‹ Œuvres Don Quichotte da la Manche, trChapitre 98 sur 124 · CHAPITRE X,XI1I · texte numérisé non relu

CHAPITRE X,XI1I

Les marionnettes de Méiisandre»

Là A cour de Didon , la suite d'Ênée, écoutaient dans un profond silence. Toutes les oreilles étaient attentives , tous les jeux fixés sur la scène, lorsqu'on entendit derrière le théâtre un grand biliit de trompettes et de tambours , mêlé de salves d'artillerie. Alors le petit garçon prit la parole , et dit , d'un ton de fausset :

Ici commence la véritable histoire de la belle Mélisandre et de son époux don Gaïféros, histoire tirée des chroniques ^françaises et des romances espagnoles, que grands et petits connaissent. Vous allez voir comment Mélisandre/ prisonnière chez les Maures de Sansuegne, qui s'appelle à présent Saragosse, fut remise en liberté par son mari don Gaiféros. Le voilà ce don Gaîféros , qui , oubliant un peu sa femme , s'amuse et se divertit à la cour de l'empereur Gharlemagne, père pu-

i8ft DON QUICHOTTE.

tatif de Mélisandre; le yoilà qui fiiit une partie de dames, comme le dit la romance :

Don Gaîfëros joue aux dames , A la sienne il ne songe pas.

Vous voirez présentement ce personnage 4|ui paraît avec la couronne en tête et le sceptre dans la main; c'est l'empereur Charlemagne.

Il n'est pas de trop bonne humeur de voir son gendre oublier sa femme , et vient loi parler vertement de tous les dangers que court son honneur en laissant ainsi son épouse captive. Don G^iféros lui répond , et l'empereur »e fâche à tel point , qu il est prêt à lui donner de son sceptre sur la Egure : on prétend qu'il lui en donna. Quand sa réprimande est finie , Charlemagne lui tourne le dos. Yojez comment don Gaiféros , piqué de ce qu'il vient d'entendre , se lève enflammé de colère ; comme il jette par terre la table , les dames et le damier; comme il demande ses armes , et prie son cousin , don Roland , de lui prêter sa bonne épée Durandal. Don Roland refuse de la lui prêter; il s'offre d'aller avec lui pour délivrer Mélisandre : mais don Gaiféros le remercie; il dit que lui seul suffira, va s'armer, monte k cheval , et prend la route de Sansuegne.

A présent, messieurs, regardez cette grande

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