‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 119 sur 397 · ACTE V, SCÈNE V. tHI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V. tHI

Hscbmc ; et tous ces vœux que j'exigcois do vous. Mon coeur pour Xipharès vous les demande tous.

MOMVE.

Vivez, seigneur, vivez, pour le bonheur du monde, * Et pour sa liberté, qui sur vous seul se fonde; Vivez pour triompher d*un euuemi vaincu. Pour venger...

Cen est fait, madame, et j'ai vécu Mon fils, songez à vous : ganiez-vous de pn^tendrc Que de tant d*ennemis vous puissiez vous défendre. Bientôt tous les Romains, de leur honte irrités. Viendront ici sur vous fondre de tous côti's. Ne perdez point le temps que vous laisse leur fuite A rendre à mou tombeau des soins dont je vous quille. Ttot de Romains sans vie, en cent lieux dispersés, SulBsent à ma cendre et Thonorent assez. Cachez-leur |>our un temiis vos noms et votre vie. Allez, résenez-vous...

XIPHARÈS

Moi, seigneur ! que je fuie !

Que Phamace impuni, les Romains triomphants S N'éprouvent |>as bientôt...

MrrHRIDATE.

Non, je vous le défends.

Tôt ou tard il faudra que Phamace p<''risse : l^ez-vous aux Romains du soin de son sup[)lice *.

qu*elle a inspirée à Déjanire : on peut dire aussi que Monime à causé la noTt de Mithridate, en lui inspirant de la jalousie et de la haine contre Xipharès ; mais Ilyllus n'est point l'amant d' lole et le rival de son père, ce qui met une grande différence dans la situation. Le P. l^moy est allé trop loin, lorsqu'il a voulu présenter comme une conformité parfaite une ressemblance assez légère. ( G.)

* Les grands écrivains ont le droit de créer des mots : impuni, appliqaé aux personnes, manqnoit i notre langue et à notre poésie ; je ne ferois aucune difSculté de m'en servir même en prose : je dirois un scélérat impuni aussi bien qu'un crime impuni; à plus forte raison, je crois que les poètes ne doivent se faire aucun scrupule de l'employer en vers. (G.)

* Ce vers plein d'amertnme a le double mérite d'annoncer le sort de

Mais je sens afibiblir ma force et mes esprits; Je sens que je me meurs. A.pprochez-vous, mon fils ; Dans cet embrassement dont la douceur me flatte, Venez, et recevez Tame de Mithridate ^

MOMME.

Il expire.

XIPHÂRÈS.

Ah ! madame, unissons nos douleurs, Et par tout Tunivers cherchons-lui des vengeurs *.

Pharnace et de peindre d'un trait la politique extérieure du peuple-roi. Les Romains se sont servis du fils pour accabler le père ; ils briseront l'instrument dès qu'il sera inutile.

' Mithridate s'exprime de la manière la plus conforme aux idées des anciens, qui donnoient le nom dUanima ou de spiritus au dernier souffle de la vie. (G.) — Liv. IV de VÉnéi<le, Didon s'écrie sur son bûcher :

« Aecipite hane animam. »

" Recevez cette ame. »♦ Sa sœur lui dit en l'embrassant :

« Extremus si quis super halitus errât, a Oe legam. »

u Ma bouche veut recueillir de dernier souffle qui s'échappe de son sein. »

t Racine n'a manqué aucun des traits dont les historiens ont marqué le caractère du fameux roi de Pont. Son infatigable haine contre les Romains, l'audace et les ressources de son génie, sa politique défiante et cruelle, sa dissimulation artificieuse, sa jalousie barbare, qui avoit si souvent sacrifié ses femmes à son orgueil, tout est fidèlement retracé dans ce rôle, et les couleurs ont autant d'éclat que de force. C'est véritablement une tête antique. Mais Mithridate, à sou âge, et dans sa situation, devoit-il être amoureux! L'opinion générale, qui là- dessus a condamné le poëte, malgré le succès, paroit fondée. Ce n'est pas que cet amour, dans le plan une fois donné, ne soit tout ce qu'il peut et doit être; et Mithridate, en se reprochant sans cesse sa foiblesse, offre en même temps l'aveu et l'excuse de la faute du poëte, et la preuve de son talent; mais peut-on disconvenir qu'au fond cette foiblesse n'énerve l'ouvrage en dégradant le ihérosl L'Annibal du Pont, vaincu et chassé de ses Etats, réfugié dans un coin du Bosphore, et de sa denûère retraite menaçant encore les Romains d'une invasion dans l'Italie, peut-i] sérieusement s'occuper de disputer le cœur de Monime à ses deux jeunes 4)s! Non, cette conduite est insensée, et indigne d'un roi et d'un héros :

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