‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 107 sur 397 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

Ifa colère lerlent, et Je me reconnois * : Imnolons, en partant, trois ingrats à la fois. Je vais à Rome; et c*est par de tels sacriOces Qn*il but à ma fureur rendre les dieux propices *. Je le dois, je le puis; ils n'ont plus de support : Les plus séditieux sont déjà loin du boni. Sans distinguer entre eux qui je hais ou qui j*aime, AlloDS, et commençons par Xiphan>s lui-même. Mais quelle est ma fureur? et qu'est-ce que je dis? To vas sacrifier... qui, malheureux? Ton fils! Un fils que Rome craiut! qui iH'ut venger son père ^l Pourquoi répandre un sang qui m'est si nmissaire? Ah! dans Tétat funeste où ma chute m'a mis, Est-ce que mon malheur m'a laissé trop d'amis? Songeons plutôt, songeons à gagner sa tendresse : ' Tai besoin d'un vengeur, et non d'une maltresse ^. Quoi! ne vaut-il pas mieux, puisqu'il faut m'en priver, La céder k ce. fils que je veux conserver? Cédons-la. Vains efforts, qui ne font que m'instruire Des foiblesses d*un cœur qui cherche à se séduire! Je brûle. Je Tadore; et, loin de la bannir...

ptrfUt, et pencmne n'étoit plus capable que Bacinc d'égaler ce modèle. (O.) #

1 Cette rime, reconnoig et à la foU^ déplaît aujourd'hui. L'ancienne fVoiMmciation étoit cause qu'elle ne choquoit point. (L. R.)

t n fttut être Mithridate pour s'imaginer que de pareils sacrifices lai rendront les dieux favorables ; et, un peu plus loin, il faut encore être Mithridate pour faire un crime à Monime de son amour pour elle :

▲ht c'est on cr'xmt eocor dont je la veux punir. (L. R.)

> Cette raison politique est admirable dans la bouche de Mithridate. (L. B.) — Être craint des Romains , pouvoir venger son père, ■ont des quartés qui rendent Xipharès plus précieux aux yeux de Mithridate que son titre de fils. ( O.)

k Cest la condamnation de Mithridate dans l'ordre de la raison : . c'est son excuse dans l'ordre dramatique. On ne l'excuse que parccqu'il se condamne. Cest le but de la vraie tragédie, de montrer les passions de manière à les faire plaindre dans les personnages qu'elles rendent malheureux, et à nous en faire rougir pour eux de manière à les éviter pour nous-mêmes. (L.)

1t>8 MITHRIDATE.

Ah î c'est un crime encor dont je la veux punir.

(Juelle pitié retient mes sentiments timides?

N'en ai-je pas déjà puni de moins perfides?

() Monime! ô mon fils! Inutile courroux.

Et vous, heureux Romains, quel triomphe pour vous *

Si vous saviez ma honte, et qu'un avis fidèle

De- mes lâches combats vous portât la nouvelle !

Quoi ! des plus chères mains craignant les trahisons *,

J'ai pris soin de m'armer contre tous les poisons;

.Pai su par une longue et pénible industrie,

Des plus mortels venins prévenir la furie ;

Ahî qu'il eût mieux valu, plus sage et plus heureux,

Kl repoussant les traits d'un amour dangereux,

Ne pas laisser remplir d'ardeurs empoisonnées

Un cœur déjà glacé par le froid des années!

De ce trouble fatal par où dois-je sortir 3?

1 Imitation d'Homère. Nestor, dans le discours qu'il adresse aux chefs de l'armée grecque , au sujet de la querelle d'Âgamemnon et d'Achille, s'écrie de même : « Quelle joie pour Priam , pour ses en^ii fants, et pour tous les Troyens, si la renommée leur porte la nouu velle des fatales discordes qui s'élèvent entre deux héroç , les pre- « mlers de la Grèce en prudence 1 »» (Iliade, liv. I.) (G.)

t Voltaire citoit souvent ces vers comme un modèle d'élégance, •d'harmonie et de goût. Mithridate , dans Appien, s'exprime ainsi : « Cest en vain que j'ai recours au poison. Je n'ai que trop bien réussi « à me prémunir contre ses effets. Insensé 1 je ne me suis pas mis en " garde contre un poison plus dangereux, et qui attaque la vie de tous « les rois : la perfidie de mes enfants, de mes amis, de mes soldats. »

9 Ce monologue est admirable. Les sentiments, qui naissent les uns après les autres , se détruisent les uns les autres : ce qui doit être. Si Mithridate s'est trouva dans une pareille situation, il a dit tout ce que le 'poëte lui fait dire. Il a dû d'abord vouloir sacrifier son fils ; il a dû se rappeler que ce fils lui étoit nécessaire pour se venger des Romains ; il a dû croire les Romains témoins de ses foiblcsses ; il a dû condamner la précaution qu'il a eue de s'armer contre tous les poisons, lorsqu'il ne s'est point armé contre le poison le plus dangereux de tous. (L. R.)

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