‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 122 sur 397 · ACTE I, SCÈNE I. I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. I

L^hjmai vous lie encor aux diuux dont vous sortez ; Le jeune Achille enfin, vauté par tant d'oracle»^* Achille, à qui le ciel promet tant de miracles, Recherche votre fille, et d'un hymen hi beau Veut dans Troie embrasée allumer le flambeau. Quelle gloire, seigneur, quels triomphes égaient Le spectacle pompeux que ces bords vous étalent; Tous ces mille vaisseaux, qui, chargés de vingt rois^ N!attendent que les vents pour partir sous vos lois? Ce long calme, il est vrai, retarde vos conquêtes > ; Ces vents depuis trois mois enchaînés sur nos têtes D*Ilion trop longtemps vous ferment le chemin : Mais, parmi tant d'honneurs, vous êtes homme enfin ^ ; Tandis que vous vivrez, le sort, qui toujours change, Ne vous a point promis un bonheur sans mélange.

1 Cett, je crois, la seule fois qu'on a mis le mot tous avec un nombre détenniné. Je ne connois point de construction plus originale et plna hardiment créée ; et cette nouveauté dans le langage se dérobe SOI» Textrême vérité du sentiment qui a suggéré l'expression. Quclhplace tiennent dans ce vers, comme dans Timagination, ces mille rninseauxl Grâce au mot tous, il y en a bien plus de mille. (L.)

> Homère ne ikit aucune mention de ce calme, ni même du sacrifiée d'Iphigénie. Ovide parle de cet obstçicle qui retient la flotte des Grecs ; il l'attribue à Neptune, protecteur d'une ville dont il avoit bâti les remparts: (G.)

ff Permanct Aonîis Ncrcut violentât in andis,

« ^ellaquo non transfert : et eant qui parcerc TrojtP

« Neptnnum credant, quia mœnia fecerat urbit. »

Jl/e^am., lib. XII, y. 24.

M Soudain les flots de la mer d'Aonie restent immobiles et refusent de transporter l'armée. Quelques uns s'imaginent que Neptune veut sauver Troie, dont il éleva les murs. »

8 Le vieillard dit de même dans Euripide : u Est-ce donc là le lan- M gage d'un grand roi tel que vous! Atrée vous a-t-il donné le jour M pour goûter constamment tous les biens de la vie t Vous êtes né mor- M tel. La joie et la douleur sont votre partage : ainsi l'ont voulu les «dieux, et leur volonté s'accomplira malgré vous. Dans quel désordre u a>v«»>vous passé la nuit! Je vous ai vu allumer une lampe, écrire une M lettre çt Tefiacer aussitôt, y imprimer le cachet et le rompre, jeter « de dépit vos tablettes, et répandre un torrent de larmes : enfin, tout « annonçoit en vous l'égarement et le délire, n (G.)

Bientôt... Mais quels maltieurs dans ce billet tracés Vous arrachent, seigneur, les pleurs que vous versez*^ Votre Oreste au berceau va-t-il finir sa vie ? Pleurez- vous Clytemnestre, ou bien Iphigcnie? Qu'est-ce qu'on vous. écrit'? Daignez m'en avertira

AGAMEMNON

Non, tu ne mourras point; je n'y puis consentir.

ARC AS

Seigneur...

AGAHEMNON.

Tu vois mon trouble ; apprends ce qui le cause. Et juge s'il est temps, ami, que je repose. Tu te souviens du jour qu'en Aulide assemblés Nos vaisseaux par les vents sembloient être appelés : Nous partions; et déjà par mille cris de joie. Nous menacions de loin les rivages de Troie. Un prodige étonnant fit taire ce transport ; Le vent qui nous flattoit nous laissa dans le poil, j Il fallut s'arrêter, et la rame inutile Fatigua vainement une mer immobile ^.

Ce miracle inouï me fit tourner les yeux Vers la divinité qu'on adore en ces lieux :

> Daignez me V apprendre, m'en instruire , m'en informer, étoit la phrase absolument nécessaire. Mais ce mot avertir est la seule tache de cette scène, si riche en beautés de toute espèce. ( L.)

* Vers remarquable par Tharmonie et la richesse poéti(tuc. L'expression/a a'jrncr est de Virgile :

« oui remigio noclemqiic, diemqne fati<ranl. »

JEneid., Hb. VIII, v. 94.

C'est-à-dire : u En ramant sans relâche, ils fatiguent le jour et la nuit. »' La Harpe en convient ; « mais, dit-il, une mer immobile n'est qu'à Racine. »» La Harpe se trompe : la mer immobile est aussi à Virgile :

« Et in lento luetantur marmore tonste. »

uEneid., Hb. Vil, v. 28.

«« Les rameH luttent contre une mer immobile. »» ( G.) — Marmorr est pris ici dans le sens figuré, pour exprimer Timmobilité de la mer, et ce mot est plus poétique que le mot immobile, dont il ne falloit pas louer Racine, car il appartient à tout le monde.

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