‹ Œuvres Don Quichotte da la Manche, trChapitre 93 sur 124 · PARTIE 11, CHAP. XXII · texte numérisé non relu

PARTIE 11, CHAP. XXII

qu'ils furent joints- par un homme à pied, pressant à coupa de fouet la marche d'un mu« let chargé de lances. Cet homme suivait la même route que notre héros , et passa près de lui sans s'arrêter. Mon ami , lui cria don QuL' chotté, votre pauvre mulet n'en peut plus; il faut que vous ajes de grandes affaires pour le presser aussi vivement. J'en ai de grandes en effet , répondit le voyageur ; car les armes que vous vojez doivent servir demain dans un combat. Je ne puis vous en dire davantage ; mais , si vous venez coucher à la première hôtellerie , où je compte m'arrêter quelques heures , je vous instruirai du singulier motif de la bataille qui doit se livrer. En disant ces derniers mots , le vojagéur était déjà loin.

On peut juger de l'extrême désir qu'eut aussitôt notre chevalier de rejoindre cet homme et de lui parler. Il fit doubler le pas à Rossinante , et se hâta de gagner l'hôtellerie , où il arriva peu avant la nuit. Cette fois il ne la prit point pour un château , ce qui fit grand plaisir à son écujer. A peine descendu de cheval , don Quichotte demanda des nouvelles de l'homme qui conduisait le mulet chargé de lances. L'aubergiste lui répondit qu'il était à l'écurie. Notre héros courut Vy chercher , et

le trouva criblant de laToine. Dans l'impatience où il était de l'entretenir , il Taida luimême à donner à manger k son mulet ; ensuite il le mena s'asseoir avec lui sur un banc de pierre , le somma de sa promesse ; et l'aubergiste , le guide , Sancho^ étant venus se mettre en cercle pour écouter , le voyageur commença •on récit. *

Dans un village , dit-il , éloigné d'ici de quatre lieues , un de nos échevins perdit son âne. Malgré toutes les diligences qu'il fit, il ne put le retrouver. Quinze jours après , un autre échevin , confrère du maître dé l'âne perdu , vint l'embrasser sur la place, en lui disant : Réjouissez -vous 9 je vous apporte des nouvelles de votre âne. Ah! mon confrère , répondit l'autre , que je vous suis obligé ! Ces nouvelles sont -elles bonnes ? — Oui , mon confrère ; je Tai vu ,' je l'ai rencontré dans la montagne, sans bât, sans harnais, tout nu, fort mai]gre , mais enfin c'est lui : j'ai fait tout au monde pour vous le ramener; la maudite bête est déjà si sauvage , qu'elle n'a voulu entendre à 'rien ; et , se mettant à ruer aussitôt que j'approchais ,,elle est allée se cacher dans le plus fourré de la montagne. Je vous propose , mon confrère , d*j retourner avec vous , et j'espère qu'à nou$ deux nous viendrons à

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