ACTE V, SCENE V
fkMoîM ne la lui attribue point, et la tragédie ne «leruit \tnint la lai doaicr. Feat-étre cûIfU fallu que Mîthridatc. aif;ri plui que jamai* par MB raalhcara, népritaBt l'amour, comme Aci>mat. n'eût que l'orgMfl Jaloux d*iiii despote d'âaie; que la rivalité «l'un Je si*s flli. et non pas da tons Ica dens, fût continuellemi-nt mriée à une intrigue poli« tijqae, digne de la perfidie de Phamace, qui ptiuvoit là. san» blesaer aneane eoBTenance, être également furieus d'amour et d'ambition; qw Xipharèa ne fût ai amoureux ni aimé, mais seulemi-nt le fils de lUthridate, et le mortel ennemi de Phamace et des Rumainii. et que u«i«>ii«>^ aimât Pbarnace en détestant set crimes. Voilà |H.'ut-étre, si l'oa oaolt nbstitaer ua plan quelconque à un plan de Racine, ce qui ponvoit conaerrer à ce grand sujet toute l'austérité tragique qu'il de- ▼oit avoir. Il anroit été sans doute moins touchant, mais beaucoup pioa terrible; et c*eft ce que devoit être surtout le sujet de MithridaU. Le déaoaement, qui eat très beau, pouvoit être à i>eu près le même : mais J'ayoae qu'oa y aoroit perdu le rôle de Monime, <]ui, tel qu'il est, ne semble ua des chefs-d'œuvre de l'auteur. Ce rûle e»t surtout ranarqnable par la réunion la plus heureuse de toutes les bienséances les plos dâicates dans des situations difilcile.s, et par des grâces de diction et de sentiment, deagiaees touchanU'S, tuiles que les comi^^rto la tragédie, et qu*on ne trouve nulle part que dans cet inimitable rulc. Béféniee et Zaïre ont un grand charme ; mais remariiuez (|uc rien ne CDOtraint répsschement de leur amour ; et pour ceux qui ont quel(|ue idée de Tart, cette diiférence est capitale. Un sait «|iic la peinture des piifff*T* contraintes et combattues est le comble de la difficulté. Monime refuse d'être l'épouse de Mithridate, de manière qu'il n'y a personne qoine voulût en faire la sienne. l-Jle se n>fuse à son amont, de manlhe qn*il n*y a personne qui ne voulût l'être. Et c'est pourtant d'une véritable faute dans le plan, c'est d'un amour déplacé dans ^t- MridkifS, que Racine a tiré cette intéressante partie de son drame 1 Voila ce qui n*esi donné qu'au grand artiste. iL.)
FIN DE MITIIHIDATE.
IPHIGENIE EN AULIDE,
TRAGEDIE
Il n^y a rien de plus célèbre dans les poètes que le ncrifice d^Iphigënie ; mais ils ne s'acconicnt pas tous ensemble sur les plus importantes particularités de ce sacrifice. Les uns, comme Eschyle dans Agamemnon^ Sophocle dans Electre, et, après eux, Lucrèce, Horace, et beaucoup d'autres, veulent qu'on ait en effet répandu le sang d'Iphigénie, fille d'Agamemnon, et qa^elle soit morte en Aulide. Il ne faut que lire I^ucrèce, au commencement de son premier livre :
w Aulide quo paclo Trivial virginis aram ff Iphianassaî liirparuiil sanguine firdo « Ductorcs Danaum, eic * »
EtClytemnestrc dit, dans Flschyle, qu'Agameninou, son mari, qui vient d'expirer, rencontrera dans les enfers Iphigénie, sa fille, qu'il a autrefois immolée.
D'autres ont feint que Diane, ayant eu pitié de cette jeune princesse, l'avoit enlevée et portée dans la Tauride, au moment qu'on l'alloit sacrifier, et que la déesse avoit fait trouver en sa place ou une biche, ou une autre victime de cette nature. Euripide a suivi cette fable, et Ovide l'a mise au nombre des métamorphoses.
Il y a une troisième opinion, qui n'est pas moins ancienne que les deux autres sur Iphigénie. Plusieurs auteurs, et entre autres Stésichorus, l'un des
i « Comment les chefs des Grecs, rassemblés dans l'Aulide, souillèrent honteusement l'autel de Diane du sang d*Iphigénie. n (G.)
plus fameux et des plus anciens poëtes lyriques, ont écrit qu'il étoit bien vrai qu'une princesse de ce nom avoitëté sacrifiée, mais que cette Iphigénie étoit une tille qu'Hélène avoiteue de Thésée. Hélène, disent ces auteurs, ne Tavoit osé avouer pour sa fille, parcequ'elle n'osoit déclarer à Ménélas qu'elle eût été mariée en secret avec Thésée. Pausanias ( Corinth. p. i 25) rapporte et le témoignage et les noms des poëtes qui ont été de ce sentiment , et il ajoute que c'étoit la créance commune de tout le pays d'Argus.
