au tribunal de TEurope comme des détracteurs d'une administration que nous voyons être attentive aux besoins des autres nenples ? Eùt-ll osé nous peindre comme des indiscrets , des ingrats envers un sexe pour lequel , même en y renonçant , nous nous faisons gloire de conserver du respect et des égards , et que , sans décence , sans exception ,

cette lettre accuse de se dévouer à nos plaisirs? Ce

nVst pas lui.

En calculant que la pauvreté maltaise a pour patrimoine des biens immenses , un esprit juste , tel que te sien , les eut du moins comparés aux dépenses énormes , indispensables , auxquelles cet ordre hoi<pitalier et militaire est assujéti ; et des yeux malades même eussent aperçu qu'une noble épargne était la base de ses richesses , et qu'elle nous devenait tous les jours plus nécessaire.

Tandis qu'à la réserve de quelques commanderies , destinées pour la plupart à être l'indemnité ou la lécompense des services onéreux ou distingués . toutes les autres appartiennent aux anciens chevaliers, il n'eut pas abusivement dit qu'elles étaient distribuées par le grand-maître , sa main se serait surtout refusée à tracer ces lignes hardies, où une partie de la noblesse de l'Europe est dépeinte comme plus avide d'obtenir des grâces qu'ambitieuse et jalouse de les mériter.

Il n'eût pas avec inconséquence taxé de barbarie monacale ceux qu'il semble applaudir de s'être soustraits à ce qu'il appelle de vieux préjugés; et. loin de voir dans cet ancien et honorable institut une lonaation, un attentat contre l'humanité , il eut respecté , béni les défenseurs de ses droits en apercevant des pirates à la chaîne.

Observateur attentif, il eût parcouru nos infirmeries et les autres asiles de l'indigence et du malheur ; il y eût vu les cœurs voler au devant des besoins , et jusque dans nos prisons même^ on , pour la sûreté des nations, sont détenus ceux qui infectaient les mers , il eût entendu des voix reconnaissantes publier des bienfaits.

Vous voyez, mon cher confrère , que tout se réunit pour prouver qu'un homme du mérite de M. l'abbé Delille ne peut pas être l'auteur des observations sur la constitution et les mœurs de Malte. Cet élégant écrivain travaille , il est vrai , à un poème sur Plmagmaeion ; mais le ton honnête de tous ses ouvrages est une preuve qu'il est bien éloigna da permettra des écarts à la sienne.

Tai Phonnear d'être , etc.

de y08 marallles, qni en huit jours auraient aoheyé de m'aveoffler. Je me suis permis encore des plaintes et même des déclamations riolentes contre rinsnpportable chaleur

aue nous avons essayée dans votre ville. Voila les atrocités ont je suis obligé cle m'avoner coupable.

Parlons sérieusement , monsieur le Bailli. Il est bien étrange (^ue Ton veuille me rendre responsable de ce qu'on a pu insérer dans une lettre sans signature et sans aveu, et falsifiée peut-être autant de fois qu'elle a été copiée. La boule de neige, poussée par des polissons, à mesure

2n*elle roule , se grossit et se salit ; voilà sans doute le sort e cette lettre dont il a couru dans le monde tant de copies plus ou moins infidèles. Celles oîi Ton dit que votre ordre est la seule école d'héroïsme qni existe dans le monde , où. l*on vante Tesprit de politesse, de lojauté, d'hospitalité qni distingue vos chevaliers, ces copies-là, je les avoue avec plaisir ; celles où Ton se permet des observations ou trop libres ou mêmes injurieuses ^e les désavoue absolument . et votre lettre , monsieur le Bailli ^ me dispense d*en détailler les raisons. Accueilli de la manière la plus distinguée par votre illustre et vertueux souverain, lié depuis nombre d*annéesaveç plusieurs de vos chevaliers qui nrhonorent de leur amitié , cultivant un art qui fait profession d'admirer et de chanter les vertus héroïques , avec Qu'elle vraisemblance a-t-on pu m'attribuer les phrases hardies et repréhensibles dont on se plaint ?

J'ai l'honneur d'être avec respect , etc.

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