‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 123 sur 397 · ACTE !, SCENE !. «M · texte numérisé non relu

ACTE !, SCENE !. «M

Suivi de MiHiélas, de Nestor et d' Ulysse», J*oiTris sur ses autels un secret sacrifice. Quelle fut sa réponse! et quel devins-je, Arcas ■ , Quand j*entcndis ces mots pnmonct» par Calch:is: rc Vous armez contre Troie une puissance vaine, « Si dans un sacrifice au^ust«» et sol(>nnel,

it Une fille du sang d'Hélène, « De Diane, en ces lieux, n^ensanglante Tant cl. « Pour obtiMiir les vents que le ciel vous dénie,

M Sacrifiez Ipliif^énie. n

ARCAS

Votre raie!

AGAMEliNON.

Snri>ris, comme tu |>eux |>enser.

Je sentis dans mon ctirfts tout mon sang se glacer. Je demeurai sans voix, et n'en repris Tusage Que |>ur mille sanglots qui se firent passage. Je condamnai les dieux, et, sans plus rien ouïr. Fis vœu, sur leurs autels, de leur désolK>ir. Que n'en croyois-je alors ma tendresse alarmi»el Je voulois sur-le-c!:amp congédier Tarmée*. Ulysse, en apparence, approuvant mes discoui*s, De ce premier torrent laissa passer le cours. Mais bientôt, i-ap|>elant sa cruelle industrie, Il me représenta riionneur et la patrie. Tout ce peuple, ces rois, h mes ordres soumis, Et Pcmpire d'Asie à la GrtV'e promis : De quel front, immolant tout l'État à ma fille ^,

I Quel devius-Je, pour quel homme devin»-je, expression usitée du temps de Racine. On diroit aujourdliui que devins-je. Nous avons déjà vu un exemple de cette locution dans Afilhridate, acte I.

> Euripide fait dire à Agamemnon : « A peine ai-je entendu cet • oracle cruel, que j'ordonne à Thaltibius de proclamer hautement .• que je congédie l'armée, ne pouvant consentir à égorger ma fille. »• ■ .Actel, se. M (G.)

8 // me représenta l'honneur el la patrie^ et trois vers après : De

quel front j'irois, etc. Ces phrases différentes, gouvernées par le

même verbe, et qui changent la construction sans la blesser, servent à varier la marche d'une période, et ont de la grâce ^ns le style, surtout dans la versification, mais ne sont qu'à Viisage des écrivains qui

Roi sans gloii*e, j'irois vieillir dans ma famille. Moi-même, je Ta voue avec quelque pudeur, Charmé de mon pouvoir, et plein de ma grandeur, Ces noms de roi des rois, et de chef de la Grèce, Chatouilloient de mon cœu v Torgueil leuse foiblcsse ^ . Pour comble de malheur, les dieux, toutes les nuits, Dès qu'un léger sommeil suspendoit mes ennuis. Vengeant de leurs autels le sanglant privilège. Me venoient reprocher ma pitié sacrilège; Et présentant la foudre à mon esprit confus. Le bras déjà levé, menaçoient mes refus. Je me rendis, Arcas; et, vaincu par Ulysse, De ma fille, en pleurant, j'ordonnai le supplice. Mais des bras d'une mère il falloit l'arracher 2. Quel funeste artifice il me fallut chercher! D'Achille, qui l'aimoit, j'empruntai le langage :

manient supérieurement leur langue et la poésie. IL.) — Voilà le caractère d'Ulysse établi. Tout ce morceau prépare la belle scène d'Agamemnon et d'Ulysse, dans laquelle le roi d'Ithaque développe toutes les idées qu'Agamemnon lui prête ici. ( G.)

' Chatouiller est du style familier ; mais, dit La Harpe, chatouiller l'orgueilleuse faiblesse forme une suite d'expressions neuves et embellies par leur assemblage. Corneille avoit dit avant Racine , et beaucoup moins heureusement, qu'à la vue de la tête de Pompée; présentée à César, un plaisir secret

Chatouilloit malgré lui son ame avec surprise.

Les deux poètes ont emprunté cette expression à Virgile, que Corneille a, pour ainsi dire, traduit mot à mot. On trouve dans le poëte latin >.

« Latons tacitum pertentant gaudia pectus. »

^neid., lib. I, v. 506.

* Ce vers est une inadvertance de Racine ; partout ailleurs il suppose que l'intention d'Agamemnon étoit que Cly temnestre accompagnât sa fille en Aulide. Dans la même scène, on lit :

Cours au-devant de la reine : .

Dès que tu la verras, défends-lui d'avancer, etc. Pour renvoyer la fille, et la mère offensée, etc.

Chez Euripide, Agamemnon ne mande point Clytemnestre, mais lui ordonne seulement d'envoyei^ sa âUe en Aulide. (G.)

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