Homère enfin, le père des poëtes, a si peu prétendu qu'Iphigénie, fille d'Agamemnon, eût été ou sacrifiée en Aulide, ou transportée dans la Scythie, que, dans le neuvième livre de l'/Ziaie, c'est-à-dire près de dix ans depuis l'arrivée des Grecs devant Troie, Agamemnon fait offrir en mariage à Achille sa fille Iphigénie, qu'il a, dit-il, laissée à Mycène,danssa maison.
J'ai rapporté tous ces avis si différents *, et surtout le passage de Pausanias, parceque c'est à cet auteur que je dois l'heureux personnage d'Ériphile, sans lequel je n'aurois jamais osé entreprendre cette tragé-
I Les préfaces de Racine attestent son exactitade, sa sagesse, l'attention avec laquelle il méditoit ses sujets , et son respect pour les autorités de l'histoire et de la mythologie. Il ne prenoit point son imagination pour guide ; il ne sacrifioit point à des situations, à des coups de théâtre, les traditions connues et les témoignages des auteurs : il cherchoit au contraire à s'y conformer, et ne marchoit jamais qu'appuyé sur des monuments historiques. Cest ainsi que dans Iphigénie même. Racine s'Mt fait un scrupule de mêler ses propres inventions ; et son épisode d'Eriphile , qui a l'air romanesque, est fondé sur une tradition rapportée par un écrivain très grave, dans un ouvrage estimé des savants. On ne se douteroit pas qu'une fiction qui semble n'être qu'un jeu de l'imagination de Racine est le résultat de profondes recherches et d'une grande érudition. (O.)
die. Quelle apparence que j'eusse soiiillc la soènc fuir le meurtre horrible d'une perstmnu aussi verluouse et aussi aimable qu'il falloit roprésenter Ipliigcnie? Et quelle apparence encore de dénouer ma tragédie par le secours d'une déesse et d'une niacliine et |Nir une métamorphose, qui ponv(»it bien trouver quelque créance du temps d'F^uripido, mais qui seroit trop absurde et trop incroyable parmi nous?
Je puis dire donc que j'ai été très heureux do trouver dans les anciens cette autre Iphigéuie (pie j'ai pu représenter telle qu'il m'a plu, et qui, toiubant dans le malheur oii cette amante jalouse vouloit précipiter sa rivale, mérite en quehpie façon d'être punie, sans être pourtant tout à fait indigne de compassion. Ainsi le dénouement de la pièce est tiré du fond luème de la pièce ; et il ne faut ({ue l'avoir vu représenter pour comprendre quel plaisir j'ai fait aux spectateurs, et en sauvant à la fin une princesse vertueuse pour qui il s'est si fort intéressé dans le cours de la tragédie, et en la sauvant par une autre voie que par un miracle qu'il n'auroit pu souffrir, parcequ'il ne le sauroit jamais croire.
Le voyage d'Achille à Lesbos, dont ce héros se rend maître, et d'où il enlève Ériphile avant que de venir en Aulide, n'est pas non plus sans fondement. Euphorion de Chalcide, poète très connu parmi les anciens, et dont Virgile {Edog, x) et Quintiheii {Instit.y lib. X)Xont une mention honorable, parloit de ce voyage de Lesbos. Il disoit dans un de ses poèmes, au rapport de Parthénius, qu'Achille avoit fait la conquête de cette île avant que de joindre l'armée
des Grecs, et quW y ayoit même trouvé une princesse quis'ëtoit éprise d'amour pour lui ^
Voilà les principales choses en quoi je me suis un peu éloigné de l'économie et de la fable d'Euripide. Pour ce qui regarde les passions, je me suis attaché à le suivre plus exactement. J'avoue que je lui dois un bon nombre des endroits qui ont été le plus approuvés dans ma tragédie*; et je l'avoue d'autant plus volontiers, que ces approbations m'ont confirmé dans l'estime et dans la vénération que j'ai toujours eues pour les ouvrages qui nous restent de l'antiquité. J'ai reconnu avec plaisir, par l'effet qu'a produit sur notre théâtre tout ce que j'ai imité ou d'Homère ou d'Euripide, que le bon sens et la raison étoient les
t Euphorion de Chalcide n'a pas beaucoup d'autorité dans la mythologie, puisqu'il vivoit plus de deux siècles aprts Euripide. Virgile a parié de ce poëte uniquement parceque son ami Gallus l'avoit pris pour modèle. La mention qu'il en fait dans sa dixième églogue ne dit rien, ni pour, ni contre Euphorion. Pour ce qui regarde Parthénius, c'est , relativement à Euphorion , un moderne qui vivoit du temps d'Auguste, et qui a recueilli un assez grand nombre d'anecdotes, d'historiettes et d'aventures, qui roulent sur les malheurs de l'amour. {G.\ — Dans la suite de sa note , Geoffroy met en doute la conquête de Lesbos par Achille, qui, dit-il, ne pouvoit avoir alors que seize à dixsept ans. NonHseulement la jeunesse d'un héros tel qu'Achille ne peut être regardée comme un obstacle à cette conquête, mais encore il faut bien se rendre au témoignage d'Homère, qui dit expressément, liv. IX de V Iliade : m Agamemnon te donnera sept filles de Lesbos, aux doigts industrieux ; il les choisit quand tu subjuguas cette île fortunée, un les femmes excellent en beauté. »
> Rendons honmoage à la noble reconnoissance, à la touchante simplicité de Racine, qui, déjà fort de plusieurs chefs-d'œuvre, et partageant avec Corneille l'empire du théâtre, regarde comme un devoir et se fait un honneur d'avouer qu'il doit à Euripide les plus grandes beautés de son Jphigénie. Il n'est pas inutile d'observer dans les auteurs ces traits de caractère : les mœurs d'un homn:e influent pluK qu'on ne pense sur son esprit et sur son talent. (G.)
