PARTIE II, CHAP. XVIII. i4t
Pendant ce temps , don Quichotte coiisidé<« rait douze villageois parés de leurs habits de ifétes , montés sur de belles jnmens richement enharnacbées et portant des sonnettes au poi<r trail. Ces cavaliers , en arrivant , commencèrent aussitôt les courses , tantôt en troupes , tantôt dispersés , se mêlant , se séparant , et criant à haute voix : Vivent Quttterie et Gamache ! II est le plus riche de nous ; elle est la plus belle du monde : vivent à jamais ces époux heureux ! Notre héros se disait tout bas : Ils n'oseraient s'exprimer ainsi s'ils avaient vu Dulcinée. Au même instant , par les divers côtés de la feuillée^ parurent différens groupes de danseurs ? parmi eux se distinguaient vingt-quatre jeunes garçons , vêtus de blanc, portant sur leurs têtes des mouchoirs de soie de couleur, et tenant l'épée à la main. Arrivés au milieu du cercle , chacun choisit son adversaire , sa place , se prépare au combat ; et tous s'attaquent à la fois. Leur adresse , leur agilité , leurs coups redoublés et parés , leurs épées voltigeant dans l'air , leurs victoires toujours disputées et jamais san~ glantes , les sauts , les ris , les cris de joie des vaincus comme des vainqueurs , donnèrent un long plaisir à tous ceux qui les regardaient , et charmèrent surtout don Quichotte^
Ces combattans firent place à une troupe d»
i^2 DOM QUICHOTTE.
^unes fill«s , dont la plus âgé«i ayait dix-kuit ans ,-et que l'on avait choisie» parmi les plus ]b«lles du pajs : elles étaient vétu»s de yert , les ckcTeux épars , couronnées de roses , et se tenaient entre elles par des guirlandes d'amarante et de jasmin. Un rénérable yieillard et une ancienne matrone étaient à leur tête : elles s'avançaient en dansant au son d'une cornemuse maure; et le plaisir qui brillait dans leurs jeux s'accordait avec la pudeur qui ne quittait pas leurs visages.
Après elles , une pantomime attira tous les regards. On vit s élever un château superbe, inaccessible des quatre côtés. A ses créneaux Ion distinguait une jeune et timide fille, dont les attraits éblouissaient les yeux. L'Amoi^r , environné de son aimable cortège , vint tirer contre les murailles toutes les flèches de son carquois , et fit de vains efibrts pour s'emparer ^ de la charmante captive. La Fortune, qu'on reconnaissait k ses habits éclatans d'or, à la richesse de ses courtisans , osait tenter la même entreprise. Après plusieurs attaques et plusieurs ruses , long-temps déjouées par les deux émules , le château s'écroulait devant la Fortune , et lai livrait la jeune beauté. L'Amour , oubliant son dépit , venait bientôt se mélei aux vainqueurs, les couronnait de aes mnins ,