SCENE V
Elle me quitte ! Et moi, dans un lâche silence,
Je semble de sa fuite approuver l'insolence!
Peu s'en faut que mon cœur, penchant de son côte.
Ne me condamne encor de trop de cruauté ^!
Qui suis-je? Est-ce Monime? Et suis-je Mithridate?
Non, non, plus de pardon, plus d'amour pour l'ingrate 3.
1 II en mourra. Ce mot si simple, dit La Harpe, est ici admirable ; il contient tout ; ç,*e8t à la fois ce que Tamour peut dire de plus tendre et de plus adroit ; c'est la perfection. On voit par ce mot qu'elle espère encore trouver dans Mithridate le cœur d'un père. S'il résiste à cette idée, rien ne pourra le toucher ; car ce n'est pas la douleur d'avoir perdu sa maîtresse qui fera mourir Xipharès, mais la douleur d'avoir déplu à son père.
s On dit aeetuer de, et condamner pour; mais le mot accuser n'auroit point rendu toute la pensée de Racine. Peutr^tre qu'en faisant suivre le verbe condamner de la préposition de, il n'a fait que se conformer à im usage reçu à Vépoqne où il écrivoit, ainsi que Molière en offre des exemples. Au reste, c'est un latinisme qui paroit logique ; puisqu'on dit accuser de, absoudre de , convaincre de , pourquoi ne diroit-on pas condamner de t
t On diroit que Racine a calqué ce monologue de Mithridate sur celui d'Auguste dans Cinna : on y reman^ue la même marche, les mêmes mouvements. Racine ne poûvoit se proposer un modèle plus