mêmes dans tous les siècles. liC proût de Paris s'est trouTé conforme à celui d*Atliènes ; mes spectateurs ont été émus des mêmes choses ({ui ont mis autrefois en larmes le plus savant peuple de la Grèce, et qui ont fait dire qu'entre les poètes Kuripide étoitextrè* mement tragique, rpa-pxttTXTc;, c'est-à-dire qu'il savoit merveilleusement exciter la compassion et la terreur, qui sont les véritables efTcts de la tragédie.
Je m'étonne, après cela, que des modernes aient témoigné depuis ])eu tant de dé^oiU pour ce ^rand poète, dans le jugement qu'ils ont fait de son Alcesle. Il ne s'agit point ici de VAlceste ; niais en vérité j'ai trop d'obligation à Euripide |)4)ur ne \m prendre quelque soin de sa mémoire, et i)our laisser échap|MM- Toocasion de le réconcilier avec ces messieurs : je m'assure qu'il n'est si mal dans leur esprit que parcequ'ils n'ont pas bien lu l'ouvrage sur lequel ils l'ont condamné. J'ai choisi la plus importante de leurs objections, pour leur montrer que j'ai raison de parler ainsi. Je dis la 'plus importante de leurs objections, car ils la répètent à chaque page, et ils ne soupçonnent pas seulement que l'on puisse répliquera
Il y a, dans VAlceste d'Euripide, une scène merveilleuse, où Alceste, qui se meurt et qui ne peut plus se soutenir, dit à son mari les derniers adieux. Admète, tout en larmes, la prie de reprendre ses forces, et de ne se point abandonner elle-même. Alceste, qui h l'image de la mort devant les yeux, lui parle ainsi :
Je vois déjà la rame et la barque fatale :
' Toute la suite de la préface est consacrée à relever une méprise de Perrault sur un passage d'Euripide.
J'entends le vieux nocher sur la rive infernale.
Impatieot, il crie : « On l'attend ici-bas ;
« Tout est prêt, descends, viens, ne me retarde pas. »
J'aurois souhaité de pouvoir exprimer dans ces vers tes grâces qu'ils ont dans l'original ; mais au moins en voilà le sens. Voici comme ces messieurs les ont entendus : il leur est tombé entre les mains une malheureuse édition d'Euripide, oit Timprimeur a oublié de mettre dans le latin, à côté de ces vers, un AL, qui signifie que. c'est Alceste qui parle; et à côté des vefs suivants, un Arf., qui signifie que c'est Admète qui répond. Là- dessus il leur est venu dans l'esprit la plus étrange pensée du monde : ils ont mis dans la bouche d'Admète les paroles gu 'Alceste dit à Admète, et celles qu'elle se fait dire par Caron. Ainsi ils supposeïit qu'Admète, quoiqu'il soit en parfaite santé, pense voir doja Caron qui le vient prendre; et au lieu que, dans ce passage d'Euripide, Caron, impatient, presse Alceste de le venir trouver, selon ces messieurs, c'est Admète effrayé qui est l'impatient, et qui presse Alceste d'expirer, de peur que Caron ne le prenne. Il l'eœhorte, ce sont leurs termes, à avoir courage, à ne pas faire une lâcheté, et à mourir de bonne grâce ; il interrompt les adieux d' Alceste pour fui dire de se dépêcher de mourir. Peu s'en faut, à les entendre, qu'il ne la fasse mourir lui-même. Ce sentiment leur a paru fort vilain, et ils ont raison : il n'y a personne qui n'en fût très scandalisé. Mais comment l'ont-ils pu attribuer à Euripide? En vérité , ^uand toutes les autres éditions où cet AL n'a point ^/p oublié ne donneroient pas uïi4émeiiV\«Ai nvalheu-
PRÉFACK. I!r,
reux imprimeur qui les a troiii|)é8, la suite de ces qoatre vers, et tous lesdiscoui*s qu*Adniète tient dans la même scène, étoient plus que suflisants pour les empêcher de tomber dans une erreur si déraisonnable : carAdmète, bien éloigné de pi^^sser Alceste de mourir, s^ëcrie : a Que toutes les morts enst^inhle lui seroieni u moins cruelles que de la voir dans l'état uîi il la voit. - « Il la conjure de Tentrainer avec elle ; il ne peut a plus vivre si elle meurt ; il vit en elle, il iw respire u que pour elle. »
Ils ne sont |>as plus heureux dans les autres objections. Ils disent, par exemple, qu'Kuripide a fait deux époux mrannés d'Admète et d'Alceste ; que Pun esl un vieux mari ^ et Tautre une princesse déjà mr Vdtje. Fluripide a pris soin de leur répondre en un seul vers, oîi il fait dire par le chœur qu' Alceste, toute jeune, et dans la première fleur de son îlge, expire pour son jeune époux.
Ils reprochent encore à Alceste qu'elle a deux grands enfants à marier, (^onnncnt n'ont-ils point lu le contraire en cent. endroits, et surtout dans ce beau récit oii Ton peint Alceste mourante au milieu de ses deux petits enfants, qui la tirent, en pleurant, par la robe, et qu'elle prend sur ses bras Fun après Tautn^ pour les baiser?
Tout le reste de leurs critiques est à peu près de la force de celle-ci. Mais je crois qu'en voilà assez pour la défense de mon auteur. Je conseille à ces messieurs de ne plus décider si légèrement sur les ouvrages des anciens. Un homme tel qu'Euripide méritoit au moins qu'ils l'examinassent, puisqu'ils avoient envie de le* II. r,
condamner ; ils dévoient se souvenir de ces sages paroles de Quintilien : « Il faut être extrêmement cir- <( conspect et très retenu à prononcer sur les ouvrages « de ces grands hommes, de peur qu'il ne nous arrive, « comme à plusieurs, de condamner ce que nous n'en- « tendons pas ; et s'il faut tomber dans quelque excès, « encore vaut-il mieux pécher en admirant tout dans « leurs écrits, qu'en y blâmant beaucoup de choses. » — (( Modeste tamen et circumspecto judicio de tantis « viris pronuntiandum est, ne, quod plerisque accidit, c( damnent quœ non intelligunt. Ac si necesse e^t in « alteram errare partem, omnia eorum legentibus « placere qùam multa displicere maluerim *. »
i Inst, Orator.j lib. X, cap. T.
PERSONNAGES
AGAMEMNON
ACHILLE
ULYSSE
CLYTEMNESTRE, femme d'Agamemnon.
IPHIGÉNIE, fille d'Agamemnon.
ÉRIPHILE, fille d'Hélène et de Thésée.
EURYBATE I domestiques d'Agamemnon *.
^GINE, femme de la suite de Clytemneslre. DORIS, confidente d'Ériphile.
Gardes.
Noms des acteurs qui ont joué d'original dans Tphigénie.
AGAMEMNON. ' La Fleur.
ACHILLE. Baron.
IPHIGÉNIE. Mademoiselle Ciiampmeslk.
CLYMTEMNESTRE. Mademoiselle Beauchateai'.
ÉRIPHILE. Mademoiselle U'Ennebaut.
ULYSSE. Hauteroche.
La scène est .en Aulide, dans la tente d'Agamemnon.
1 Les Grecs, dit Geoffroi , avoient des esclaves et point de domestiques. Geoffroi se trompe. Du temps de Racine, on comprenoit sous le nom de domestiques, le secrétaire d'un grand seigneur, son intendant et même Taumônier de sa maison , comme on peut le voir daiis le Traité des Maîtres et des Domestiques, par l'abbé Fleury. Or, le mot pris dans ce sens n'a rien de contraire aux mœurs des anciens. Audessus des esclaves il y avoit aussi chez eux des économes , des intendants, des secrétaires ; or, du temps de Racine , toutes ces fonctions étoient classées sous le titre général de domestiques. Le poète a donc pu donner ce nom à des officiers du palais d'Agamemnon, sans blesser ni les usages, ni les convenances : il a parlé sa langue. Xénophon, dans les Choses mémorables de Socrate , liv. II, chap. viii, conseille à un citoyen qui a éprouvé des pertes, de se faire économe dans une grande maison ; et, pour le décider à prendre ce parti, il lui démontre que cette domesticité n'est pas un esclavage.